RDC: la campagne du WWF pour protéger le parc des Virunga des explorations pétrolières


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Le Fonds mondial pour la nature (WWF) lance une campagne contre les explorations pétrolières dans le parc des Virunga, dans la région des grands lacs à l'est de la République démocratique du Congo. Ce parc est connu pour abriter les derniers grands singes de la planète. Plus ancien parc national d'Afrique, situé au nord de Goma, à la frontière avec le Rwanda et l'Ouganda, il couvre près de 8.000 km2, avec une biodiversité exceptionnelle, plus de 200 espèces de mammifères, dont les gorilles de montagne et les Okapi, qu'on ne trouve que dans cette région du monde.

Le parc des Virunga est classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1979, mais il a été inscrit en 1994 dans la catégorie des sites en péril, en raison des conflits dans la région - notamment l'afflux de réfugiés qui a suivi le génocide au Rwanda en 1994, et la guerre qui a suivi - qui avaient déjà mis en péril sa biodiversité.

L'exploration pétrolière autorisée depuis 2010

La découverte de pétrole en Ouganda à l'est du lac Albert, et les potentiels annoncés par Total, partenaire de Tullow et CNOOC, suscitent des espoirs du même ordre en RDC, de l'autre côté de ce qu'on appelle le rift Alberta. Dès juin 2010, une ordonnance présidentielle attribue des concessions pétrolières à plusieurs compagnies - la Française Total, la Britannique Soco International et l'Italienne Enid - couvrant près de 85% de la surface du parc.

Suite à cette décision, le Comité du patrimoine mondial exprime sa profonde préoccupation à l'égard des projets pétroliers envisagés et prie instamment l'État congolais de les exclure du territoire du parc national des Virunga. Le Premier ministre de la RDC signe alors une déclaration conjointe avec le directeur général de l'Unesco confirmant le respect du gouvernement des lois de la RDC et des conventions internationales interdisant une telle activité d'industrie extractive.

Dans la foulée, en mars 2011, le ministère congolais de l'Environnement suspend les activités et commande une évaluation environnementale stratégique dont les recommandations devraient être connues à la fin de l'année 2012. Cette étude, financée par l'Union européenne, doit permettre à tous les acteurs concernés, y compris la société civile locale, à se prononcer.

Pourtant, dès septembre 2011, le gouvernement publie une ordonnance qui permet à SOCO de commencer les explorations. La compagnie entreprend des études aéromagnétiques et gravimétriques à l'extérieur des frontières du parc et par survol aérien à 500 mètres au-dessus du parc. Total s'apprête à faire de même.

Une exploitation illégale

Le gorille des montagnes est l'une des espèces emblématiques du parc national des Virunga, en RDC. © (Photo : AFP)

Cependant, SOCO pénètre aussi dans le parc pour installer un camp opérationnel pour l’exploration ce qui est totalement illégal. D'après des témoignages recueillis par le WWF, les véhicules de la SOCO était même escortés par des militaires congolais. Pourtant d'après la loi congolaise, et d'après les conventions internationales ratifiées par Kinshasa qui prévalent sur les lois de la RDC, l'exploration à l'intérieur du parc est strictement interdite. L'Unesco exprime sa préoccupation, et menace de déclasser le parc. Si tel devait être le cas, les bailleurs de fonds qui contribuent au financement de l'entretien et de la mise en valeur du parc, se retireraient.

D'après le WWF, la société civile s'est également mobilisée majoritairement contre le projet, bien que les compagnies pétrolières promettent de développer des projets en faveur des populations.

Des risques de pollution et de déstabilisation

Les risques de pollution, malgré les assurances données par les compagnies, sont d'autant moins négligeables que la faune, la flore et les importantes ressources en eau, constituent une source de subsistance et de revenus pour les populations locales. La pêche notamment (avec la capture annuelle de plus de 10 000 tonnes de poissons) fournit les moyens de subsistance à plus de 30 000 personnes. On estime que 20 000 personnes de plus en bénéficient économiquement.

La présence des compagnies pétrolières provoquerait également une augmentation notable de la fréquentation humaine dans la région et donc de l’exploitation des ressources naturelles pour leurs besoins (culture, chasse, pêche, prélèvements bois, etc.). Ce phénomène très difficilement contrôlable ne peut que conduire à des pressions accrues sur le parc.

Enfin le commerce des hydrocarbures, pourrait, comme ce fut le cas avec les ressources minières lors des récents conflits, provoquer une nouvelle déstabilisation de la région, en finançant des milices et mouvements rebelles.

Pressions sur les compagnies pétrolières

Total précise qu'«avant d'entreprendre ses travaux d'exploration, le groupe réalisera une étude d'impact environnemental et social sur ses zones d'opération». La campagne du WWF vise à ce que les deux compagnies, Total et Soco, déclarent publiquement Virunga et tous les sites du patrimoine mondial comme une «no go zone» (zone interdite) - Shell l'a fait en 2003. L'ONG veut également que Total et Soco suspendent toute activité en périphérie du parc, en attendant les résultats de l'étude environnementale.

Pour WWF, les gouvernements britannique et français devraient intervenir auprès des compagnies pour les inciter à respecter la convention du patrimoine mondial de l'Unesco qui interdit les activités extractives dans les sites classés. La participation des entreprises européennes, est pour le WWF, particulièrement choquante, dans la mesure où l'Union européenne est l'un des principaux bailleurs de fonds de la conservation et du développement social dans le parc national des Virunga. Aujourd'hui, seul le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, s'est exprimé contre l'extraction du pétrole dans les Virunga.

Un autre développement possible : le tourisme

Le parc est aussi prisé par les touristes : des centaines de milliers de visiteurs se sont déjà rendus dans le parc national des Virunga pour y voir les gorilles de montagne. Il est donc une source de revenus non négligeable pour le gouvernement et pour les communautés locales. Cette activité génère près de 500 000 dollars par an malgré la situation relativement instable de la région. La situation pourrait même évoluer et ainsi, être comparable à celle du Rwanda où la valeur d’un gorille est estimée à près d’un million de dollars tout au long de sa vie. D'autant que les mesures de conservation mises en vigueur ont permis un accroissement de la population de gorilles de 324 à 380 individus entre 2000 et 2004.

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