Niger: révélations sur les circonstances de la mort des deux jeunes otages français

Montage photo des deux Français Antoine de Leocour (G) et Vincent Delory (D) tués au Niger le 9 janvier 2011.
© REUTERS/Pascal Rossignol

Dimanche 8 janvier 2012, cela fera exactement un an que les deux Français, Antoine de Léocour et Vincent Delory, ont été enlevés par Aqmi à Niamey et tués le lendemain au cours d'une opération militaire des forces françaises en territoire malien. Les deux jeunes avaient 25 ans. De nouveaux éléments importants sur le déroulement de cette intervention viennent d'être révélés. On apprend ainsi que c'est bien l'armée française qui a tiré sur le 4X4 blanc dans lequel se trouvaient les deux Français ; on en apprend aussi davantage sur les ravisseurs et il se confirme que l'armée française refuse toujours de faire toute la lumière sur cette affaire. Au cours de cette opération militaire, trois gendarmes nigériens ont également trouvé la mort, dont certains tués par des balles françaises.

« Archange foudroyant », c’est le nom donné à cette opération militaire conduite par des soldats d’élite du COS, le Commandement des opérations spéciales. Selon les éléments de l'enquête, c'est bien l'armée française qui a tiré sur le 4x4 blanc où se trouvaient les deux otages français. Antoine de Léocour a été abattu par les ravisseurs alors qu'il prenait la fuite avec les preneurs d'otage. Les circonstances de la mort de Vincent Delory restent beaucoup plus floues. Son corps a été retrouvé à moitié calciné, à 200 mètres du véhicule.

Face au mutisme de l'armée française, les enquêteurs ont recueilli un témoignage pour le moins saisissant : celui d'un Mauritanien, détenu à Nouakchott. Il dit appartenir à la même katiba que les ravisseurs des deux Français et donne la version des ravisseurs sur cette opération. Les précisions de Maître Franck Berton, l'avocat de la famille de Vincent Delory : « Ils expliquent comment l’armée française a tiré dans tous les sens, comment le 4x4 a brûlé et comment ils ont vu, à l’intérieur du 4x4, Vincent Delory brûler. On voit à travers ces dépositions une chose assez incroyable : que les preneurs d’otages étaient au nombre de huit, que plusieurs ont pu prendre la fuite, être hébergés par différentes personnes dont les noms sont cités à la procédure, sans que l’opération ait consisté à poursuivre les preneurs d’otages, qui étaient à pied ».

De nombreuses zones d'ombre demeurent sur cette opération militaire qui a coûté la vie à deux Français et à trois gendarmes nigériens. Le ministre français de la Défense Gérard Longuet, a réaffirmé son refus de déclassifier l'original de la bande vidéo qui filme l'intervention militaire. Les juges français envisagent de se déplacer au Niger pour poursuivre leur enquête.

… On voit bien que cette opération a été un fiasco… il y a des gendarmes nigériens qui sont morts sous les balles françaises, c’est une réalité… les deux otages français sont décédés suite à cette opération. On doit la transparence à la famille sur ce point et la transparence passe par une prise de responsabilité de ceux qui ont donné les ordres. On veut savoir quels étaient les ordres. Est-ce que les ordres consistaient ... à libérer les deux otages français ou est-ce qu’ils consistaient à faire impression sur les preneurs d’otages…

Me Franck Berton : «On veut savoir quels étaient les ordres»
06-01-2012

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