Présidentielle : qu'en est-il de la Françafrique?

Henri de Raincourt, ministre français chargé de la Coopération, soutien du candidat Nicolas Sarkozy.
© impots-locaux.net

Demain soir, mercredi, c’est le grand débat entre les candidats au 2e tour de la présidentielle française, François Hollande et Nicolas Sarkozy. Auront-ils le temps de parler de la politique africaine de la France ? Pas sûr. RFI ouvre son antenne à deux de leurs porte-parole. Le 2 mai, c'est Jean-Louis Bianco, député socialiste et président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence qui est l'invité de RFI. Ce mardi 1er mai, c'est Henri de Raincourt  le ministre français de la Coopération qui répond aux questions de Christophe Boisbouvier. Bien entendu, il soutient le candidat Nicolas Sarkozy.

RFI : Il y a cinq ans, à son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a promis de rompre avec la Françafrique. Mais aujourd’hui, est-ce qu’il n’est pas rattrapé par ses liens passés avec le colonel Mouammar Kadhafi, comme témoigne ce document publié samedi 28 avril sur Médiapart ?

Henri de Raincourt : Médiapart n’en est pas à son coup d’essai. Ca n’est pas la première fois qu’il utilise les procédés les plus vils pour essayer de détruire la candidature de Nicolas Sarkozy parce que c’est son ambition. Tout ceci, le président en a fait litière. C’est de l’invention, c’est de la diffamation. C’est absolument pitoyable.

RFI : Selon ce document, le colonel Kadhafi aurait décidé de financer la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy à hauteur de 50 millions d’euros. Qu’est-ce que vous en pensez ?

H. de R. : Je pense qu’en citant ce chiffre, c’est reconnaître l’aberration et la stupidité de cette affirmation. Une campagne présidentielle coûte 20 millions, donc je ne vois pas pourquoi le colonel Kadhafi aurait financé une campagne à 50 millions. C’est exclusivement de la volonté de nuire et ça n’honore pas les auteurs de ce genre de pratique.

RFI : Autre ami encombrant pour le chef de l’Etat, l’avocat Robert Bourgi, « l’homme des mallettes ». Est-ce que Nicolas Sarkozy et Claude Guéant n’ont pas eu tort de le recevoir à l’Elysée pendant plusieurs années ?

H. de R. : Ce que je peux dire, c’est que je suis depuis 2010 au ministère de la Coopération et que, à aucun moment, je n’ai entendu parler d’un rôle quelconque qui serait joué par Robert Bourgi dans la politique de la France. Cela a peut-être existé à un moment donné. En tout cas, il est clair que c’est bien Nicolas Sarkozy qui a mis fin à l’action ou les interventions de Robert Bourgi sur le continent.

RFI : La semaine dernière, en conférence de presse à Paris, le candidat socialiste François Hollande a déclaré « Si je suis élu, je n’accepterai pas des élections qui auront été frauduleuses où que ce soit ». Qu’est-ce que vous en pensez ?

H. de R. : Monsieur Hollande a une vision de l’Afrique qui date un peu et je crois qu’il en est resté à l’époque de François Mitterrand et de son fils, Jean-Christophe, parce qu’il devrait regarder comment les choses se déroulent dans la plupart des pays d’Afrique. Globalement, on progresse. Il y a de plus en plus de pays dans lesquels les élections se déroulent d’une manière tout à fait conforme à ce qu’on est en droit d’attendre. Le dernier exemple en date, c’est la démonstration absolument admirable qui a été faite par le peuple sénégalais.

RFI : Mais les élections de novembre dernier au Congo-Kinshasa ont été propres ou frauduleuses ?

H. de R. : Chaque fois que des interrogations se posaient, la France a toujours émis les réserves nécessaires à la suite des rapports présentés par les observateurs internationaux. Tout ne peut peut-être pas être absolument parfait du jour au lendemain, mais globalement l’Afrique est sur la bonne voie démocratique.

RFI : Et à partir des observations de l’Union européenne au Congo-Kinshasa, qu’est-ce que vous en concluez ?

H. de R. : Nous avons fait les réserves nécessaires, en particulier s’agissant de ce pays.

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RFI : Si Nicolas Sarkozy est réélu dimanche, est-ce qu’il ira saluer Joseph Kabila à Kinshasa à l’occasion du Sommet de la francophonie en octobre prochain ?

H. de R. : Je n’en sais rien parce que je n’en ai pas parlé avec lui. Le sujet n’a pas été traité. Ce qui est clair, c’est que la France a tout à fait milité auprès des responsables de la francophonie pour que le sommet puisse se tenir dans les lieux et aux dates prévues.

RFI : Depuis un an, vous dites que vous êtes contre les présidences à vie, vous l’avez dit à propos d’Abdoulaye Wade et de Blaise Compaoré. Mais êtes-vous certain que le Cameroun ne présente pas un risque de présidence à vie ?

H. de R. : Je ne lie pas dans le marc de café. Je pense que le président du Cameroun est quelqu’un de suffisamment sage pour comprendre que ce qui pouvait peut-être se passer il y a quelques années, aujourd’hui n’est plus accepté par les opinions.

RFI : En Côte d’Ivoire, l’an dernier la France s’est beaucoup mobilisée pour que le verdict des urnes soit respecté. Mais est-ce que ce n’est pas un cas unique ? Est-ce qu’il n’y a pas une exception Alassane Ouattara ?

H. de R. : C’est extrêmement porteur pour l’avenir de l’Afrique toute entière que la communauté internationale se soit mobilisée pour imposer le respect de la volonté populaire des Ivoiriennes et des Ivoiriens.

RFI : Que pensez-vous de pays comme le Gabon ou le Togo où il n’y a presque plus d’opposants à l’Assemblée nationale ?

H. de R. : Je n’ai pas constaté que les observateurs internationaux aient déposé des rapports indiquant que les élections législatives, au Gabon par exemple, s’étaient déroulées dans des conditions absolument contraires au fonctionnement démocratique.

RFI : Mais n’est-ce pas inquiétant pour la vie démocratique de ces deux pays ?

H. de R. : D’une manière générale, une démocratie fonctionne mieux lorsqu’elle est sur deux jambes : une majorité et une opposition. Mais je ne pense pas que cela ait vocation à perdurer. Vous savez, c’est la même chose qui s’est passée en Russie.

RFI : La très grave crise au Mali –la plus grave de son histoire-, n’est-ce pas la faute à la France qui a aidé à renverser le régime Kadhafi sans prévoir le coup d’après ?

H. de R. : Si on regarde ce qui s’est passé dans le secteur, après la chute de Mouammar Kadhafi qui était quand même au pouvoir depuis 42 ans sans élections, c’est au Mali que les choses ont mal tourné. Je regarde en Mauritanie, je regarde au Niger, je regarde en Algérie. Les choses n’ont pas été gérées de la même manière et par conséquent, les inconvénients que vous signalez ne se sont pas produits. Donc ça veut dire que la politique était sans doute trop laxiste au niveau du Mali par rapport à la surveillance des frontières exercées par les autorités du Niger, de la Mauritanie et de l’Algérie.
 

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