Les relations polémiques entre l'Elysée et le régime libyen depuis 2007

Le président Sarkozy et Moummar Kadhafi en 2007 à l'Elysée.
© REUTERS

La publication par le site Mediapart samedi 28 avril 2012 d'un article sur le soutien financier présumé de la Libye de Mouammar Kadhafi à Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle de 2007, est le dernier épisode des diverses polémiques entre la France et la Libye. De l'affaire dite « des infirmières bulgares » en juillet 2007 à la visite controversée de Mouammar Kadhafi à Paris fin 2007, en passant par la position de leader de la France dans l’intervention en Libye en 2011, retour sur les principales polémiques entre les deux pays depuis 2007.

Depuis la dernière élection présidentielle, les relations entre l'Elysée et le régime libyen ont souvent provoqué la polémique en France. Premier épisode en date, l'affaire dite « des infirmières bulgares » détenues en Libye pendant plusieurs années et dont la France réussit à négocier la libération en juillet 2007. C'est l'épouse de Nicolas Sarkozy, Cécilia, qui les ramène à bord de l'avion présidentiel. Les images sont fortes.

Deuxième épisode, que certains ont interprété comme un renvoi d'ascenseur de la France à la Libye : Mouammar Kadhafi est reçu à Paris par le président Sarkozy à la fin de l'année 2007. Cette visite provoque des réactions indignées dans la classe politique où de nombreux responsables s'émeuvent de voir un dictateur soupçonné de terrorisme reçu en grande pompe et même autorisé à installer sa tente bédouine dans la cour de l'hôtel Marigny proche de l'Elysée. Rama Yade elle-même, alors secrétaire d'Etat aux droits de l'homme du gouvernement, s'indigne et critique cette visite avec des mots très durs.

Troisième épisode, la France prend la tête de la coalition internationale qui lance une intervention militaire en 2011 pour soutenir les rebelles libyens en lutte contre le colonel Kadhafi. La normalisation des relations avec le régime libyen n'est plus à l'ordre du jour.

L’affaire Mediapart

Dernier épisode, la publication sur Mediapart, samedi 28 avril 2012, d'un article intitulé « Sarkozy-Kadhafi : la preuve du financement ». Dès la mise en ligne de l'article, le directeur éditorial de Mediapart, François Bonnet, avait évoqué dans un éditorial le montant de 50 millions, écrivant : « au vu du montant cité par ce document, 50 millions d'euros, il ne s'agit plus seulement de soupçons de financement politique (le plafond autorisé des dépenses de campagne pour la présidentielle est de 22 millions d'euros par candidat) mais, peut-être, d'enrichissement privé des protagonistes. » 

Après publication, l'UMP n'a pas retenu ses coups, à l'image de François Fillon, interrogé sur RTL ce dimanche 29 avril.

Je suis certain que le document est faux parce que j'ai vécu la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, je sais qu'on avait pas 50 millions d'euros

François Fillon
30-04-2012

Dans la foulée de son Premier ministre, Nicolas Sarkozy a dû réagir, pressé par les questions de la journaliste Anne-Sophie Lapix, dimanche sur Canal Plus. Ce lundi, sur France 2, le président de la République a annoncé son intention de porter plainte contre Mediapart.

J'ai honte pour l'AFP d'avoir fait une alerte sur un document faux, la campagne électorale ne justifie pas tout

Nicolas Sarkozy
30-04-2012

Invité à commenter l'affaire, François Hollande a par la suite donné sa propre vision du travail des journalistes de Mediapart.

Mediapart est un site d'investigation qui cherche ce qu'il peut trouver, et c'est arrivé qu'il accable quelques fois des personnalités de gauche

François Hollande
30-04-2012

Le candidat s'est plusieurs fois rendu dans les locaux de Mediapart pour des interviews. La dernière en date étant le 13 avril 2012, quelques jours avant le premier tour, après Eva Joly, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon. Le journaliste Fabrice Arfi, co-auteur du dernier scoop de Mediapart, lui avait alors posé plusieurs questions particulièrement dérangeantes sur son rôle en tant que premier secrétaire du PS dans l'affaire Guérini, du nom de l'ancien président socialiste du département des Bouches-du-Rhône, mis en examen pour des faits présumés de corruption.
 

Mediapart, l'obsession de l'indépendance éditoriale... et donc financière

Que le site d'information Mediapart défende également des opinions, c'est une certitude. A l'instar de bien d'autres journaux français, en ligne ou papier, comme Libération ou Le Figaro, Mediapart met en ligne des « partis pris ». Et son positionnement éditorial, dit de « radicalité démocratique », s'inscrit clairement dans l'anti-sarkozysme.

En revanche, le procès en officine est difficilement soutenable. Les quatre journalistes créateurs de Mediapart (François Bonnet, Gérard Desportes, Laurent Mauduit et Edwy Plenel), tous passés par le journal Le Monde, ont d'emblée fait le pari de l'indépendance de leur entreprise. Aussi bien dans son actionnariat que dans son fonctionnement.

En d'autres termes, les propriétaires majoritaires du site sont ses quatre fondateurs (Gérard Desportes a quitté la rédaction en 2010), avec la directrice financière de l'entreprise et un polytechnicien, à hauteur de 60%. Le reste du capital se partage entre quelques investisseurs privés et la « Société des amis de Mediapart », qui compte dans ses rangs quelques patrons classés à gauche.

L'originalité de Mediapart, c'est d'avoir opté pour l'accès payant, pour pouvoir se passer de recettes publicitaires. C'est manifestement réussi, puisqu'avec environ 50 000 abonnés, le site serait à l'équilibre depuis plus d'un an, et se développe peu à peu. S'il a réussi, c'est principalement grâce à la qualité de ses enquêtes sur les affaires politico-financières les plus sensibles (Bettencourt, Karachi...), il est vrai embarrassantes d'abord et surtout pour la droite.

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