Mali : dégradation de la situation humanitaire à cause du putsch et du conflit dans le Nord


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Le Mali, qui fait face à une crise alimentaire et nutritionnelle touchant l’ensemble du Sahel, pourrait voir sa situation s’aggraver si le conflit militaire perdure, notamment après le coup d’Etat du 22 mars. Selon plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) présentes sur le terrain, la situation des populations civiles dans le nord du Mali et dans les pays voisins reste toujours préoccupante.

Plus de 200 000 personnes ont été déplacées, depuis la mi-janvier 2012, début du conflit entre la rébellion et l’armée, dans le nord du Mali. Selon Médecins du Monde, plus de la moitié s’est déplacée à l’intérieur des frontières. Les organisations humanitaires restent mobilisées pour apporter une assistance aux populations. Cependant, ces ONG redoutent le pire, notamment parce que les habitants du Nord ne sont plus accessibles ou que très difficilement.

Le 16 mars, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Croix-Rouge malienne ont commencé à distribuer des vivres à plus de 28 000 déplacés, dans le cercle de Ménaka, dans la région de Gao. Une semaine plus tard, le Programme alimentaire mondial avait lui aussi lancé une opération d’urgence à Gao.
 
De son côté, Médecins du Monde a délivré des soins également dans le nord du Mali, notamment dans les régions de Kidal et Gao, mais cet accès aux populations est de plus en plus compliqué. Actuellement dans la ville de Gao, Médecins du Monde travaille sur un programme de réponse à la crise nutritionnelle, venant, en complément, au volet prise en charge médicale déjà en place pour les personnes déplacées notamment. Ses équipes mobiles sillonnent les régions et vont à l’encontre des populations. A Ménaka, un dispensaire a été construit et des équipes mobiles visitent les camps de déplacés, aux alentours de la ville. Dans la région de Youwarou, attaquée en février, MDM a également redémarré le centre de santé de référence de la ville. La situation humanitaire y est  délicate.
 
Joint par RFI, Pierre Verbeeren, Directeur général de Médecins du Monde Belgique, fait état de cas de malnutrition.    
On se retrouve avec des épidémies de rougeole.
Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du Monde Belgique.
10-10-2013 - Par Zéphyrin Kouadio
Problèmes d’accès à l’alimentation et à l’eau
 
La première nécessité, c’est l’accès à l’alimentation mais aussi à l’eau. C’est le cas pour les personnes résidentes mais aussi pour les personnes déplacées dont les conditions de vie sont encore plus difficiles.

Cette nécessité se fait d’autant plus sentir que les grandes chaleurs viennent tout juste de commencer. Cette période se situe entre début avril et le mois de juin. C’est aussi la période durant laquelle il y a moins de pâturages pour le bétail. Il se trouve que le nord du Mali est une zone où l’élevage est très important.

Le manque d’eau pour les personnes humaines mais aussi pour le bétail peut créer une crise encore plus forte.


L’insécurité complique le travail des ONG

Le Mali se trouve désormais dans un contexte, non seulement de conflit mais également d’instabilité politique. Une réalité qui s’est accentuée avec le coup d’Etat et qui a rendu difficiles, jusqu’ici, les discussions des ONG avec les autorités locales, dès lors qu’elles se déplacent dans des régions qui ne sont plus nécessairement sous le contrôle total des autorités centrales.
 
Joint par RFI, Germain Mwehu, porte-parole du CICR pour le Mali et le Niger, souligne que, d’une manière générale, le CICR a accès à l’ensemble du nord du Mali. Il évoque cependant des difficultés rencontrées, ces derniers jours, pour acheminer l’aide dans la région de Kidal.  
Certains hommes armés n’avaient pas accepté que le CICR puisse travailler dans la région de Tessalit.
Germain Mwehu, porte parole du CICR pour le Mali et le Niger.
10-10-2013 - Par Edmond Sadaka
Précisons également que tous les humanitaires redoutent que les déplacés maliens franchissent les frontières et viennent grossir le flot de réfugiés dans les pays voisins où plane la menace d’une grave crise alimentaire. L’ONG Oxfam vient de tirer la sonnette d’alarme. Selon cette organisation britannique, tous les indicateurs annoncent une catastrophe imminente si des mesures urgentes ne sont pas prises.
 
Oxfam souhaite que la communauté internationale se mobilise au plus vite pour aider les pays les plus vulnérables à savoir, le Niger, la Mauritanie, le Tchad, le Burkina Faso et le Mali.