Embargo sur le Mali : la junte prend acte mais veut suivre son calendrier

Le capitaine Amadou Sanogo entend toujours organiser une convention nationale avec les forces vives du pays pour préparer la transition (ici à Kati, le 30 mars 2012).
© REUTERS/Luc Gnago

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest a mis ses menaces à exécution : la Cédéao a bel et bien confirmé l'entrée en vigueur d'un embargo sur le Mali, lors d'un sommet organisé hier, lundi 2 avril, à Dakar. Sur place, la junte dit prendre acte de cette décision mais l’immobilisme prévaut. Les Maliens, eux, sont partagés, et sont sûrs d’une chose : le quotidien sera plus difficile.

Dès hier soir, la junte a réagi à la décision de la Cédéao d’imposer de lourdes sanctions au Mali. Le président du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) dit avoir pris acte des résolutions de l’organisation régionale et rester à la disposition de la médiation burkinabé pour chercher des solutions de sortie de crise. Malgré la pression, le capitaine Sanogo n’entend pas sortir du jeu dans l’immédiat puisqu’il appelle encore à la l’organisation d’une convention nationale avec les forces vives du pays afin de mettre en place des organes de transition.

La classe politique malienne, elle, est partagée sur les résolutions de la Cédéao. Tous les opposants à la junte estiment que l’embargo rendra inévitablement la vie des Maliens plus difficile mais, si certains considèrent que cette décision est le seul moyen de faire plier les militaires, d’autres estiment qu’il aurait fallu faire preuve de plus de patience avec les nouveaux tenants du pouvoir.

Inquiétudes dans la capitale

Ces sentiments mitigés se retrouvent également dans les rues de Bamako, où la percée de la rébellion touarègue a réveillé de plus des sentiments nationalistes jusque-là somnolents. Jaafar se définit comme un patriote consterné : « C’est triste pour mon pays. Je n’aurai jamais pensé qu'on allait phagocyter (le Mali) de la sorte. On n’a jamais vu nos villes tomber comme des fruits mûrs. Je n’ai jamais pensé, et j’ai 63 ans, que deux drapeaux allaient flotter sur mon territoire ».

Aïcha, elle, est une étudiante désemparée : « Là, je ne pense pas que les rebelles touaregs accepteraient le cessez-le-feu. Ils ont déjà le Nord. Donc la seule façon de pouvoir récupérer nos terres, c’est peut-être une intervention militaire. (...) Moi actuellement, j’ai vraiment peur qu’il y ait une guerre civile parce que la population malienne commence à avoir de la haine par rapport à la situation qui se passe au Nord ».

Dans la capitale, quelque soit le positionnement politique de chacun, un consensus se dégage : avec l'embargo de la Cédéao, le temps des grandes difficultés approche avec des pénuries de carburant et une hausse des prix des produits de première nécessité.