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Drogue

Drogues : le baromètre 2011 de l’Organe international de contrôle des stupéfiants

Saisine massive de drogues, le 18 octobre 2010 à Tijuana.
© Reuters/Jorge Duenes

Dans son dernier rapport, publié ce mardi 27 février, l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) présente les dernières tendances en matière de trafic de drogue dans le monde. La consommation des drogues « traditionnelles » telles que le cannabis, la cocaïne et l’héroïne reste globalement stable ou en légère progression. Celle des drogues synthétiques comme la méthamphétamine s’étend à des régions moins touchées jusqu'ici, tandis que les nouvelles substances non contrôlées se multiplient. Revue de détail région par région.

En Afrique, le trafic de cocaïne continue. Même si les saisies sont moins importantes qu’entre 2006 et 2008, l’Organe international de contrôle des stupéfiants pense que les trafiquants ont trouvé de nouvelles filières moins faciles à repérer. La cocaïne est ainsi « de plus en plus souvent acheminée dans la région au moyen de conteneurs maritimes et d’aéronefs commerciaux ». Par ailleurs, si l’Afrique de l’Ouest reste en première ligne, l’Afrique centrale, l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Nord sont également concernées. Cette dernière région est devenue un point de passage essentiel vers l’Europe. L’héroïne afghane transite également de plus en plus par l’Afrique. Par l’Afrique de l’est d’abord, mais aussi l’Afrique australe et de l’ouest.

« Une nouvelle menace est apparue, ajoute l’OICS, à savoir le trafic de stimulants de type amphétamine depuis l’Afrique vers d’autres régions. L’Afrique de l’Ouest est désormais l’une des sources de la méthamphétamine disponible sur le marché illicite d’Asie de l’Est ». Le Nigeria apparaît comme la principale plaque tournante régionale (Lire: Nigeria: un nouveau laboratoire de drogues synthétiques démantelé). A noter également que le cannabis continue à être cultivé un peu partout sur le continent africain. Sans surprise, le Maroc reste l’un des principaux producteurs de haschich destiné à l’Europe et à l’Afrique du Nord.

L’Amérique centrale et les Caraïbes restent l’un des points les plus chauds en matière de transit des drogues produites en Amérique du Sud à destination de l’Amérique du Nord. « Certains cartels de la drogue mexicains, mis en difficulté par les services mexicains de détection et de répression ont délocalisé leurs activités de trafic en Amérique centrale et ont de plus en plus recours à la violence », indique l’Organe de contrôle des stupéfiants. Des pays comme le Honduras, le Costa Rica et le Nicaragua sont désormais des lieux de passage pour la cocaïne à destination des Etats-Unis. L’OICS s’alarme de l’explosion de violence impliquant des narcotrafiquants, des gangs et d’autres groupes criminels dans ces pays, ainsi qu'au Salvador et au Guatemala. La Jamaïque, également devenue une plaque tournante de la coke, enregistre avec ces pays les taux d'homicides les plus élevés du monde.

Pour autant, 90% de la cocaïne arrivant aux Etats-Unis transite toujours par le Mexique, où la violence liée à la drogue atteint des records, avec en moyenne 45 000 morts par an directement liés au trafic de stupéfiants. A noter également que la République dominicaine « détient le record mondial de saisies de cocaïne sous forme de crack, de cocaïne base ou de sels de cocaïne », précise l'OICS.

Dans ce contexte, l'Amérique du Nord reste « le premier marché des drogues au monde », estime l'organisation. Quant à l'Amérique du Sud, elle concentre toujours les lieux de production de la coca (Colombie, Pérou, Bolivie). En 2010, l'OICS estime que les superficies de culture illicite du cocaïer ont légèrement baissé. Elles ont fortement diminué en Colombie mais augmenté au Pérou. L'Organisation internationale de contrôle des stupéfiants dénonce, par ailleurs, la décision de la Bolivie. A l'instigation du président Evo Morales, ce pays andin a autorisé la culture de la coca, dont il est l'un des principaux producteurs, à des fins non-médicinales.

