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Article publié le : lundi 19 mars 2012 à 10:51 - Dernière modification le : lundi 19 mars 2012 à 16:15

Alain Mabanckou invite l’homme noir à s’occuper de son présent

Alain Mabanckou, romancier et essayiste de talent
Alain Mabanckou, romancier et essayiste de talent
Fayard

Par Tirthankar Chanda

Après son émouvante Lettre à Jimmy (James Baldwin), Alain Mabanckou livre avec Le Sanglot de l'homme noir son deuxième texte de non-fiction, publié comme le premier aux éditions Fayard. Ce sont douze essais sur la condition noire contemporaine sous la plume d’un des grands romanciers africains. Percutants, lucides et provocateurs à souhaits.

Depuis la publication en 2005 de son grand roman Verre cassé, le Congolais Alain Mabanckou s’est imposé dans le paysage littéraire francophone comme l’un des auteurs africains majeurs de sa génération. Sa verve, son originalité créative et féconde, la pertinence de sa réflexion historique sur la présence africaine dans le monde ont fait de lui un invité incontournable des plateaux télé et de radio de France et de Navarre chaque fois qu’il y est question de l’Afrique. Il martèle avec brio ses idées, ses opinions qui ne sont pas toujours politiquement correctes. Comme par exemple l’idée que les Africains ont une responsabilité éminente dans les malheurs qui frappent leur continent, l’idée force du nouveau livre qu’il vient de publier, sous le titre provocateur de Le sanglot de l’homme noir.

« L’Afrique n’a jamais été aussi tributaire de ses anciens maîtres. Pour le grand malheur de ses populations. Mais au-delà de la responsabilité qu’on peut imputer à l’Occident, les Africains sont également présents au banc des accusés… » Tels sont les derniers mots du nouveau livre-pamphlet de Mabanckou dont le titre renvoie à l’essai controversé de Pascal Bruckner, Le sanglot de l’homme blanc.

Alors que le philosophe français fustigeait la repentance coloniale occidentale, Mabanckou invite l’homme noir à s’occuper de son présent au lieu de s’enfermer dans son histoire d’humiliation et d’asservissement au point d’en faire son seul repère identitaire. « Il existe de nos jours, écrit le romancier, ce que j’appellerais "le sanglot de l’homme noir". Un sanglot de plus en plus bruyant que je définirais comme la tendance qui pousse certains Africains à expliquer les malheurs du continent noir – tous ses malheurs – à travers le prisme de la rencontre avec l’Europe. Ces Africains en larmes alimentent sans relâche la haine envers le Blanc, comme si la vengeance pouvait résorber les ignominies de l’histoire et nous rendre la prétendue fierté que l’Europe aurait violée ».

Douze essais et une supplique

Le livre d’Alain Mabanckou est composé de douze essais, suivis de la supplique de deux adolescents guinéens à l’Europe, ajoutée en annexe. La découverte le 2 août 1999 à l’aéroport de Bruxelles des cadavres frigorifiés de Yaguine Koïta (14 ans) et de Fodé Tounkara (15 ans) dans le train d’atterrissage d’un avion en provenance de Conakry avait fait couler beaucoup d’encre. Tout le monde se souvient de cette histoire !
En revanche, sait-on que l’un des adolescents avait dans sa poche une lettre adressée aux « Excellences, Messieurs les membres et responsables d’Europe », racontant en termes poignants la pauvreté et l’indigence qui les ont incités à fuir leur pays ? Alain Mabanckou a tenu à reproduire la lettre dans son livre. Ce texte confondant d’idéalisme et d’innocence sur lequel son essai se clôt renvoie à la supplique inaugurale de l’auteur à son fils de 20 ans qui a grandi en France et qui connaît de l’Afrique uniquement les stéréotypes que véhiculent à son sujet les anciens colonisateurs tout comme les anciens colonisés. Dans ce contexte textuel, comment ne pas lire la missive du père ainsi que les essais qui suivent comme autant de « cautionary tales » ? Des récits de formation à l’attention du jeune Boris Mabanckou, afin que celui-ci ne tombe pas dans le piège du lamento noir et puisse se construire en puisant dans ses propres ressources.

Si ce thème de l’identité africaine à construire traverse cet opus de part en part comme un leitmotiv lancinant, la question identitaire n’épuise pas sa richesse. Mabanckou a conçu son livre comme une « promenade » à travers un musée personnel d’opinions, de colères, d’obsessions, de passions et de souvenirs. On y trouvera en vrac des hommages (notamment à l’auteur du Devoir de violence, Yambo Ouologuem), des règlements de compte autour de la question du français comme langue de l’écriture africaine (Patrice Nganang, Boubacar Boris Diop), des histoires vécues (la rencontre avec un communautariste aigri dans une salle de gymnase parisienne, par exemple)… Mais les pages les plus marquantes de ce livre sont peut-être celles trop rares où l’auteur raconte son parcours d’écrivain qui l’a conduit de Pointe- Noire à Los Angeles, en passant par Ann Arbor et Paris. Il dit comment l’exil, l’émigration, le voyage nourrissent son imaginaire, tout en le rapprochant de ses racines.

