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Article publié le : lundi 30 janvier 2012 - Dernière modification le : mardi 31 janvier 2012

Procès en appel de deux journalistes condamnées pour avoir nié le génocide

Agnes Uwimana Nkusi (G) et Saidati Mukakibibi, les deux journalistes rwandaises vêtues de rose et crane rasé, comme il est coutume dans le système pénitentiaire du Rwanda. Photo : le 30 janvier 2012.
Agnes Uwimana Nkusi (G) et Saidati Mukakibibi, les deux journalistes rwandaises vêtues de rose et crane rasé, comme il est coutume dans le système pénitentiaire du Rwanda. Photo : le 30 janvier 2012.
AFP/Steve Terrill

Par RFI

Deux journalistes rwandaises comparaissent depuis ce lundi 30 janvier 2012 devant la Cour suprême à Kigali pour leur procès en appel. Elles avaient été condamnées l’année dernière à des peines de prison pour incitation à la désobéissance civile et négation du génocide de 1994. Des juristes appartenant à des organisations des droits de l’homme ont dénoncé la sévérité des peines.

Agnès Uwimana Nkusi, directrice d'un bimensuel indépendant Umurabyo publié à Kigali, et l'une de ses employées, Saidath Mukakibibi, avaient été condamnées en février 2011 à, respectivement, dix-sept et sept ans de prison, pour « négation du génocide, divisionnisme, diffamation du président Kagame, et menace à la sécurité de l'Etat ». Leurs avocats jugent que ces peines sont disproportionnées.

Les deux journalistes sont défendues par une équipe de huit juristes, dont des représentants d'organisations de défense des droits de l'homme et de la presse. Parmi eux, Nani Jansen, de l'Initiative pour la défense légale des médias (Media Legal Defence Initiative), une organisation basée à Londres. Lors d’un entretien à RFI, ce juriste a considéré que « la Haute Cour avait choisi les peines les plus lourdes, pour chacune des infractions, et vus les articles incriminés, ça ne paraît pas justifié ».

Selon cet avocat, les deux journalistes « ont expliqué aujourd'hui aux juges qu'elles n'avaient nullement eu l'intention de menacer la sécurité de l'Etat, nier le génocide, ou même de diffamer le président. Agnès, par exemple, a été condamnée pour les quatre chefs d'accusation, dont la diffamation qui lui a valu un an de détention ». Pour Me Jansen, « en réalité, ce qu'elle a fait, c'est qu'elle a critiqué dans ses articles certaines politiques du président Kagame, en matière d'agriculture. Elle a évoqué la question de l'impunité de membres du gouvernement, la corruption, etc. Bref, elle a fait son travail de journaliste : critiquer le pouvoir ».

Nani Jansen, qui appartient au barreau des Pays-Bas, a rappelé que le Rwanda a annoncé, ces derniers temps, une réforme de ses lois sur la presse. Selon ce juriste, « le Rwanda dit qu'il veut promouvoir la liberté de la presse, et c'est très bien. Mais, de l'autre côté, il y a des jugements comme celui-là, bien trop sévères, pour des journalistes qui ne font qu'exercer leur métier. Et je pense vraiment, qu'en ce moment, le climat ne favorise pas une presse libre », a-t-il conclu.
 

tags: Justice - médias - Paul Kagame - Rwanda
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