Mahamadou Issoufou, le président de la République du Niger lance un appel aux rebelles maliens

Mahamadou Issoufou, Président de la République du Niger
© ©RFI/Delphine Michaud

La crise politique dans le nord du Mali a des répercussions sur les pays voisins. Selon le président du Niger, Mahamadou Issoufou, 10 000 refugiés sont arrivés sur le territoire nigérien. Mahamadou Issoufou lance un appel aux rebelles maliens qui ont pris les armes, il était l’invité Afrique de ce jeudi 9 février 2012.

 

RFI : Vous observez certainement avec grande attention la situation dans le nord du Mali, qui a des répercussions au Niger. Plusieurs Maliens ont fui et sont sur votre territoire alors que votre pays connaît cette année un déficit alimentaire. Y a-t-il également risque de déstabilisation de votre pays ?

 

Mahamadou Issoufou : Cette rébellion, qui a débuté le 17 janvier dernier et qui est une conséquence collatérale de la crise libyenne, nous préoccupe, et préoccupe tous les Etats. A la date d’avant-hier (7 février, ndlr), on a enregistré près de 10 000 Maliens qui fuient la guerre. Et cela vient s’ajouter aux conséquences que vous connaissez de la crise libyenne, qui nous a valu le rapatriement de près de 160 000 Nigériens. Je n’oublie pas de rappeler aussi les conséquences de la crise ivoirienne, de Nigériens rapatriés de la Côte d’Ivoire - environ 20 000. La situation au Nigeria, qui est aussi préoccupante, fait que des Nigériens installés dans ce pays rentrent aussi au Niger. Tous ces problèmes, on essaie d’y faire face, malgré la campagne agricole qui a été mauvaise, vous l’avez dit. On a enregistré un déficit céréalier de près de 700 000 tonnes et il y a également un déficit au plan fourrager. Vous savez que le Niger est un pays d’élevage. Mais nous faisons face à la situation, parce que nous sommes en train de mettre en place cette fameuse initiative « 3N », cette révolution verte qui a pour objectif de mettre fin au cycle de « sécheresse-famine ». La sécheresse n’est pas synonyme de famine. On a prévu un programme d’irrigation d’urgence, des programmes pastoral et environnemental d’urgence, avec des travaux générateurs de revenus pour les populations. Et, enfin, on est en train de mettre en place un stock de sécurité alimentaire pour nous permettre de faire face à la situation.

 

RFI : Mais, aujourd’hui, n’est-il pas difficile de partager le peu que vous avez avec ceux qui sont en train d’arriver chez vous ?

M. I. : Bien sûr, c’est difficile. Mais nous sommes obligés de faire jouer la solidarité. La vraie solution, c’est le retour à la paix au Mali mais, en attendant, nous sommes solidaires avec le peuple et le gouvernement maliens. Et, c’est l’occasion de le souligner aussi, avec l’évolution politique de nos pays qui sont gérés par des Etats démocratiques, il ne doit plus y avoir de rébellion. Les rébellions peuvent se justifier sous une dictature, mais quand la démocratie s’implante, se renforce, au Niger ou au Mali, personne ne doit prendre les armes, surtout quand on prend le cas du Mali. C’est dans quelques mois que le peuple malien va être consulté pour l’élection présidentielle. Il n’y a par conséquent pas de raison pour qu’une fraction du peuple malien prenne les armes. C’est pour cela que je profite de l’occasion pour lancer un appel aux compatriotes maliens de retrouver leur unité, et je lance un appel à ceux qui ont pris les armes de réfléchir. Le Mali n’a pas besoin de vivre une pareille situation avec tous les malheurs que l’on voit. Nos pays ont besoin de se consacrer au développement économique et social.

 

RFI : Est-ce qu’il n’y a pas risque de contagion ?

M. I. : C’est vrai que nous ne pouvons pas ne pas avoir de soucis, mais nous avons fait beaucoup d’efforts et nous avons également mis en place un vaste programme de développement économique et social des zones du nord. Et même les anciens chefs de rébellion sont impliqués dans la mise en œuvre du programme du développement économique et social pour les zones pastorales, qui est un programme très ambitieux, qui va nous coûter près de 1 000 milliards de F CFA.

 

RFI : Il existe d’autres menaces, comme al-Qaïda et Boko Haram.

M. I. : Il y a aussi d’autres menaces comme celles des organisations criminelles, du trafic de drogue, le trafic des armes, le trafic humain. En tout cas, nous nous préparons à y faire face au plan sécuritaire d’abord en donnant les moyens, à nos forces de défense et de sécurité, en les équipant, en les formant, en les entraînant, afin que ces forces de défense et de sécurité puissent faire face à la situation. Mais ça, c’est la réponse immédiate. A long terme, la solution, c’est le développement économique et social, parce que ces terrorismes poussent sur le terreau de la pauvreté. Si on veut régler le problème de l’extrémisme, il faut investir à long terme dans le développement économique et social.

 

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