Tunisie: 14 janvier 2011, Ben Ali prend la fuite

L’ex-président Ben Ali accompagné de son épouse, Leïla Trabelsi, le 11 octobre 2009.
© AFP/FETHI BELAID

Il y a un an, le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali quittait le pouvoir, direction l’Arabie Saoudite où il vit toujours en exil. Contre toute attente, Ben Ali a été poussé dehors, par la rue, en quelques semaines et ce, moins d’un mois après l’immolation d’un jeune vendeur ambulant à Sidi Bouzid. Le soulèvement en Tunisie, qui a entraîné la chute de l’ancien président, a donné le coup d’envoi aux révoltes arabes.

Une journée historique, celle du 14 janvier 2011 en Tunisie où tout est allé très vite. La veille, le climat est insurrectionnel après des manifestations durement réprimées, des morts et des vagues d’arrestations. Le président Ben Ali, à la tête de la Tunisie depuis 23 ans, fait un dernier discours qui se veut apaisant. Il déclare être prêt à quitter le pouvoir en 2014 et ordonne la fin des tirs contre les manifestants. Mais on ne croit plus à ses promesses.

Il faut que ces événements s'arrêtent... avec les efforts de tous,... main dans la main pour notre pays, pour la sécurité de tous nos enfants... nous avons ressenti une grande douleur pour les victimes et je refuse que d'autres victimes soient enregistrées à cause de la violence... j'ai également donné des instructions au ministère de l'Intérieur... il faut arrêter de tirer, il faut arrêter les balles...

Zine el-Abidine Ben Ali : «Assez de violence, assez de violence !»
14-01-2012 - Par RFI

Le lendemain, le vendredi 14 janvier, la grève générale est maintenue. Des dizaines de milliers de manifestants se rassemblent à Tunis et en province aux cris de «Ben Ali dégage». Dans la capitale, ils sont des milliers à déferler sur le ministère de l’Intérieur. Durant plus de quatre heures, ils appellent à la chute du régime, pacifiquement.

Marie-Pierre Olphand, envoyée spéciale de RFI, a recueilli, ce jour-là, les aspirations des manifestants, avenue Bourguiba et face au ministère de l’Intérieur – des endroits jusque-là interdits. 

Le régime de Ben Ali, on le connaît. Cela fait 23 ans qu’il nous promet la même chose. On n’en peut plus.

Manifestants devant le ministère de l'Intérieur, le 14 janvier 2011
12-01-2012 - Par Marie-Pierre Olphand

La manifestation est violemment dispersée. Un jeune photographe franco-allemand, Lucas Mebrouk Dolega, est tué par un tir de grenade lacrymogène. Le couvre-feu est imposé. Pendant ce temps, en banlieue de Tunis, plusieurs villas de la famille du président sont vandalisées.

Le pouvoir s’affole

Craignant pour leur sécurité, 28 membres de la famille Trabelsi, proches de Leïla Trabelsi, la femme du chef de l’Etat, cherchent alors à quitter le pays. Après avoir reçu des ordres contraditoires, le colonel Samir Tarhouni, chef de la brigade anti-terroriste de la police nationale décide de les faire arrêter – cette version des faits étant rapportée par le journal d’information numérique Mediapart. Ils seront remis à l’armée en fin de journée.

Le président Ben Ali se trouve alors au Palais de Carthage. Vers 15 heures, et toujours selon l’enquête du site Mediapart, il demande à son chef de la sécurité, Ali Seriati, de préparer l’avion présidentiel. A 16h30, il se rend à l’aéroport pour faire évacuer sa femme, son fils, sa fille et son gendre. Au pied de l’avion, Ali Seriati lui annonce que les défections se multiplient et qu’il se trouve dans l’incapacité d’assurer sa sécurité. Pressé par sa famille, Zine el-Abidine Ben Ali monte dans l’avion avec l’intention de revenir dans son pays dès le lendemain. L’appareil décolle un peu avant 18h00, destination Djeddah, en Arabie Saoudite. Le soir même, le pilote ramène l’appareil à Tunis mais sans le président.

Le coup d'envoi du «printemps arabe»

Zine el-Abidine Ben Ali est devenu le premier dirigeant d’un pays arabe à quitter le pouvoir sous la pression de la rue. Son départ a ouvert ensuite la voie au renversement de ses homologues égyptien Hosni Moubarak, libyen Mouammar Kadhafi, et fait tomber le mur de la peur dans de nombreux pays. Le soulèvement de Tunisie a fait entretemps quelque 300 morts et 700 blessés, selon les estimations de l’ONU et donné lieu à des centaines d’arrestations.

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