Le difficile retour dans le Sahel des travailleurs tchadiens de Libye


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Au Tchad, dans la région sahélienne du Kanem dans l’ouest du pays, l’insécurité alimentaire est chronique à l’approche de la période de soudure. La plupart des familles de cette zone désertique ont épuisé leurs stocks de nourriture. Et cette situation est aggravée par les crises régionales : la fermeture de la frontière avec le Nigeria suite aux attentats terroristes de Boko Haram au début de l’année et le retour des travailleurs tchadiens de Libye.

Devant le centre de santé de Barrah, dans la région de Kanem dans le nord du Tchad, le chef de village en boubou blanc reçoit sous un acacia. Depuis l’an dernier, il a vu revenir 186 habitants de Libye : « Beaucoup ont dû quitter la Libye précipitamment et ceux qui avaient de l’argent à la banque là-bas n’ont pas pu le récupérer. Ils sont revenus sans rien. Alors ils se débrouillent en faisant du petit commerce, en allant travailler la terre. Sinon, ils vivent grâce à la famille ».

Ousman a travaillé dix ans comme docker à Benghazi. Désormais, il cultive quelques légumes dans un wadi, une oasis : « C’est sûr, en Libye, la vie était plus facile. On travaillait dur mais on gagnait de l’argent. On était à l’aise. Ici je n’ai pas grand-chose mais je reste. J’ai eu peur là-bas et je n’y retournerai jamais ».

Pour Fatma Moussa, 36 ans, dont sept passés en Libye, il faut se réhabituer à la vie au village. Son mari, lui, est resté à Tripoli : « La vie est surtout différente pour ce qui concerne la nourriture. Mes enfants ont des maux de ventre depuis notre retour. Ils ne sont pas habitués. Là-bas, il y avait des sandwichs, des macaronis, du riz. On allait chercher ça à l’alimentation générale. Ici il n’y a que du mil et du maïs ».

Mais la production de céréales est en déficit chronique dans le Kanem. Les pâtes ou le riz, importés du Nigeria voisin avant la fermeture de la frontière, sont devenus des denrées rares.