Mali : situation humanitaire très préoccupante à Gao, Kidal et Tombouctou

Depuis le 17 janvier dernier, la situation humanitaire et sanitaire devient très préoccupante dans les régions de Gao, Kidal et Tombouctou
© (Carte : Latifa Mouaoued/RFI)

Avec les combats dans le nord du Mali, depuis le 17 janvier dernier, entre l'armée malienne et les rebelles du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), la situation humanitaire et sanitaire devient très préoccupante dans les régions de Gao, Kidal et Tombouctou. Pour ceux qui n’ont pas quitté le pays et qui restent sur place, notamment dans les villes et dans les zones rurales, leur situation devient très précaire en raison du repli sur les grandes villes, des services sanitaires et de l’absence quasi totale des humanitaires.

Depuis les combats d'Aguelhoc et de Tessalit, les centres de santé des zones nomades de la région de Kidal ont été abandonnés et souvent vandalisés. Tous les personnels de santé ont déserté et les localités d’Abeibara et Tinessako sont totalement isolées.

Selon nos interlocuteurs, à Kidal-ville il ne reste plus qu'un médecin, une sage-femme et quelques infirmiers qui tentent de faire fonctionner le centre médical de référence. Situation d'autant plus délicate que, selon nos informations, la ville est depuis plusieurs jours bouclée. Des contrôles militaires rendent impossible toute entrée ou sortie de la ville, au point que la pharmacie n'est plus réapprovisionnée en médicaments.

Dans la région de Gao, les services de santé manquent désormais cruellement, surtout dans les zones de brousse. Selon une source médicale, les personnes âgées et les femmes enceintes y sont livrées à elles-mêmes, depuis plus d'une semaine.

Dans la ville de Ménaka, la situation est également très préoccupante. Depuis le départ de l'armée malienne, les rares habitants qui restent se disent abandonnés - la plupart des fonctionnaires et des agents de santé ayant fuit vers le sud du Mali.

D'après Action contre la faim (ACF), c'est cette région de Gao qui est à la fois la plus touchée par la crise alimentaire et la malnutrition aiguë ainsi que par l'insécurité qui dure depuis 2009. Là encore, ce sont les zones de brousse qui sont les plus affectées par l'absence de services de santé.

Tombouctou : éviter à tout prix les tensions communautaires

A Tombouctou, la situation est plus calme ; hôpitaux et centres de santé fonctionnent normalement dans la ville et les campagnes de vaccinations continuent au sud de Tombouctou.

La région se débat néanmoins avec une autre problématique. L’offensive des rebelles touaregs dans le nord du Mali et les combats qui ont suivi ont fait fuir des milliers de personnes et ont eu, également, comme conséquence, des violences intercommunautaires. Des civils maliens se sont pris à des civils touaregs, arabes et mauritaniens – une situation qui a amené le président Amadou Toumani Touré à exhorter les Maliens à ne pas faire « l’amalgame » entre rebelles et civils touaregs.

Prévenir des mouvements xénophobes à l’encontre de civils maliens à la peau claire, c’est la tâche des maires du cercle de Tombouctou, dans le nord-ouest, du Mali. Ils se sont réunis, ce mardi 7 février 2012, pour discuter de la situation. Tombouctou voit arriver, chaque jour, plusieurs personnes des communes rurales voisines qui, par peur, viennent s’y réfugier. A Tombouctou, qui est la grande ville, ils se sentent davantage en sécurité.

Hallé Ousmane, maire de Tombouctou, lance un appel à la population pour accueillir ces déplacés et éviter, à tout prix, les tensions communautaires. Les maires du cercle de Tombouctou cherchent à sensibiliser les populations à ne pas se tromper d’adversaires, à s’accepter et à partager.

Pour le maire de Tombouctou, « l’insécurité c’est lorsque les populations résidentes s’affrontent elles-mêmes et que cela devient un problème ethnique. »

En tant qu’élus, nous faisons tout pour que toutes les personnes s’acceptent et continuent ensemble.

Hallé Ousmane, maire de Tombouctou.
07-02-2012 - Par Charlotte Idrac

 Côté Niger, depuis le début des combats entre l'armée et la rébellion touareg dans le Nord Mali, environ 5 000 personnes ont traversé la frontière Est vers le Niger. Cette zone autour de Chinagodar est déjà frappée par l'insécurité alimentaire. Ces déplacés vivent sous des abris de fortune, dans le plus grand dénuement.

Peu à peu les organisations humanitaires mettent en place des actions pour leur venir en aide, comme le Comité International de la Croix-Rouge qui commencera les distributions de nourriture ce mercredi.

Germain Mwehu
08-02-2012 - Par RFI

Des réfugiés maliens en attente à la frontière avec Algérie

Le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés a déployé des équipes d'urgence dans les pays voisins du Mali, pour répondre aux besoins de quelque 20 000 personnes ayant fui les combats. Selon le HCR depuis les trois dernières semaines, au moins10 000 personnes se sont rendues au Niger, 9 000 autres en Mauritanie et 3 000 au Burkina Faso. En revanche, en Algérie, rien n'est prévu pour le moment.

C'est sans doute l'exception algérienne mais il est impossible, à l'heure qu'il est, de savoir combien de Maliens se sont refugiés en Algérie. Le HCR ne dispose d'aucune information et n'a visiblement pas obtenu de feu vert pour se rendre sur place.

Il y a trois jours, un représentant du Croissant-Rouge s'est rendu à Bordj el-Moktar, ville algérienne près de la frontière avec le Mali. Joint par RFI, il a affirmé n'avoir vu aucun flux de refugiés, reconnaissant qu'il pouvait y avoir des Maliens accueillis dans des familles ou chez des proches, mais que la situation était normale. Selon plusieurs sources, 500 familles environ se trouveraient à Bordj. Lundi, à Alger, le président du Croissant-Rouge a déclaré que l'Algérie était prête à faire face à un afflux massif de refugiés maliens, sans fournir de précisions sur les lieux ni surtout sur les conditions d'accueil.

La majorité des Maliens qui a fui en direction de la frontière algérienne se trouve dans le petit village malien de Khalil. Ils sont près de 2 300. La majorité d'entre eux vivent dehors et ne bénéficient d'aucune aide extérieure. Selon Assanet Ag Ahmed, élu malien du cercle de Bourem qui suit la situation à Khalil, les refugiés se sentent en insécurité et veulent se rendre en Algérie.

Assanete Ag Ahmed, élu de Bourem
08-02-2012 - Par Ghislaine Dupont

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