Conférence de Durban: un accord global mais à minima

Sur la droite de l'image, la ministre française de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. La discussion porte sur les termes de l'accord global.
© RFI/Anne-Cécile Bras

C'est afin d'éviter à tout prix un échec des négociations que la clôture des discussions de la Conférence internationale de Durban sur le changement climatique a été repoussée depuis ces derniers jours. Certains pays dont l'Inde et la Chine se sont longuement opposés à l'accord avant de finir par trouver un terrain d'entente dans la nuit de samedi à dimanche sur les réductions d'émissions de gaz à effet de serre à partir de 2020.

Avec notre envoyée spéciale à Durban, Anne-Cécile Bras

On a tout simplement obtenu à Durban ce qu'on cherche à obtenir depuis dix ans
Nathalie Kosciusko-Morizet
10-10-2013 - Par Anne-Cécile Bras

C’est un signal fort qui a été envoyé ici à Durban pour que les pays du monde entier s’engagent à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Les 194 pays se sont donnés trois ans, jusqu’en 2015, pour déterminer les règles qui seront applicables à tous et pour élaborer les outils qui permettront de vérifier les engagements de chacun.

A partir de 2015, chaque pays devra ensuite faire ratifier par son Parlement ses propres engagements qui devront être effectifs, eux, à partir de 2020. L’objectif est toujours de limiter le réchauffement du climat de la planète à 2 degrés, même si pour l’instant cette ambition reste théorique, car les scientifiques expliquent que l’on est seulement à 60% des réductions nécessaires pour tenir le cap en 2020.

Finalement, il s’agit d’une déclaration d’intention mais qui est essentielle car désormais, des pays comme la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, la Russie ou le Japon, qui représentent à eux cinq la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre se trouvent engagés dans un processus qu’ils avaient jusque là cherché à éviter. Mais les prochaines années seront décisives pour déterminer le niveau des ambitions de chacun.

Prolonger le protocole de Kyoto

Le protocole de Kyoto, adopté en 1997 et en vigueur depuis 2005, est à ce jour le seul traité international sur le climat. Il fixe des objectifs de réduction de gaz à effet de serre à une quarantaine de pays industrialisés, à l'exception notable des Etats-Unis qui ne l'ont pas ratifié. Il ne s'applique pas non plus aux grands émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil.

Le problème posé à Durban était que ce protocole n’était valable que jusqu’à la fin de l’année 2012. Si les 194 pays qui ont participé à la conférence n’avaient pas accepté de le prolonger jusqu’en 2017 ou 2020, c’est encore à définir, il n’y aurait plus eu de cadre pour les réductions d’émission des pays industrialisés.

L’accord de Durban permet donc de conserver l’outil. Reste à savoir ce que cette quarantaine de pays industrialisés va en faire. Ils ont jusqu’au 1er mai prochain pour se prononcer. On sait déjà que l’Union Européenne accepte de s’engager dans une deuxième période, accompagnée sans doute de la Norvège, de la Suisse, et peut-être de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Ce qui correspond à 16% des émissions mondiales. Les gros pollueurs que sont le Canada, la Russie et le Japon ont laissé entendre qu’ils n’en voulaient plus.


 

Emmanuel Guérin est Directeur du programme Climat de l'IDDRI, l'Institut du développement durable et des relations internationales. Interrogé par l'envoyée spéciale de RFI à Durban, Anne-Cécile Bras, il analyse l'évolution du rôle des pays émergents sur la scène internationale, qu'il retient comme une des leçons de cette conférence sur le climat.

« On est en train d’observer progressivement la bascule des pays émergents. C’est vrai que l’on n’est pas du tout encore dans le moment du leadership des pays émergents, notamment de la Chine. Puisque c’est celà qu’on attend, la gouvernance du 21e siècle, et il faudra bien sûr qu’elle ait en son sein un leadership chinois.

On a vu des positions contrastées au cours de ces deux semaines avec des pays qui soufflent alternativement le chaud, puis le froid. Donc on voit bien l’hésitation qu’ils ont à se mettre réellement dans la bataille.

Ils ont en tout cas, à la fin, pris leurs responsabilités pour trouver un compromis avec les Européens. On observe ce basculement. Il n’est pas complet, et c’est ça qui rend difficile les accords au 21e siècle. C’est de ne pas avoir encore trouvé complètement la forme de gouvernance qui correspond à la réalité politique et économique du monde aujourd’hui ».

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