L’Algérien Merzak Allouache primé pour «Le Repenti»

Le réalisateur algérien Merzak Allouache avec son actrice Adila Bendimerad lors de la présentation de son film “Le Repenti” à la Quinzaine des réalisateurs” à Cannes.
© AFP / LOIC VENANCE

Dans les sections parallèles du Festival de Cannes, La Quinzaine des réalisateurs a couronné ce 26 mai trois films : No, du Chilien Pablo Larrain, une histoire de publicitaire décidé à faire chuter la dictature d'Augusto Pinochet ; la comédie Camille redouble, de Noémie Lvovsky ; et Le Repenti de l'Algérien Merzak Allouache sur un terroriste retournant dans son village.

Merzak Allouache montre dans Le Repenti un ancien terroriste qui essaye de retrouver une vie normale. L'Algérien estime que les réalisateurs du Maghreb doivent s'engager dans leurs films : « Aujourd’hui, les cinéastes arabes ont un devoir d’engagement dans leurs films. Un cinéaste arabe ne peut pas raconter une histoire d’amour comme ils faisaient les Egyptiens dans les années 1930, en occultant la société, etc. C’est clair.

L’Algérie est particulière, parce que l’Algérie est, malheureusement, depuis dix ans en avance sur tout ce qui se passe dans le monde arabe. Nous, maintenant, en ce qui concerne l’islamisme, nous en sommes à l’ère des barbus intégristes, c'est-à-dire les partis islamistes sont au pouvoir depuis 1993. Donc aujourd’hui, on rigole un peu de ces islamistes qui sont là, qui sont présents dans la société. Tandis que pour le Maroc et la Tunisie, c’est un phénomène nouveau. Donc il y a quelques différences. »

Se poser des question pour cette période

Dans Le Repenti, un film rude et dense, Merzak Allouache se penche sur le parcours de Rachid, un jeune jihadiste qui quitte le maquis pour regagner son village et essayer de retrouver une vie normale. « J’ai parlé des terroristes, de la montée de l’intolérance en Algérie en 1993, avec un film qui s’appelle Babel-Oued City, qui était d’ailleurs à Cannes. Comme je disais tout à l’heure, on avait déjà 12 ans en avance. Aujourd’hui, en Algérie, on est à la recherche de ce qu’a été cette période. On a eu ce début comme au Maroc, de l’embrigadement des jeunes, le problème de l’école, les traumatismes etc. Suivi de dix ans de violence. Une violence qui est allée jusqu’aux massacres.

Aujourd’hui, notre problème ou au moins le problème de certains en Algérie, c’est de se poser des questions pour cette période et de se dire, comment on peut brusquement décider d’arrêter de parler d’une période très grave, de violence ? Et comment on peut instaurer l’amnésie ? Aujourd’hui, il y a le résultat de tout ce qui s’est passé : la folie, les hôpitaux psychiatriques, les familles endeuillées, les morts, les familles des disparus… Et il y a une espèce de silence, comme si on avait tourné la page et si comme il n’y avait ni vainqueur ni vaincu.

Aujourd’hui, en Algérie, on est par exemple très ironique sur ce qui se passe dans les autres pays arabes. En se protégeant et en se disant : ‘Nous avons tout fait en 1988 et 1990. On a donné.’ Donc, nous, on ne peut pas s’insérer dans ce mouvement général qui se passe dans les pays arabes. »

Merzak Allouache comme Nabil Ayouch dans son long métrage Les Chevaux de Dieu proposent deux visions d'une même réalité ; celle d'une jeunesse misérable et sans avenir. Leurs deux pays, l'Algérie et le Maroc, restent pour l'instant à l'écart de la vague démocratique du Printemps arabe.

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