En Asie de l'Est et du Sud-Est, l'OICS évoque deux tendances fortes. La première concerne la culture du pavot à opium qui a augmenté en 2010 en Birmanie et au Laos, même si l'Afghanistan concentre toujours 90% de la production. Le trafic et la consommation de méthamphématine est, en outre, en plein essor dans une zone englobant la Chine, le Laos et la Thaïlande. L'OICS constate une hausse du nombre de cas d'addiction à cette drogue stimulante et euphorisante dans de nombreux pays d'Asie du Sud-Est.

L'Asie occidentale, essentiellement l'Afghanistan, ajoute l'OICS, « reste l'épicentre de la culture illicite de pavot à opium, et la production d'opium y a considérablement augmenté en 2011 ». Elle devrait même augmenter en 2012, malgré les efforts d'éradication des forces internationales.

Dans les pays du Moyen-Orient, c'est le trafic d'amphétamines qui est le plus en pointe, notamment en Jordanie et en Arabie Saoudite. « En 2010, dix tonnes d'amphétamine ont été saisies dans ces pays, en particulier en Arabie Saoudite, qui reste le principal pays de destination des comprimés contrefaits de Captagon (un type d'amphétamine) », précise l'Organe international de contrôle des stupéfiants.

Sur le Vieux Continent, la culture de cannabis a augmenté en Europe occidentale et centrale, parfois à l'échelle « industrielle », précise l'organisation. L'Europe reste, par ailleurs, le deuxième marché au monde pour la cocaïne. Sa consommation s'est stabilisée dans la plupart des pays d'Europe occidentale et centrale mais sa propagation s'étend vers l'Europe orientale et l'Europe du Sud-Est. « Les itinéraires empruntés pour introduire clandestinement cette substance en Europe se sont diversifiés, avec une augmentation du trafic transitant par l'Afrique du Nord ».

Les filières pour l'acheminement de l'héroïne, dont l'Europe est le premier marché (en particulier la Russie), ont elles aussi évolué. L'OICS relève une baisse des saisies sur la route nord des Balkans (via la Turquie, jusqu'en Bulgarie, en Roumanie, en Hongrie, puis en Autriche) au profit de la route sud (jusqu'en Italie, via la Grèce, l'Albanie ou l'ex-République yougoslave de Macédoine). L'OICS tire également la sonnette d'alarme sur l'usage illicite de stimulants de type amphétamine dans certains pays européens : « Les saisies de méthamphétamine en Europe occidentale et centrale ont quintuplé entre 2004 et 2009 ». Une autre tendance, qui n'est pas nouvelle, tient à la multiplication des nouvelles drogues synthétiques, dont beaucoup ne sont pas encore placées sous contrôle, autrement dit pas encore interdites.

L'Océanie enfin n'est pas épargnée par le trafic de drogues, notamment les amphétamines et la cocaïne. Selon l'OICS, « le trafic de cocaïne à destination de l'Australie commence à poser problème, et des groupes criminels organisés participent activement aux trafic de drogue en Océanie ».

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Le trafic des produits précurseurs mobilise l'OICS

L'OICS met également l'accent, dans un rapport spécifique, sur un aspect peu connu du grand public, à savoir le trafic des produits précurseurs, autrement dit les substances chimiques qui servent à fabriquer les drogues synthétiques ou qui entrent dans la production de la cocaïne et de l'héroïne. Il s'agit souvent de substances chimiques communes (éphédrine, pseudo-éphédrine, permanganate de potassium), mais dont l'utilisation par les trafiquants a conduit de nombreux pays à en interdire ou à en réglementer strictement le commerce. Du coup, les organisations criminelles s'adaptent. Elles se tournent vers d'autres produits, non encore contrôlés, ou délocalisent leurs laboratoires dans des régions où les réglementations concernant les produits précurseurs sont défaillantes, notamment l'Afrique.

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