Mali : les négociations au point mort entre le MNLA et Ansar Dine


©

A Gao, l'alliance entre le MNLA et Ansar Dine, deux des mouvements qui occupent le nord du Mali depuis la fin mars, a du plomb dans l'aile. Selon nos informations, les négociations entre les séparatistes et les islamistes se sont même interrompues ce mardi 29 mai, trois jours seulement après un protocole d'accord signé dans la douleur. Le chef de la délégation d'Ansar Dine a quitté les discussions. Iyad Ag Ghali, le chef du mouvement islamiste est toujours attendu à Gao. Lui, l'ancien chef rebelle touareg qui a réussi à redevenir l'homme incontournable de l'Azawad.

On le dit manipulateur, orgueilleux, avide de pouvoir, Iyad Ag Ghali la figure charismatique de la rebellion des années 90 est devenu un fou de Dieu, un islamiste qui prône l'application de la charia à travers tout le Mali. Iyad a même pris un nom djihadiste, Abou Fadil.

Fin 2011, il crée son mouvement, Ansar Dine. Il s'agit d'une façon d'exister aux côtés du tout nouveau MNLA qui revendique l'indépendance de l'Azawad et qui n'a pas fait appel à lui. Iyad va alors chercher ailleurs les moyens d'exister et de retrouver le leadership qu'il est en train de perdre.

Ses soutiens, il les trouvera auprès du groupe terroriste Aqmi. Ce dernier, originaire d'Algérie, a des connections chez les touaregs ifoghas. Au fil des semaines et des mois, Ansar Dine et son parrain Aqmi vont multiplier les victoires sur les frères du MNLA. Iyad continue à fasciner au point que de nombreux combattants du MNLA, attirés par les moyens financiers d'Ansar Dine, mais aussi par la personnalité de son chef, vont rejoindre le mouvement islamiste.

Iyad souhaite-t-il vraiment un accord avec le MNLA?

Même s'il y a des gens qui croient encore ou continuent à vouloir Ansar Dine, une très grande partie ne veut plus de l'accord tel qu'il se présente aujourd'hui...
Ibrahim
11-10-2013

Certains de ces proches assurent qu'il est et restera un touareg avant d'être un islamiste. Certains pourtant doutent aujourd'hui de son indépendance vis-à-vis des djihadistes : « Iyad a perdu la main. C'est Abou Zeid et Belmoctar qui lui dictent ses décisions », entend-on à Gao. Hier, un de ses proches, un modéré du mouvement qui conduisait la délégation Ansar Dine à Gao, a quitté la négociation pour rejoindre Kidal.

Au MNLA , des voix s'élèvent désormais à Gao pour refuser cet accord avec Ansar Dine. Un accord incompatible avec les valeurs et l' identité profonde de la région, affirment ces militants et cadres touaregs.

Aucun calendrier n'a été établi à ce jour pour mettre en oeuvre la fusion des effectifs du MNLA et d'Ansar Dine, telle que prévue par le protocole d'accord signé dans la douleur samedi 26 mai. En attendant, le MNLA et Ansar Dine continuent de revendiquer, chacun de leur côté, le contrôle de la plupart des localités du nord du Mali.

Le MNLA contrôle la ville de Gao ainsi que l'aéroport. Avec entre 1 500 et 2 000 hommes revendiqués dans la zone, Gao représente son quartier général, même si le mouvement - il ne le nie pas - a accusé d'importantes défections ces dernières semaines. Elles portent sur plusieurs centaines d'hommes à Gao au profit d'Ansar Dine, qui s'en félicite.

Les hommes de Iyad Ag Ghali, il est vrai, sont bien mieux lotis. « Ils ne discutent pas les prix dans les commerces, alors que les gens du MNLA achètent peu de choses et marchandent tout le temps », relève un habitant de Tombouctou. Ansar Dine domine la ville sainte même si le MNLA tient l'aéroport. Dans l'extrême Nord-Est, le groupe islamiste règne aussi en maître à Kidal, Tessalit et Aguelhok. Plus au sud, les deux groupes se partagent Goundam, mais là encore, l'aéroport est aux mains du MNLA.

Dans le Sud-Ouest enfin, le mouvement contrôle les localités de Léré et Niafounké. Mais Ansar Dine envisage sous peu une présence à Niafounké et se prépare, selon un porte-parole, à investir étape par étape toutes les zones qui comptent dans le nord du Mali.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.