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Article publié le : mercredi 07 décembre 2011 - Dernière modification le : jeudi 08 décembre 2011

Débat national sur les réformes politiques au Burkina Faso

Des étudiants manifestent dans les rues de Ouagadougou non loin du ministère de l’Education, le 23 mai 2011.
Des étudiants manifestent dans les rues de Ouagadougou non loin du ministère de l’Education, le 23 mai 2011.
AFP / AHMED OUOBA

Par Ursula Soares

Un débat national sur l’introduction de réformes politiques dans le pays s’est ouvert ce mercredi 7 décembre 2011 à Ouagadougou, en présence de quelque 1 500 participants. Toutefois, ces Assises nationales sont boycottées par les principaux partis d’opposition qui soupçonnent le président Blaise Compaoré de vouloir réformer le fameux article 37 de la Constitution pour pouvoir se représenter en 2015.

Pendant trois jours, jusqu’au 9 décembre, les représentants de partis politiques, de la société civile, de chefs coutumiers, de religieux et de la diaspora burkinabè vont débattre sur plusieurs questions autour du Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP), installé par le pouvoir. Ces débats se tiendront néanmoins sans la participation des principaux partis politiques de l’opposition et de certaines organisations de la société civile qui craignent une modification de l’article 37 sur la limitation des mandats présidentiels dans le pays.

L’opposition demande au chef de l’Etat de clarifier sa position sur cette question et qu’il s’engage officiellement à ne pas modifier la limitation du mandat présidentiel, actuellement d’une durée de cinq ans, renouvelable une seule fois. Joint par RFI, maître Bénéwendé Sankara, est l’un des chefs de file de l’opposition et préside l’Union pour la renaissance – parti sankariste (UNIR-PS). Il considère que ces Assises sont « un non évènement » et que le chef de l’Etat doit quitter le pouvoir au terme de son mandat, en 2015.

Maître Bénéwendé Sankara, président de l’Union pour la renaissance – parti sankariste.

Nous demandons au chef de l'Etat de respecter la constitution à la lettre et dans son esprit.

 

07/12/2011 par Charlotte Idrac

De son côté, Alain Bedouma Yoda, porte-parole du parti présidentiel, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) considère que ce débat « est capital » et regrette l’absence d’une opposition qu’il qualifie de « radicale ». 

Alain Bedouma Yoda, porte parole du Congrès pour la démocratie et le progrès;

Je regrette fortement que cette opposition radicale refuse de participer.

 

07/12/2011 par Charlotte Idrac

Maintient du flou sur les réelles intentions du président

Lors de la remise du rapport du CCRP, en juillet 2011, Blaise Compaoré avait déclaré qu’il exprimait sa disponibilité à « œuvrer avec tous au respect de la Constitution du Burkina Faso » et invitait « tous les acteurs de la vie politique à fonder leurs pensées et leurs projets sur les dispositions de la Loi fondamentale du pays ».

Cette déclaration a entretenu le flou sur les réelles intentions du président. Pour certains Burkinabè, le président a voulu sous-entendre qu’il révisera l’article car il n’a pas dit clairement qu’il ne le modifierait pas. Par ailleurs, il n’a pas dit non plus, quel que soit le sort réservé à l’article 37, qu’il ne se représenterait pas en 2015.

En octobre 2011, des représentants des régions, réunis par le CCRP avaient demandé que l’article 37 ne soit pas révisé.

Rappelons que cet article 37 a déjà été modifié plusieurs fois. La dernière fois remonte à avril 2010. Le mandat présidentiel est passé à une durée de cinq ans renouvelable une seule fois. Cette modification aurait pu empêcher Blaise Compaoré de se représenter à sa propre succession en 2005 mais le Conseil constitutionnel a jugé qu’il ne pouvait s’appliquer avant la fin de son second mandat qui intervenait en 2010. Ceci étant, à moins d’une nouvelle modification de l’article en question, Blaise Compaoré ne devrait pas pouvoir se représenter à sa propre succession en 2015.

Assises nationales suite à une crise sociale sans précédent

Ce débat s’est ouvert à la suite d’une crise sociale sans précédent avec laquelle le régime s’est vu confronté, au premier semestre de 2011. Une crise qui a été marquée par des contestations multiples et notamment par une vague de mutineries.

Pendant plusieurs mois, le pays a été le théâtre de pillages de magasins, de vols de voitures et d’échanges de coups de feu de la part de soldats en colère. La quasi-totalité des couches de la population – militaires, jeunes, élèves et étudiants, magistrats, commerçants, personnels de santé, producteurs de coton et même les policiers - a participé et appelé à des manifestations de colère contre la vie chère et contre le régime du président Blaise Compaoré.

Pour tenter de contrer ce mécontentement grandissant, le président Blaise Compaoré s’est attribué le ministère de la Défense après avoir nommé un nouveau Premier ministre, Luc Adolphe Tiao qui a, de son côté, formé un gouvernement composé de proches et de fidèles du président.

Rappelons que Blaise Compaoré a pris le pouvoir le 15 octobre 1987 lors d’un coup d’Etat sanglant au cours duquel Thomas Sankara, son prédécesseur à la tête de l’Etat, a été tué. Il a été élu président de la République en 1991 dans une élection boycottée par l’opposition et a été réélu en 1998, en 2005 et en 2010.

tags: Blaise Compaoré - Burkina Faso
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