Nord du Mali: une mosaïque hétéroclite de mouvements armés


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Après Kidal vendredi puis Gao samedi, la rébellion a pris le contrôle de Tombouctou ce dimanche. En trois jours, les trois principales villes et garnisons du Nord du Mali sont tombées sous la coupe du mouvement islamiste Ansar Dine -qui préconise l'adoption de la charia, la loi islamique-, des rebelles touaregs indépendantistes du MNLA, et de milices locales arabes. Une première depuis l'indépendance du Mali, en 1960.

A Kidal, localité située au Nord-Est du Mali, Iadarali règne en maître des lieux. Cet ex-rebelle touareg, devenu chef d’un mouvement islamiste armé du nom de Ansar Dine, ne cache pas ses objectifs.

Dans une vidéo, on le voit passer les troupes en revue et ensuite diriger la prière. Un de ses lieutenants du nom de Cheikh Aouicha, explique devant la caméra que leur objectif est l’application de la charia, la loi islamique.

Le groupe Ansar Dine se définit comme un groupe malien, et ne parle pas d’indépendance, comme les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad, le MNLA, qui ont participé à la prise de Kidal.

Dans la localité de Gao, toujours au Nord, plusieurs groupes sont présents. Selon Mohammed Asaleh, maire d’une localité de la région qui a rallié les rangs du MNLA, deux groupes armés se sont partagés les deux camps militaires de Gao.

Les rebelles qui veulent créer une République sont dans le camp situé à la périphérie de la ville, et les groupes islamistes, qui veulent l’application de la charia, dans le second camp militaire situé au cœur de la même localité.

Enfin, au Nord-Ouest du Mali, dans la ville touristique de Tombouctou, les rebelles indépendantistes cohabitent avec un groupe islamiste et deux milices locales.

Le Mali coupé en deux effraie Bamako

L’avancée militaire fulgurante des différentes rébellions touarègues au nord du pays inquiète au plus haut point à Bamako. Le sujet revient dans toutes les conversations. Ce matin, une dame dont la famille est à Gao se lamentait de voir le Mali désormais coupé en deux et l’armée malienne incapable de résister. « Notre pays sera bientôt aux mains des rebelles », considérait cette femme.

Dans les faits, on ne peut pas parler d’une panique généralisée mais la psychose est réelle. Samedi, à l’appel des leaders religieux musulmans et chrétiens, plus de 20 000 personnes se sont retrouvées au stade Modibo Keita pour une prière en faveur de la paix. En raison de la situation au Nord, mais peut-être plus encore par crainte de voir la Cédéao imposer des sanctions suite au coup d’Etat. Ces derniers jours certains habitants de la capitale ont commencé à faire des provisions.

Du côté de la classe politique malienne, si de profondes divergences existent sur le positionnement à adopter par rapport à la junte, il y a au moins un point qui fait consensus : l’heure est grave et il faut donner d’avantage de moyens aux soldats pour résister face aux rébellions du nord du Mali, sinon la partition du pays sera consommée.