Un entrepreneur français dénonce le manque d'aide pour l’exploitation du lac Kivu


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Michel Halbwachs, professeur d’université et fondateur d’une société spécialisée dans l’extraction de gaz, accuse l’Etat français de ne pas l’avoir soutenu dans un projet au lac Kivu. Très riche en méthane, ce lac représente à la fois une source considérable d’énergie et une menace pour les populations environnantes en cas d’explosion.

Une chance et une menace, tel est perçu le lac Kivu, cette étendue d’eau de 89 km de long sur 48 km de large bordée par la République démocratique du Congo et le Rwanda qui recèle dans ses fonds un quantité astronomique de méthane. Une chance car, selon les estimations, une telle abondance de gaz pourrait rendre un pays comme le Rwanda autosuffisant en production électrique pendant 150 ans, au taux actuel de consommation.

Mais le lac représente aussi une menace car, si une explosion de méthane survenait, elle mettrait en péril les populations vivant autour de ses rives, soit environ 2 millions de personnes en comptant la ville congolaise de Goma, peuplée à elle seule d’un million d’habitants. Une explosion de ce type a d’ailleurs déjà eu lieu en août 1986 au lac Nyos au Cameroun, provoquant la mort de 1 746 personnes.

Pas d’aide française

Ces enjeux à la fois humanitaires et économiques sont suffisamment significatifs pour avoir conduit le Français Michel Halbwachs, professeur d’université et fondateur de la société Data Environnement, à pousser un « coup de gueule » sous la forme d’une lettre ouverte au ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, publiée mercredi 25 avril sur le site Huffington Post.

Data Environnement a déjà dégazé les lacs Nyos et Monoun, au Cameroun. © Bernard Cannet/Magma Production

Sous le titre « Monsieur Juppé, je refuse ma Légion d’honneur », Michel Halbwachs se plaint de n’avoir pas été soutenu financièrement par la France lorsque sa société – qui expérimentait une station pilote d’extraction de méthane sur le lac Kivu – a rencontré des difficultés pour mener à bien son pojet et a demandé de l'argent à l’Etat français. « Par cette lettre, je veux dénoncer un dysfonctionnement entre l’argent payé par le contribuable et la façon dont on l’utilise », a déclaré M. Halbwachs à RFI ce mercredi pour expliquer sa démarche.

Sa colère est redoublée par le fait que sa PME, qui emploie huit personnes, est pour l’instant la seule au monde à maîtriser cette technologie particulière de l’extraction du gaz « Nous avons commencé à nous pencher sur la question en 1987 après l’éruption du lac Nyos », souligne-t-il. « Et nous sommes la seule société à avoir travaillé sur le dégazage des lacs. Au bout de 25 ans, on a dégazé le lac Monoun et le lac Nyos au Cameroun ».

D’autres pays intéressés

« C’était un projet à très bas coût (ndlr : 800 000 euros) qui réunissait tout : l’économique, l’environnement et la lutte contre la pauvreté mais je n’ai pas eu un centime de la part de la France », poursuit Michel Halbwachs. « On a eu affaire l’AFD (Ndlr Agence française de développement) mais, accuse-t-il, ce ne sont que des exécutants qui ne cherchent qu’à faire sortir de l’argent vers les pays en voie de développement pour qu’il revienne totalement dans les entreprises du CAC 40 ».

L’accusation est grave mais l'entrepreneur basé en Savoie la maintient. « J’ai beaucoup de contact avec les ambassades étrangères à Kigali et elles bavent d’envie devant un projet comme celui-là », s’énerve-t-il. « Je peux citer cinq ou six pays où le projet aurait été financé immédiatement. Mais la France, elle, ne fait rien. C’est minable ! ».

Contacté par RFI, le Quai d’Orsay n’a pas encore répondu aux accusations formulées par Michel Halbwachs.

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