« L’émigration a contribué, écrit Mabanckou, à renforcer en moi cette inquiétude qui fonde à mes yeux toute démarche de création. On écrit « parce que « quelques chose ne tourne rond », parce qu’on voudrait déplacer les montagnes ou faire passer un éléphant dans le chas d’une aiguille. L’écriture devient alors à la fois un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l’horizon… ». Ces lignes sont une porte ouverte sur la quête intérieure qui fait d’Alain Mabanckou un écrivain à la fois puissant et poignant. Un auteur qu’on lit et relit avec bonheur.


Le Sanglot de l’homme noir, par Alain Mabanckou. Editions Fayard, 182 pages, 15 euros.

 

 

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(6) Réactions

Sanglot de l'homme

Je suis d'accord que l'Afrique doit s'occuper de son present.Peut-on le faire sans connaitre son passe?
Je n'est pas lu ce livre. Mais je me demande pourquoi Alain parle de "Pretendu fierte"? Est ce que chaque peuple ne doit pas s'inspirer du cote positif de son passe?? est ce qu'il ne rejoins pas le neo colon Sarkozy qui dit " le passe glorieux de l'Afrique n'a jamais existe"? Pour detruire un homme, un homme il faut detruire sa fierte, sa confiance et je vois que la machine est en marche.

Ce livre est une grande bouffée d'air

Ce livre est une grande bouffée d'air en ces temps. En tant qu'Africains c'est des choses que nous devons nous dire. J'aime la façon dont Alain Mabanckou aborde ces questions. Evidemment, comme d'habitude, dans ce genre de livres, les détracteurs et les fondamentalistes ne lisent jamais les livres mais critiquent ce que les autres critiquent et ainsi de suite... pour en arriver à des conclusions qui sont loin de ce que l'ouvrage a évoquées.
Je n'avais pas aimé le livre de mon compatriote Gaston Kelman, "Je suis noir et je n'aime pas le manioc", parce que je le trouvais superficiel et tout simplement à la limite de l'amusement. Ici ce n'est pas le cas. Ici il y a une vraie argumentation, une réflexion étayée à travers d'autres auteurs comme Amin Maalouf, Julien Gracq, Montesquieu, Yambo Ouologuem etc.
Beaucoup de questions évoquées par l'auteur ne sont jamais soulignées par certains critiques : les langues nationales, l'éducation, les constitutions, l'exil, l'immigration, les indépendances, les dictatures...
Et puis il y a aussi l'hommage émouvant rendu à tous ceux que la France a piétinés - notamment les deux gamins guinéens morts avec leur rêve d'Europe.
Je me demande même si les gens qui vomissent des insultes sur ce livre l'ont même feuilleté ? C'est vraiment le contraire de ce qu'ils disent, comme d'ailleurs l'intervenant précédant dont la rage est proportionnelle au manque de lecture du "Sanglot de l'homme noir". Au fond c'est même bien ainsi : les grands livres ont toujours soulevé la hargne, la colère et l'incompréhension. Je vois déjà que Le Sanglot de l'homme noir va être un de ces livres. Bon vent à cet ouvrage de courage et d'intelligence que je ne cesse d'offrir autour de moi !!!

Un ecrivain clairvoyant

L'ecrivain Alain a produit un ouvrage qui fait reveiller les esprits malsains. On doit comprendre maintanant les dynamiques du monde tout en definissant l'identite des questions qui hantent l'homme noir. tout en placant l'africain dans le noyau de sa propre destruction, cela ne date pas de cette ere. depuis que l'homme blanc s'est donner la "nble mission de civilisation" (qui civilise qui?), ce pauvre africain a toujours ete un bras gauche du colonisateur(plutot du civilisateur). mais ce qui etonne plus d'un est que, meme un centenaire apres, la conscience de l'Africain n'est pas encore a jour. de cela on peut toujours penser aux leaders africains qui tournent leurs yeux vers l'occident pour y trouver solutions aux problemes specifiques de leurs Etats.

?!?

Avez-vous lu le livre?...

mabankou le complexé

Le problème est que cet écrivain donne l'impression de quelqu'un de complexé, il n'est pas fier de ses origines.

D'accord avec Oboya

Permettez-moi de questionner la sincérité de l'article, eu égard à la qualité de cet ouvrage qui semble avoir été commis pour répondre à la requête d'un éditeur souhaitant rééditer un coup médiatique similaire à celui du livre, tout aussi controversé mais de meilleure qualité intellectuelle, "Je ne suis noir et je n'aime pas le manioc"? En effet, les propos de l'auteur sont empreints d'une remarquable tendance à la généralisation abusive et d'idées préconçues consternantes. La légèreté de l'argumentation, peu d'exemples factuels ou d'arguments incontestables, ternit l'image de l'auteur, son passé de juriste émérite, et lui ôte toute prétention à être reconnu comme intellectuel, ailleurs que dans les cercles parisiens et américains, où être un bon Nègre lettré l'enchante. Lorsque l'auteur se rappellera les règles essentielles de l'argumentation que l'on enseigne au collègue : un argument, deux exemples, si possible d'autorité, je continuerai à le lire. Aujourd'hui, je prends un break... 15€ pour ce griffonnage, qui ne vaut que 7/20, c'est insupportable.

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