Dominique Zinkpè : « Le parfum du vaudou, c’est le sentiment devant une toile »

Installation du plasticien Dominique Zinkpè
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D’années en années, les artistes africains font leur trou dans les musées et les galeries françaises. Si vous ne le connaissez pas encore il faut rajouter le nom du Béninois Dominique Zinkpè à la liste des plasticiens qui comptent. Né en 1969 à Cotonou au Bénin, il a obtenu le prix « Jeune talent Afrique » en 1993, il a été lauréat de la Biennale de Dakar en 2002 avec ses sculptures voitures. Depuis il a crée le Centre artistique à Porto Novo au Bénin et en France il expose jusqu’au 4 janvier à l’Ecole d’art plastique Paul-Belmondo à Rosny-sous-Bois : dessins, sculptures, vidéos, installations, Zinkpè fait feu de tout bois et intitule son expo Parcours intime. Entretien.

RFI : Votre patrimoine culturel, est-il avant tout cultuel puisque la spiritualité vaudou est très importante pour vous ?

Dominique Zinkpè : C’est récurrent et je le respecte, parce que je ne peux pas le renier. Parce qu’on dit souvent quand on ne sait pas où on va, au moins on sait d’où on vient et d’où je viens, voilà c’est mes bagages. Donc je ne peux pas rentrer en compétition avec un Japonais, avec l’art de l’installation ou de l’art de la vidéo, mais ce que j’ai à vendre, c’est de montrer la continuité de ce que mes grands parents ont eu à faire. On me dit c’est hyper ringard, parce que je peins encore, je fais encore des sculptures, il teint encore…, mais qu’est ce qu’il y a encore de plus célèbre que de respecter la sculpture ? Bien sûr, si c’est du beau travail.

RFI : Alors, justement, la ville de Rosny-sous-Bois vous a acheté une grande sculpture Déesse.
 
D.Z. : Cette grande sculpture Déesse est environ 3,50 m de haut mais composée avec environ 5 000 figurines, taillées une après une, mais j’ai vu là la sculpture célébrée à tout moment. En Europe, dans les palais royaux, je retrouve les mêmes sculptures. Là, la peinture aussi a son sens. On ne fait qu’accompagner ce qui existe déjà. Je suis dans cette caricature là, en tant que plasticien. Je n’ai pas rêvé et provoqué quelque chose d’anodin qui n’existe même pas. Assez souvent cela me colle à la peau aussi. On dit on sent du vaudou dans mon travail, même en peinture. Bien sûr qu’on peut sentir le vaudou, mais le vaudou ce n’est pas direct : je ne vais pas à des cérémonies, je n’égorge pas un animal. Ce qu’on peut ressentir à travers le vaudou : le vaudou a quel parfum déjà ? Ce parfum, je peux le traduire en peinture.

RFI : Quel parfum a-t-il ?

D.Z. : Le parfum du vaudou, c’est le sentiment devant une toile. Qu’est ce que tu peux ressentir par rapport au vaudou ? On peut regarder une de mes toiles et le cœur commence à battre parce qu’il y a une énergie. Cette énergie là on la trouve où ? Dans les gestes, dans les formes. Nous avons des matériaux standards qui la traduisent, notamment la peinture. C’est simplement cela.

RFI : Cela reste quand même un peu mystique.  
 
D.Z. : Je ne fais pas de la mystique, mais quand on voit, quand on veut écouter, on peut rentrer dans d’autres dimensions parce qu’absolument tout ce qui est spirituel  amène à cela, à se dépasser, à écouter. Même un papier blanc peut parler, seulement il faut être à l’écoute. Je dessine aussi et à mon avis ce n’est pas en détruisant son socle qu’on peut mieux exister, au contraire. Si on prend l’ancien, l’animisme, l’art vaudou, même au quai Branly, nos grands parents ils ont travaillé. Ce n’est pas en les reniant qu’on va faire de l’art contemporain. Il faut simplement les considérer. C’est bien pour cela que dans les écoles des Beaux-Arts on apprend l’histoire de l’art. Une fois que l’on connaît tout cela on peut continuer à progresser et à répondre à des questionnements du monde d’aujourd’hui. J’ai eu quand même des maîtres que je cite assez souvent quand ça m’amuse.

RFI : Allez-y !

D.Z. : J’ai vu l’énergie de Jean-Michel Basquiat, je n’aime pas ces toiles, mais son énergie. Parallèlement j’aime un Monsieur qui s’appelle Francis Bacon qui a une telle dualité sur le temps. Je suis un peu leur produit.

RFI : Qu’est ce que vous y mettez de Dominique Zinkpè ?

DZ : Ce que je mets de Dominique Zinkpè c’est mes dessins. Quand on voit que je fais un fond noir et qu’on sait que je viens d’Afrique on me dit : « Mais tu copies Basquiat ! ». Mais il y a aussi des gens intelligents qui m’ont dit : « Tu fais le boulot que Basquiat n’a pas fini de faire ».
 

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Dominique Zinkpè, parcours intime, jusqu’au 4 février 2012 à l’Ecole municipale d’Arts Plastiques Paul Belmondo à Rosny-sous-Bois, près de Paris.

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