Guinée Bissau : l'ONU sanctionne le coup d'Etat du 12 avril et exige le retour à l'ordre constitutionnel

Le Conseil de sécurité de l'ONU condamne à l'unanimité les auteurs du cou d'Etat du 12 avril en Guinée Bissau, New York, le 18 mai 2012.
© Chip East/Reuters

L’ONU a adopté une résolution très ferme envers la Guinée Bissau, exigeant notamment la restauration de l’ordre constitutionnel, et mettant sous sanctions individuelles les militaires putschistes du 12 avril dernier. La résolution, adoptée à l'unanimité le 18 mai par le Conseil de sécurité des Nations unies, va à l’encontre du plan de sortie de crise mis en œuvre sous l’égide de la Cédéao.

Rédigée par le Portugal et le Togo, la résolution adoptée le 18 mai sonne comme un véritable camouflet pour la Cédéao, Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest. Le plan de sortie de crise de l’instance ouest-africaine passe à la trappe et l’architecture de la transition telle qu’elle se dessine depuis deux semaines est rayée d’un trait de plume.

En exigeant le retour des autorités renversées le 12 avril, le Conseil de sécurité est certes en accord avec ses principes moraux, mais il est en décalage avec la réalité politique locale. La crise engendrée par l’arrivée du contingent angolais et la volonté du Premier ministre Carlos Gomes de mettre au pas son armée a failli entraîner le pays dans une guerre civile. Beaucoup vivent le renversement de Carlos Gomes et de Raimundo Pereira comme un moindre mal, même si personne n’accorde le moindre crédit aux putschistes.

La Cédéao a d’ailleurs rapidement pris acte de la nouvelle donne, et ce d’autant plus facilement qu’elle lui permettait de prôner le départ du contingent angolais. Car sur fond de crise politique locale, c’est aussi à un bras de fer entre l’Angola et la CPLP d’un côté, la Cédéao et le Nigéria de l’autre, auquel on assiste.

Là encore, l’ONU a pris une position radicale en demandant à la Cédéao de travailler avec les pays lusophones, autrement dit l’Angola. Au total, le risque est de voir cette résolution entraîner la Guinée Bissau vers un conflit interne qui serait, celui là, bien plus meurtrier que le coup d’Etat du 12 avril dernier.

Toutefois, pour Jose Filipe Moraes Cabral, ambassadeur du Portugal aux Nations unies, « cette résolution souligne l'impérieuse nécessité d'une coordination efficace entre les différentes organisations internationales impliquées en Guinée Bissau, une coordination assumée par l'ONU. Car si elles agissent seules, ces organisations, la Cédéao, l'Union africaine, la Communauté des pays de langue portugaise, l'Union européenne, ne parviendront pas à aider le pays à surmonter la crise qu'il traverse ».

J'espère que cette résolution aidera la Guinée Bissau à surmonter cette crise car la situation est critique à tous points de vue (...) La solution à la crise passe par le rétablissement immédiat des institutions démocratiquement élues et par le retour à l'ordre constitutionnel.

Jose Filipe Moraes Cabral
19-05-2012 - Par RFI

Par ailleurs, les Nations unies préviennent que d'autres sanctions pourront suivre, si l'ordre constitutionnel n'est pas rétabli rapidement. Comme, par exemple, un embargo sur les armes et des mesures financières. Le Conseil de sécurité de l'ONU dénonce également les atteintes aux droits de l'homme et s'inquiète de la situation humanitaire qu'a provoqué le coup d'Etat.

 

Rejet du plan de sortie de crise de la Cédéao

C’est un véritable coup de tonnerre qui vient d’éclater dans le ciel bissau-guinéen. Le premier point de la résolution adoptée ce vendredi est sans ambigüité. Le Conseil de sécurité de l’ONU réclame le rétablissement dans leurs fonctions des autorités renversées le 12 avril dernier.

Il exige que le commandement militaire prenne des mesures immédiates pour restaurer l’ordre constitutionnel et libérer les derniers officiels toujours détenus. Il ouvre aussi la voie à la reprise du processus électoral. Par ailleurs, la résolution demande à la Cédéao de travailler en coordination avec la CPLP, l’Union africaine et l’ONU en vue de restaurer l’ordre constitutionnel.

D’ici quinze jours, le secrétaire général Ban Ki-moon devra soumettre au Conseil de sécurité un rapport sur l’état d’avancement du processus. L’ONU place dores-et-déjà sous sanctions quasiment tout le commandement militaire, la structure créée par les putschistes du 12 avril. C'est une liste de noms, où ne figure pas celui d'Antonio Injai, le chef d’état-major général, dont le rôle est pourtant plus qu’ambigu depuis le 12 avril.

En clair, l’ONU rejette le plan de sortie de crise mis en œuvre par la Cédéao et ne reconnaît pas les autorités de la transition.

Le rejet du plan de sortie de crise proposé par la Cédéao est très fort du côté du « Frenagolpe », une coalition de partis et d'organisations sociales qui contestent le coup d'Etat en Guinée Bissau. Selon son secrétaire exécutif, Iancuba Indjai, « le collectif anti-coup d’Etat, ainsi que d'autres organisations sociales de Guinée-Bissau, ne reconnaissent ni le président, ni le Premier ministre et on ne reconnaîtra aucun autre organe qui puisse sortir de cette ingénieurie d'inconstitutionnalité ».

Les Bissau-Guinéens ont le droit de se battre pacifiquement par tous les moyens pour le retour à la normalité constitutionnelle. La désobéissance civile est justement l'une des formes de lutte politique pacifique pour que ce président de la République imposé, ce Premier ministre imposé, ce gouvernement imposé n'exécutent l'ordre de la Cédéao ici en Guinée-Bissau. Nous appelons tous les patriotes à refuser les ordres des organes imposés par la Cédéao.

Iancuba Indjai
19-05-2012 - Par RFI

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