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Guinée Bissau

Guinée-Bissau: soulèvement avorté et arrestation du chef de la Marine Bubo Na Tchuto


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Règlements de compte entre chefs militaires à Bissau. Le chef d’état-major Antonio Indjai a affirmé que des hommes armés ont voulu attaquer ses locaux ce lundi 26 décembre 2011 puis renverser le gouvernement. Le contre-amiral Bubo Na Tchuto, considéré comme le cerveau de ce soulèvement, a été arrêté et transféré à la garnison de Mansoa. En début de soirée, le gouvernement a affirmé que cette attaque était une « tentative de coup d'Etat » qui a échoué.

Le récit de ces dernières heures en Guinée Bissau avec notre correspondant Alain Yéro Mballo
10-10-2013 - Par RFI

Des officiers bissau-guinéens dont le chef de la Marine, José Américo Bubo Na Tchuto, soupçonnés d’être impliqués dans l’attaque du siège de l’état-major des forces armées, ce lundi 26 décembre 2011 à Bissau, ont été arrêtés. L’attaque a été « contenue » et « la situation est maintenant sous contrôle en faveur du général Antonio Indjai, chef d’état-major général des armées », a déclaré à l’AFP le commandant Samuel Fernandes qui a qualifié cette attaque de « soulèvement » et le contre-amiral Bubo Na Tchuto comme étant « le cerveau de ce soulèvement ».

De son côté, le chef d’état-major des forces armées, le général Antonio Indjai a précisé qu’un « petit groupe de militaires » a tenté de « changer l’ordre au sein de l’armée et du gouvernement » mais que « maintenant tout est dans l’ordre » et que « la situation est sous le contrôle de l’armée et du gouvernement », a-t-il déclaré à la presse ce lundi après-midi. De leur côté, et en début de soirée, le Premier ministre Carlos Gomes Junior et la porte-parole du gouvernement Adiatou Djalo Nandigna ont tous deux affirmé que cette attaque était une « tentative de coup d'Etat » qui a échoué - des déclarations qui ont eu lieu ce soir, suite à une réunion entre dirigeants politiques et militaires consacrée à la situation dans le pays.

Par ailleurs, une source militaire a confirmé à l’AFP l’arrestation du contre-amiral Na Tchuto, en indiquant également qu’il était en route pour Mansoa, à environ 60 km au nord de Bissau, où se trouve une garnison militaire.

Ce lundi matin, vers 6H00, les Bissau-Guinéens ont été réveillés par des tirs d’armes automatiques aux abords du siège de l’état-major. Quelques heures plus tard, un convoi lourdement armé en provenance de la ville de Mansoa est entré en ville et s’est déployé en plusieurs points, dans un calme relatif.

En début d’après-midi, le chef d’état-major, Antonio Indjai s’est expliqué devant la presse sur ces événements en faisant un premier point : « Nous avons été surpris ce matin par des hommes armés qui ont attaqué l'état-major de même que deux autres unités militaires qui se trouvent au quartier général », a-t-il déclaré en même temps qu’il a précisé : « Ces hommes ont voulu récupérer des armes que nous avons dans les armureries ».

Quelques heures auparavant, c’était le contre-amiral et chef d’état-major de la Marine Bubo Na Tchuto qui déclarait à la presse « ne pas être au courant de l’attaque ».

Par ailleurs, deux sources militaires sous couvert d’anonymat ont indiqué à l’AFP que l’attaque a été menée par des soldats parmi lesquels figuraient des hommes de la Marine.

Une lutte pour le contrôle du pouvoir

Les relations exécrables entre les deux hommes ont-elles entrainé une guerre des chefs dans les rues de Bissau, ce matin ? Il est permis de le penser.

Cette lutte au sein de l'armée est en réalité une véritable lutte pour le contrôle du pouvoir car en Guinée-Bissau, l'armée est le socle sur lequel repose le pouvoir politique - un pouvoir lui-même, issu d’une autre guerre, celle de la lutte de libération nationale.

Antonio Indjai et Bubo Na Tchuto étaient les deux piliers de l’armée bissau- guinéenne. Cependant, ils entretenaient de mauvaises relations, le premier étant proche de Carlos Gomes Junior, le chef du gouvernement, que Bubo Na Tchuto avait brièvement fait arrêter en avril 2010.

On sait que depuis des années, le Premier ministre Carlos Gomes Junior tentait de prendre le contrôle de l'armée, via une réforme des cadres et ce, afin d'asseoir son autorité. Le chef d'état-major lui était acquis mais dans l'armée, la fronde était emmenée par Bubo Na Tchuto qui est revenu au premier plan en 2010 en écartant notamment un autre chef d'état-major, le commandant Zamora Induta. Il figure, par ailleurs, sur la liste noire des personnes considérées par les Etats-Unis comme liées au trafic international de drogue.

Dernier soubresaut au sein de l’armée

La crise au sein de l’armée qui a éclaté ce lundi avec l’arrestation de Bubo Na Tchuto est sans doute le dernier soubresaut d’un interminable feuilleton politico-militaire.

Matrice de la nation depuis la guerre de libération, l’armée a servi de cruset à la classe politique qui n’a jamais hésité à l’instrumentaliser pour ses propres jeux. L’assassinat du président João Bernardo Vieira en 2009 perpétré par des soldats mais jamais élucidé, en est l’illustration.

Aujourd’hui, l’armée bissau-guinéenne est un ensemble de clans aux alliances mouvantes et aux inimitiés solides. Et surtout un monstre difficilement contrôlable. En dix ans, deux chefs d’état-major ont été assassinés.

Le contre-amiral Bubo Na Tchuto a-t-il voulu renverser le pouvoir comme l’en accuse aujourd’hui son adversaire le chef d’état-major Antonio Indjai ? Est-il, au contraire, victime d’un règlement de compte ?

Toujours est-il que son arrestation va clarifier, au moins pour un temps, la donne au sein des forces armées mais aussi dans la classe politique puisque le duo formé entre Premier ministre Carlos Gomes Junior et le chef d’état-major a désormais les coudées plus franches. Mais la période s’annonce délicate avec notamment l’absence du président Malam Bacai Sanha , soigné en France, et qui ne dirige plus le pays.

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