Centrafrique : le gouvernement affirme que le processus de paix n’est pas menacé, malgré le retrait des ex-rebelles

Jean-Jacques Demafouth, le 20 décembre 2008.
© AFP PHOTO / COUMBA SYLLA

L’Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD) a annoncé jeudi 12 janvier 2012 qu'elle suspendait « provisoirement » sa participation au processus de paix en cours dans le pays, exigeant la libération de son chef Jean-Jacques Demafouth, arrêté il y a une semaine. Le gouvernement de Bangui considère que ces arrestations ne mettent pas en cause « la marche vers la paix » et le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion, plus connu par le sigle DDR.

Cinq autres personnes ont été arrêtées dans cette affaire. Il s’agit de membres de l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), dont le député de Birao, dans l'extrême nord-est du pays, ainsi que le colonel Abdelkader Kalil, vice-président de ce groupe d’ex-rebelles. L’UFDR, qui occupe le quart nord-est du pays, a même menacé de reprendre les armes. Pour APRD et l’UFDR, le président François Bozizé a « violé les accords de paix de Libreville », conclus en 2008.

« Faux ! », répond le porte-parole du gouvernement et ministre de la Justice, Firmin Féindiro. Lors d’un entretien à RFI, il a considéré que « cette situation ne compromet pas le processus de paix et le DDR. Les personnes qui ont été interpellées ont été celles qui se sont mobilisées pour pouvoir entamer la construction de la paix et, de manière détournée, faire marche arrière pour pouvoir encore provoquer une situation de guerre. Qui a violé quoi alors ? Le gouvernement doit prendre ses responsabilités ».

Le ministre centrafricain de la Justice a aussi souligné que « le gouvernement entend mettre en œuvre les moyens nécessaires pour pouvoir parvenir à leur insertion, mais qu’il n’acceptera pas à ce que, dans ces groupes, il y ait des brebis galeuses qui puissent torpiller la marche de la paix ». Selon Firmin Féindiro, « du côté du gouvernement, la volonté est toujours affichée de continuer dans la même dynamique ». Au cas où les ex-rebelles ne voudront plus désarmer, « il est seulement question de leur montrer la substance de ce que nous sommes en train de faire, pour qu’ils soient convaincus que le gouvernement n’a pas tort ».

Le chef de l’APRD toujours en détention

L'ancien ministre centrafricain de la Défense, Jean-Jacques Demafouth, chef de file des ex-rebelles de l'APRD, un groupe présent dans le nord-ouest de pays, est toujours en garde à vue. Il a été interpellé il y a une semaine pour « tentative de déstabilisation ». Le gouvernement de Bangui affirme que Jean-Jacques Demafouth a cherché à prendre la tête d'une coalition des ex-groupes rebelles.

A ce sujet, Me Nicolas Tiangaye, l'un de ses avocats, a dénoncé une détention désormais « arbitraire », car le délai est dépassé et Jean-Jacques Démafouth n'a pas encore été présenté au juge. Selon cet avocat, « le délai de garde à vue est de 72 heures, renouvelable une seule fois. A l’expiration de ce délai, la personne doit être soit libérée immédiatement, soit présentée au procureur de la République, afin qu’on lui notifie les charges qui pèsent contre lui ». Me Tiangaye a ainsi souligné que M. Demafouth, arrêté depuis le 6 janvier, n’a pas été libéré ni présenté au procureur et que « à partir de ce moment, on peut considérer que sa détention est arbitraire et illégale ».

Me Nicolas Tiangaye a pu rencontrer lundi Jean-Jacques Demafouth, mais il a été interdit de lui rendre visite mercredi : « C’est contraire aux prescriptions du Code de procedure pénale. Un gardé à vue a le droit de communiquer avec son avocat et de prendre contact avec les avocats qu’il a librement choisis. Au niveau de la gendarmerie, on nous interdit de communiquer avec lui. Cette situation est inacceptable ».

En réponse à ces allégations, le ministre de la Justice, Firmin Féindiro a affirmé que ce sont uniquement les affirmations des avocats du chef de l’APRD. Au sujet de la prolongation de la garde à vue de Jean-Jacques Demafouth, il a précisé : « Nous sommes en matière d’atteint à la sûreté de l’Etat. C’est comme cela que se passe dans les cas d’infractions, de la lutte contre le terrorisme, où le délai de garde à vue, en raison de la complexité de la faute, peut être prolongé pour rechercher les tenants et les aboutissants de l’affaire qui est délicate et complexe ».

Le ministre centrafricain de la Justice a précisé que « c’est une affaire qui touche à la sûreté de l’Etat, à la sécurité. Et donc il est question que l’on puisse prolonger le délai de garde à vue, pour nous permettre de boucler la procédure et avoir des informations sûres. Les interrogatoires se poursuivent et le procureur de la République, quand l’enquête sera terminée, recevra Monsieur Démafouth, pour pouvoir décider de la situation ».

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