«Après la bataille», le trop-plein cinématographique de Yousry Nasrallah


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Traiter la révolution en Egypte sous la forme d’un véritable film cinématographique n’est pas une mince affaire. L’Egyptien Yousry Nasrallah, le seul réalisateur africain en lice, concourt avec son film Après la bataille pour la Palme d’or, mais nous laisse à la fin de la projection l’impression d’un projet essoufflé et trop complexe.

« C’est quoi la révolution ? Explique-moi ! » s’énerve Mahmoud contre son amie Rim qui lui demande des explications. C’est lui, le cavalier illettré qui n’arrive plus à nourrir son cheval et ses enfants, qui avait foncé, à cheval avec ses amis, sur les manifestants anti-régime de la Place Tahrir pour rétablir cette ancienne Egypte qu’il aimait tant.

Yousry Nasrallah commence son long métrage avec des scènes violentes de la « bataille des Chameaux » qui avait lieu le 2 février 2011 au Caire. Il mélange de « vraies » images de la télévision qui circulent sur YouTube avec des images de son récit fictif mais millimétré sur la réalité de l’Egypte d'aujourd’hui.
 
Le réalisateur égyptien a utilisé trois tailles de caméras, de qualités différentes. Il a même tourné avec ses comédiens durant les manifestations ! « Je ne voulais surtout pas mimer l’effet documentaire. C’est une fiction, je le revendique, » explique Nasrallah qui essaie ainsi d’introduire de la clarté dans une situation restée confuse.
 
Sept mois de bataille
 
L’année dernière, le réalisateur avait déjà essayé de capter le cœur du mouvement révolutionnaire avec Intérieur/Extérieur, un court métrage au sein du film collectif 18 Jours, projeté à Cannes. Après la bataille est le prolongement de cette initiative, mais dotée d’une complexité infiniment plus grande.
 
Le récit couvre sept mois, entre les agressions contre des femmes commises par les islamistes (« la femme doit rester à sa place ») lors de la Journée Internationale de la Femme le 8 mars et les événements du 9 octobre quand l’armée attaquait la foule avec des blindés.
 
Le film puise sa force dans la réalité, mais il s’y épuise aussi. Entre les scènes documentaires de la danse des chevaux, la mafia des clans, le flot des images diffusées sur les réseaux sociaux, le problème scénarisé du mur qui coupe le village des cavaliers des pyramides de Gizeh et ainsi de leur gagne-pain, il est difficile de s'y retrouver. Yousry Nasrallah connaît les cavaliers du village Nazlet El-Samman depuis 20 ans. Est-ce qu’ils ont été manipulés et instrumentalisés lors de l’attaque de la place Tahrir ? Dans le film, les habitants jouent leurs propres rôles. Leur rôle historique reste néanmoins non élucidé.
 
Le sentiment révolutionnaire
 
Le film se pose rarement, les images restent agitées et apparaissent aussi laborieuses à comprendre que la réalité. Le tournage avait démarré sans véritable scénario et cela se sent. Il en résulte un caractère vif et nerveux, mais aussi un côté perturbé et pas clair.
 
Par contre, Après la bataille dresse un constat sans aucune illusion : la véritable révolution n’a pas encore eu lieu, « ce qui a commencé c’est le sentiment révolutionnaire », conclut Yousry Nasrallah sous le slogan : « Pain, Liberté, Dignité, Humanité ».