Congo-Brazzaville: le président Sassou Nguesso s'exprime pour la première fois depuis le drame du 4 mars

Le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, Palais de l'Élysée, 8 février 2012.
© © AFP/Eric Feferberg

Deux mois après les explosions dans une caserne militaire de Brazzaville qui ont fait officiellement 282 morts et des milliers de sans-abri, le président Denis Sassou Nguesso s'exprime pour la première fois. Il raconte à RFI sa réaction au moment du drame et s'explique sur les questions de détournement d'argent, de manque de moyens hospitaliers et l'arrestation de plusieurs officiers.

RFI : C’est la première fois que vous vous exprimez depuis le drame du 4 mars. Vous nous recevez dans votre résidence de Mpila. Où étiez-vous ce dimanche du 4 mars et à quoi avez-vous pensé, monsieur le président ? Une tentative de coup d’Etat par exemple ?

Sassou Nguesso : C’était le matin à 8 heures, j’étais donc au palais. Aux premières explosions, j’ai pensé d’abord à un tonnerre, quelque chose comme ça, orage. J’ai eu quelques coups de fil et j’ai pu comprendre qu’il s’agissait d’explosions, au camp militaire des blindés de Mpila. Je n’ai pas du tout pensé à un coup d’Etat. Pas du tout.

RFI : Monsieur le président, pourquoi tant d’armes stockées à Brazzaville ? Pour se battre contre qui ?

S.N. : Ce sont des armes et des munitions pour toute l’armée, déjà, la zone autonome de Brazzaville et les autres zones. Si vous avez une armée vous ne pouvez avoir que des armes et des munitions. Et je crois que toutes les armées du monde fonctionnent comme ça. Elles n’ont pas un ennemi désigné d’avance. On n’a pas encore supprimé les agressions de la surface du monde. Vous voyez que tous les Etats du monde ont des armes.

RFI : Ce drame, monsieur le président, a mis à nu la faiblesse des infrastructures hospitalières dans la capitale. L’argent investi dans toutes ces armes ne pouvait-il pas servir à construire un vrai CHU ?

S.N. : Vous commettriez l’erreur de penser qu’on pourrait seulement se mettre à construire l’économie et le social, sans se préoccuper de la paix et la sécurité. Notre pays a connu une tragédie dans les années 97, 98, 99, jusqu’à 2000. Nous avions le devoir de rechercher la paix et la sécurité du pays. Ensuite, créer les conditions du développement. Croyez-moi, depuis 1997, des moyens importants ont été mis dans les problèmes de santé.

RFI : On vous reproche de n’avoir jamais sanctionné tous ceux qui ont détourné l’argent qui devait être investi dans les équipements médicaux.

S.N. : C’était des dizaines de milliers de blessés, des dizaines de milliers de sans-abri, des centaines de morts. Beaucoup de services d’Etat, un dimanche, ont été dépassés par l’ampleur de la tragédie ! Ça c’est vrai. Manque d’ambulances… Il ne pouvait qu’en manquer. Même s’il y avait quelques ambulances - et je sais qu’il y en avait - il ne pouvait qu’en manquer ! Même s’il y avait des médicaments dans les hôpitaux, il ne pouvait qu’en manquer. Même s’il y avait du personnel de permanence, etc., dans tous les hôpitaux, le personnel ne pouvait venir qu’à manquer. Tout manquait ce jour-là, parce que l’ampleur du désastre avait réellement dépassé les capacités d’intervention.

Voilà pourquoi nous avons procédé pratiquement.  C’est la première décision que j’avais prise, de la réquisition, de la réquisition générale de tout. Il y a eu aussi la mobilisation du personnel. Même ceux qui étaient déjà mis à la retraite ! Des médecins, des infirmiers. C’est cette mobilisation générale qui a permis, au début, d’endiguer le désastre. Il ne pouvait que manquer le matériel parce que le drame était important.

RFI  : Les Congolais se demandent pourquoi vos ministres de l’Intérieur et de la Défense ne vous ont pas présenté leur démission ?

S.N. : Les ministres, c’est le président qui les nomme et qui peut mettre fin à leur fonction. Je fonctionne comme quelqu’un qui a le cœur chaud, la tête froide. Et je veux maîtriser l’ensemble des éléments de ce désastre et prendre mes décisions en temps opportun.

RFI : Vous avez commandité une enquête et quelques officiers sont déjà aux arrêts, notamment le colonel Saous, qui commandait le régiment des blindés. Autre arrestation, celle de Marcel Ntsourou, le numéro 2 des services. Pourquoi ces arrestations, alors que l’enquête n’est pas achevée ?

S.N. : Ce n’est pas moi qui mène l’enquête. Et ceux qui mènent l’enquête, qui interpellent tel ou tel Congolais, savent pourquoi ils le font. Mais des officiers qui étaient directement responsables de ces services, pour des raisons strictement administratives et techniques, ne peuvent qu’être interpellés pour être interrogés. C’est le minimum !

RFI : Alors pourquoi met-on aux arrêts Maître Ambroise Hervé Malonga, l’avocat de Marcel Ntsourou?

S.N. : Maître Malonga a dû commettre un délit et il n’aurait pas été arrêté pour rien. Je crois qu’il y a beaucoup d’avocats dans le pays qui sont en liberté.

RFI : Vous affirmez avoir débloqué 300 milliards pour délocaliser hors de Brazzaville toutes ces poudrières. Rien n’a été fait. Où est passé l’argent ?

S.N. : La décision de délocaliser les casernes avait été prise et les études ont été réalisées. Les sites qui devaient recevoir ces casernes existent. Et des marchés ont été passés avec des opérateurs qui devaient réaliser ces travaux cette année, et des moyens ont été mobilisés pour le démarrage de ces travaux. Oui, c’est vrai. Ces travaux devaient démarrer cette année.

C’est tout un processus. Il se trouve que ce drame intervient au moment où les travaux devaient démarrer. Même s’ils avaient démarré en janvier, on n’aurait pas déjà délocalisé les casernes au mois de mars. C’est cela la réalité. Ce qui est établi dans un an, maximum deux, pour Brazzaville, surtout les casernes principales qui sont au centre de la ville, seront délocalisées.