Republier
Somalie

Océan Indien : la lutte contre la piraterie porte ses fruits mais les pirates sont de plus en plus riches


©

Le contre-amiral Canova, numéro 2 de la force navale européenne de lutte contre la piraterie quitte ses fonctions. L'opération Atalante a été lancée il y a trois ans. Le nombre d'attaques de pirates n'a pas diminué mais le taux de réussite a beaucoup chuté. Un chiffre parlant : l'année dernière, à la même époque, il y avait 30 bateaux aux mains des pirates, aujourd'hui il y en a 8. En revanche, le montant des rançons a été multiplié par dix. La force européenne et celle de l'Otan ont adopté ces derniers mois des modes d'action plus offensifs, qui portent leurs fruits.

Une meilleure coordination des forces anti-pirates a permis de compliquer la tâche des pirates somaliens. Les drones américains survolent quasi quotidiennement les plages de la côte somalienne pour repérer des embarcations suspectes, celles chargées par exemple de beaucoup de nourriture et de carburant.

Les bateaux européens, patrouillent désormais à seulement 30 km ou 40 km des côtes somaliennes effectuant une sorte de semi-blocus pour dissuader les pirates de prendre la mer et contrarier le retour des bateaux capturés, explique Michael Frodl, Président d'une société de conseil en sécurité maritime. Conséquence directe : les pirates ramènent de moins en moins les bateaux vers leurs ports préférant rester à bord avec leurs otages.

Les forces navales européennes ont également décidé depuis quelques mois de se lancer à la poursuite des pirates. Seuls les Russes et parfois les Américains menaient ce type d'opérations. Ainsi en septembre dernier une première opération de libération d'otages a été entièrement conduite par les Européens, indique le contre amiral Canova, interviewé sur le site belge Bruxelles2. L'otage survivante du bateau Tribal kat, une Française embarquée par les pirates en fuite a pu être récupérée à seulement 8 miles des côtes.

L'application ces derniers mois de nouvelles mesures de sécurité contribue également à faire échouer les attaques de piraterie.

La présence de gardes armés sur les navires marchands - bien que cela ne concerne qu'un bateau sur 6 ou 7- améliore la dissuasion. Tout comme les nouvelles mesures de BMP, Best Management Protection qui recommandent aux cargos de garder en permanence leur échelle levée, d'installer des barbelés sur leurs plates formes, d'aménager une chambre forte ou les équipages peuvent s'enfermer deux ou trois jours, le temps d'être secourus. « Il est aussi conseillé aux navires marchands de maintenir une vitesse rapide qui entrave l'abordage des pirates, précise Michael Frodl. A cause de l'augmentation du pétrole, les commandants ont pris l'habitude de réduire la vitesse pour économiser le carburant. »

Cette nouvelle panoplie de mesures de sécurité n'a pas fait régresser le nombre d'attaques mais a fait chuter leur taux de réussite. Depuis août dernier, une attaque seulement sur 14 réussit contre 1 sur 4 l'année dernière. Effet direct : les pirates font flamber le prix des rançons. « Il y a 5 ans, constate le contre-amiral Canova, elle s'élevait en moyenne à 600 000 dollars par bateau. La dernière versée cette année a atteint 6 millions...» Il reste aujourd'hui 8 navires marchands et 200 otages aux mains des pirates somaliens.

La piraterie dans l'océan Indien est donc loin d'être éradiquée, reconnait le contre-amiral Canova, numéro 2 de l'opération Atalante. Les forces navales européennes et celle de l'Otan réussissent à la contenir et surtout à reprendre l'avantage sur les pirates qui semblaient toujours avoir une longueur d'avance.

La lutte contre la piraterie nécessite des moyens financiers importants. Dans le contexte de la crise économique qui secoue l'Europe, l'inquiétude a gagné les rangs des militaires d'Atalante. Les contraintes budgétaires de certains Etats affaiblissent les contributions, c'est le cas de la Grèce par exemple, très impliquée dans l'opération elle a dû renoncer au maintien de plusieurs de ses frégates. Pour ce mois de décembre la flotte a été réduite à 2 navires sur zone mais les engagements pris par les Européens devraient permettre pour les six mois prochains de déployer à nouveau entre 6 et 8 bateaux.