Madagascar : Retour d’exil avorté pour Ravalomanana

Marc Ravalomanana, le 17 février 2011.
© Reuters / Mike Hutchings

Marc Ravalomanana n'est finalement pas rentré à Madagascar. L'avion qui transportait l'ancien président a été dérouté, il n'a pas pu pénétrer dans l'espace aérien malgache et a dû rejoindre l'Afrique du Sud. Sur la Grande Ile, déception et colère de ses partisans. Ils étaient des milliers à l'attendre le 21 janvier à l'aéroport et ont annoncé qu'ils suspendaient leur participation aux institutions de transition. Marc Ravalomanana, lui, dénonce une violation de la feuille de route, et en appelle à la communauté internationale.

Chants partisans, sifflets, affiches et t-shirts à l’effigie de l’ancien président, tout était prêt chez les partisans de Marc Ravalomanana venus en nombre pour l’accueillir aux abords de l’aéroport dont l’accès a été bloqué par les forces de l’ordre.

A l’intérieur au contraire, l’ambiance est à l’attente silencieuse. Les ténors de la mouvance sont discrets, vers 15 heures, trois quarts d’heure après l’heure d’arrivée prévue, le chef de délégation Mamy Rakotoarivelo fini par s’exprimer devant la presse :

« Le président de la HAT* a ordonné à l’ASECNA* locale de faire un NOTAM* interdisant l’atterrissage de l’avion conduisant Marc Ravalomanana à Antananarivo ». 

A l’extérieur, la nouvelle se propage peu à peu. C’est alors la déception et la colère pour ce jeune partisan venu avec ses amis :« Nous on veut que Marc Ravalomanana revienne ici, qu’il se présente à la présidentielle, s’il ne sera pas élu tant pis s’il sera élu tant mieux, c’est au peuple de décider. Mais les hommes qui sont au pouvoir en ont décidé autrement, cela marque leur faiblesse ».

La tension est palpable, plusieurs grenades lacrymogènes sont lancées par les forces de l’ordre pour disperser la foule par endroits. Mais la journée se termine dans le calme et sans incident majeur.

Le porte-parole de la présidence a affirmé dans la soirée que l’objectif des autorités était de faire atterrir l’avion à Morondava, dans l’ouest du pays, et d’y arrêter Marc Ravalomanana qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt. Toujours selon ce porte-parole, les autorités malgaches envisageraient d’envoyer un avion spécial à Johannesburg pour le ramener à Madagascar.

*HAT, Haute autorité de transition

*ASECNA, Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar

*NOTAM, Note aux hommes d’aviation

Ravalomanana devait être arrêté

La journée ne s’est pas déroulée comme Andry Rajoelina et ses proches l’avaient imaginée. Même s’ils disent que l’aéroport d’Ivat a été fermé au dernier moment à cause de la foule qui s’était massée sur les abords, le plan était bien de détourner le petit avion de ligne dans lequel se trouvait Marc Ravalomanana vers Murundav sur la côte ouest pour une arrestation de l’ancien président à l’abri des regards de ses partisans.

D’ailleurs si l’appareil venant d’Afrique du Sud s’est vu notifier son interdiction d’atterrir à Antananarivo alors qu’il était déjà en vol, des pilotes privés avaient été empêchés de décoller à Madagascar dès le matin. Mais le commandant de bord transportant Ravalomanana n’a pas voulu aller à Murundav, préférant rebrousser chemin. Retour à la case départ pour l’ancien président donc mais la journée ne sera pas pour autant sans conséquence.

Ses proches ont d’ores et déjà annoncé qu’ils suspendaient leur participation aux institutions de transition, mettant ainsi en péril le processus de sortie de crise, d’autant que le gouvernement dans son ensemble a paru divisé, Rajoelina devant faire lui-même la démarche d'exiger la fermeture de certains aéroports malgaches.

Et puis le président de la transition échaudé ne compte plus relâcher la pression sur Ravalomanana. Samedi soir son service de communication a révélé que l’objectif est désormais d’envoyer un avion spécial pour aller l’interpeller à Johannesburg même.

A la descente de l'avion à l'aéroport de Johannesburg, Marc Ravalomanana a accusé Andry Rajoelina de ne pas respecter la feuille de route et d'avoir fait fermer les aéroports.

Marc Ravalomanana
22-01-2012 - Par Sophie Ribstein

Chouhoura Abdallah, une Comorienne,  a fait le voyage aller-retour ou plutôt ce demi-tour. Elle était donc dans le même avion que Marc Ravalomanana. Elle dénonce l'attitude de la compagnie aérienne.

Personne n'est venu vers nous. On a craint pour notre vie, on ne savait pas trop ce qui allait se passer. La compagnie aurait pu nous avertir.

Chouhoura Abdalah
22-01-2012 - Par Sophie Ribstein

Chouhoura Abdallah revient aussi sur l'atmosphère qui régnait quand dans l'avion le capitaine annonce : « Nous faisons demi-tour ». 

C'était la panique à bord.

Chouhoura Abdallah
22-01-2012 - Par Sophie Ribstein

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