La visite d’Alassane Ouattara en France: entre enjeux économiques, politiques et diplomatiques

Le président Alassane Ouattara lors de son arrivée à Orly, France, le 25 janvier 2012.
© REUTERS/Bertrand Langlois/Pool

Le président ivoirien Alassane Ouattara est actuellement en France pour une visite d’Etat. Il est arrivé à Paris, le mercredi 25 janvier 2012 dans l’après-midi, pour un voyage officiel de trois jours. Accueilli par le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, il s’est entretenu ce jeudi avec le président français Nicolas Sarkozy. A l'issue de cet entretien, les deux chefs d'Etat ont signé le nouvel accord de défense et de sécurité franco-ivoirien.

« Cette visite d’Etat constitue pour nous quelque chose d’important, parce que ce sont les retrouvailles franco-ivoiriennes, explique Aly Coulibaly l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France. Et nous avons la volonté aujourd’hui, d’établir un véritable partenariat avec la France. Ce sont de nouvelles relations, basées sur la confiance et le respect mutuel ».

C'est une visite très symbolique que celle du président ivoirien en France. A l'Elysée, on explique qu'aucune grande annonce ne devrait intervenir mais en recevant en grande pompe Alassane Ouattara, la France tient à donner de la visibilité à la normalisation politique en cours en Côte d'Ivoire. « Elle est loin d'être achevée mais nous souhaitons l'encourager », reconnaît un diplomate français. Sur le plan des symboles, en étant reçu  à l'Elysée, Alassane Ouattara réussit là où son prédécesseur Laurent Gbagbo avait toujours échoué.

Vingt années d’amitié

Entre Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara, on dépasse,  et de loin,  la simple relation de chefs d'Etat. D'ailleurs les deux hommes ne cachent pas leur amitié. Par exemple, en août dernier, le couple présidentiel ivoirien a été reçu à dîner par Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni au Cap Nègre, leur résidence d’été.

Entre les deux hommes, l'amitié dure depuis une vingtaine d'année. C'est Martin Bouygues qui a été l'entremetteur. Pendant la traversée du désert politique de Nicolas Sarkozy, après la défaite d'Edouard Balladur à la présidentielle de 1995, Alassane Ouattara n'a pas rompu les liens. Inversement en 2002 quand les soldats de Laurent Gbagbo ont tenté de capturer Alassane Ouattara, Nicolas Sarkozy a veillé sur lui.

Enfin, l'an dernier l'engagement militaire français a été prépondérant dans la bataille d'Abidjan. Elle a permis d'éviter un génocide a déclaré à nos confrères du Monde Alassane Ouattara. Une intervention qui par ailleurs suscite encore la colère des pro-Gbagbo. Pour eux, le responsable de la chute de l'ex-président ivoirien est à chercher au palais de l'Elysée.

« Il s’agit tout simplement de la visite d’un commis qui va voir son parrain, qui l’a aidé à accéder au pouvoir, commente Justin Koné Katinan, le porte-parole de Laurent Gbagbo. Donc cette visite n’est pas un événement pour nous. Je pense que si c’était pour remercier Sarkozy, Ouattara l’a déjà fait ! Mais pour nous, franchement, le terme visite d’Etat est inapproprié, parce que ce sont deux personnes qui souffrent d’illégitimité criarde, qui veulent engager deux Etats, pour moi il y a un problème sérieux. On ne peut pas parler de visite d’Etat ».

Un nouvel accord de défense franco-ivoirien

Pour dire l'esprit, c'est une coopération entre les forces ivoiriennes et françaises...

Nicolas Sarkozy s'exprime sur le nouvel accord de défense franco-ivoirien
27-01-2012 - Par Cyril Bensimon

Sur le plan officiel, le point d'orgue de cette visite est la signature ce jeudi 26 janvier après-midi d'un nouvel accord de défense franco-ivoirien. Selon le président français Nicolas Sarkozy, il évite « tout mélange des genres ». Pour lui, il montre que « la France est aux côtés de la Côte d'Ivoire dans sa quête de sécurité (et) que l'armée française n'a pas vocation à s'ingérer, ni de près, ni de loin, dans les affaires de la Côte d'Ivoire. Cette période (...) est définitivement révolue », a déclaré le chef de l'Etat.

Le président ivoirien Alassane Ouattara a qualifié le traité de « totalement transparent. L'accent est mis sur la formation, sur l'équipement, a-t-il ajouté.  La France continue d'avoir besoin de la Côte d'Ivoire et la Côte d'Ivoire a aussi besoin de la France, mais naturellement nous souhaitons traiter nos problèmes en Côte d'Ivoire entre Ivoiriens ».

Selon plusieurs sources 300 soldats français seront à l'avenir stationnés en permanence à Port-Bouët. Leur mission sera dans un premier temps d'aider à la restructuration de l'armée ivoirienne.

Par ailleurs lors du tête-à-tête entre les deux chefs d'Etat aujourd'hui, la situation politique en Côte d'Ivoire a été évoquée. A Paris, certains diplomates estiment que pour favoriser la réconciliation, il faudrait que des poursuites soient rapidement lancées contre des responsables des FRCI (Forces républicaines de Côte d'Ivoire), l'armée pro-Ouattara. Toute la question étant de savoir jusqu'à quel niveau de responsabilité ces poursuites doivent être engagées devant la CPI (Cour pénale internationale) ou devant la justice ivoirienne.

Des contrats à la clé

Il est donc question de politique lors de cette visite mais aussi d'économie. Outre la relance de la coopération entre les deux pays, Alassane Ouattara a lancé ce jeudi un « appel aux opérateurs privés français à revenir » dans son pays qui doit, selon lui, enregistrer cette année un taux de croissance de 8 à 9%. La signature de plusieurs contrats pourrait intervenir avant son départ vendredi.

Le président ivoirien a également sollicité l'aide de la France pour que le Fonds monétaire international (FMI) octroie à son pays « dès le premier trimestre » 2012 le statut de pays pauvre très endetté, synonyme d'allègement de sa dette.

Ouattara peaufine sa diplomatie étrangère

Avec cette visite, Alassane Ouattara est-il ne train de s'enfermer dans une relation exclusive avec la France?  Pas nécessairement. Depuis son arrivée au pouvoir, Alassane Ouattara a beaucoup voyagé, beaucoup reçu. Le chef de la diplomatie chinoise et la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton se sont rendu récemment à Abidjan.

La France n’est d’ailleurs pas en terrain conquis. Par exemple, le cas de l'extension de la centrale thermique d'Azito. Alstom pensait obtenir ce contrat de plus de 300 millions d'euros mais finalement ce sont le conglomérat General Electric et le groupe sud-coréen Hyundai qui ont remporté le marché.

Rappelons au passage que les Etats-Unis ont fait partie des principaux avocats d'Alassane Ouattara devant le Conseil de sécurité de l'ONU et que Choi Young-jin, le patron de l'Onuci qui a certifié la victoire électorale de l'actuel président ivoirien est lui sud-coréen. Comme l'admet un proche d'Alassane Ouattara : « Dans les questions économiques, on fait surtout de la diplomatie ».

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