Mali : les heures noires de Gao

Le nord du Mali est devenu inaccessible à la presse et aux organisations internationales. Quelque 90 000 personnes déplacées qui se trouvaient à Gao, Tombouctou et Kidal, sont aujourd'hui « sans assistance », selon Caritas Internationalis. De nombreux habitants interrogés depuis Bamako ont fait état de saccages et pillages à Tombouctou et Gao. La situation serait beaucoup plus critique dans cette dernière ville. Les Maliens, originaires du Nord, qui vivent à Bamako sont inquiets. Beaucoup d'entre eux ont de la famille à Gao et Tombouctou.

Gao, la grande ville du Nord n'échappe pas à la lutte de pouvoir entre les différents groupes rebelles qui y sont entrés le 31 mars. Dans la confusion de nombreux pillages ont eu lieu et ont semé la panique chez les habitants. Certains ont d'ailleurs déjà quitté la ville.

La situation alimentaire se détériore de jour en jour. Il n'y a plus de marchés, et la plupart des boutiques sont vides. Les stocks d’aide alimentaire ont été pillés, selon le maire. Il y a encore de l'électricité et de l'eau dans la plupart des quartiers, mais il est difficile de savoir pour combien de temps encore.

Le carburant qui sert à faire tourner les groupes électrogènes commence à manquer, et sans énergie, l'eau ne pourra bientôt plus être acheminée. Il faut agir très vite assure le maire, Sadou Diallo ajoutant qu'il y a eu ces derniers jours de graves violations des droits de l'homme, « des femmes ont notamment été violées », dit-il.

Hier encore des tirs en l'air étaient entendus dans la ville, tirs sporadiques, pour faire fuir ceux qui tentaient de se livrer à des pillages. Une réunion aurait eu lieu entre le MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad), les chefs traditionnels et des chefs religieux, l’objectif étant de ramener le calme, et rassurer les habitants.

Les Maliens originaires du Nord sont inquiets

Oumar Daou
10-10-2013
Sadou Harouna Diallo
10-10-2013 - Par Charlotte Idrac

« Pour ceux ou celles qui sont tombés, acceptons d’observer une minute de silence ».

Dans une salle de concert de Bamako, ils sont des milliers. Tous ressortissants du nord du Mali, tous inquiets pour leurs proches qu’ils ont du mal à contacter.

A la tribune, les leaders du Nord se succèdent et dénoncent des exactions en zone rebelle : « Les assaillants et les terroristes ont tout dévasté dans les localités qu’ils occupent. Administrations pillées, centres de santé vandalisés, nos sœurs et nos filles violées ».

Dans la salle, beaucoup arrivent tout juste de cette moitié nord, perdue par Bamako en deux mois d’un conflit éclair. Des jeunes chauffés à blanc demandent des armes pour repousser les rebelles, d’autres une aide internationale pour stopper toute nouvelle avancée : « Les gens demandent des armes mais est-ce la solution ? Aujourd’hui, nous sommes dans un dilemme : d’un côté, il y a la junte et de la l’autre côté, il y a les assaillants. Donc on est entre deux feux ».

Finalement, l’hymne national vient clore la réunion. En pleine débâcle militaire et en plein coup d’Etat, un dernier rempart bien symbolique face au chaos qui frappe actuellement le Mali.