Condamnation de Charles Taylor : «Justice a été rendue»


©

L’ancien président du Liberia, Charles Taylor, 64 ans, a été condamné, ce mercredi 30 mai, à 50 ans de prison par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL). Celui-ci l’a reconnu coupable, le 26 avril dernier, de crimes contre l’humanité et crimes de guerre, commis en Sierra Leone, entre 1996 et 2002. Les victimes saluent la condamnation et estiment que « justice a été rendue ».

Pour justifier la peine, le juge Richard Lussick a précisé que « l’accusé est responsable d’avoir aidé et encouragé, ainsi que d’avoir planifié, certains des crimes les plus haineux de l’histoire de l’humanité ».

Une peine unique de cinquante ans d’emprisonnement qui a fait dire à un des avocats de Charles Taylor que son client « mourra en prison ».  Dans les faits, « c’est de facto une peine de prison à vie », a déclaré Courtenay Griffiths lors d’une conférence de presse à l’issue du prononcé de la peine. En effet, l’âge de Charles Taylor, 64 ans, réclamé comme circonstance atténuante par la défense, n’a pas été retenu par les juges.

« Justice a été rendue »

En Sierra Leone, l’audience a été retransmise en direct, depuis La Haye, dans la salle du Tribunal spécial de la capitale sierra-léonaise où des centaines de personnes se sont réunies. Parmi elles, des victimes qui ont eu les deux bras amputés par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) appuyés par Charles Taylor.

Dans la salle, et après avoir entendu le verdict, la plupart des personnes ont manifesté leur satisfaction. C’est le cas du directeur du Centre pour la pratique des droits civiques à Freetown. Joint par RFI, Abu Daffae, victime lui-même de ces rebelles, s’est dit très heureux car « justice a été rendue ».
 
Alhadji Jusu Jarka, ancien président de l’Association des amputés, a eu les deux bras mutilés par les rebelles du RUF. Il a témoigné à charge, au cours du procès. Pour lui, Charles Taylor mérite la prison à vie.
Il a disloqué nos vies en amputant les mains...
Alhadji Jusu Jarka
11-10-2013 - Par Sarah Tisseyre
De son côté, le gouvernement sierra-léonais a pour sa part estimé que « c’est une bonne nouvelle à la fois pour le gouvernement et pour le pays. C’est un pas en avant car justice est faite », a assuré le vice-ministre sierra-léonais de l’Information, Sheku Tarawali.
 
« Le chef d’Etat n’échappe pas au sort qui est le sien »
 
Pour Maître Nsi Luanda, président du Comité de l’observatoire des droits de l’homme en République démocratique du Congo (CODHO), cette condamnation et ce verdict sont vus également comme un signal fort contre les chefs d’Etat criminels, protégés par leur statut. Joint par RFI, il ose croire que la communauté internationale « sera toujours du côté des victimes » et souhaiterait voir d’autres criminels répondre de leurs actes.
 
De son côté, l’avocat français Robert Badinter, ancien garde des Sceaux et fervent défenseur des droits de l’homme considère qu’il s’agit là d’une illustration que « la justice internationale ne cesse de grandir en autorité et en influence ».
 
Il rappelle qu’il y a une obligation d’aller chercher les auteurs de ces crimes mais aussi une obligation, des Etats, de les poursuivre. « Il faut toujours se souvenir qu’il y a imprescriptibilité de ces crimes et que, par conséquent, à quelque période que ce soit, leurs auteurs peuvent se trouver traduits devant le Tribunal pénal international et là, enfin connaître le sort qu’ils méritent », précise-t-il.
 
Interrogé par RFI, Robert Badinter souligne également que la décision du TSSL prouve dorénavant que les chefs d’Etat qui ne sont pas eux-mêmes directement les auteurs des crimes sont les premiers responsables et doivent être condamnés.
On sait maintenant que le chef d’Etat n’échappe pas au sort qui est le sien...
Robert Badinter
11-10-2013 - Par Guillaume Thibault
 
 « Une peine excessive »
 
Charles Taylor a été condamné à 50 ans de prison. C’est moins que les 80 ans requis par le procureur, le 3 mai dernier. Joint par RFI, Morris Anyah, l'avocat de l’ancien président libérien, trouve néanmoins que la peine est totalement disproportionnée.
Les juges le condamnent à 50 ans d’emprisonnement. C’est excessif...
Maître Morris Anyah
11-10-2013 - Par Sarah Tisseyre
Les avocats de l’ancien président libérien vont faire appel. Le processus pourrait prendre plusieurs semaines. Charles Taylor doit purger sa peine au Royaume-Uni qui s’est engagé à l’accueillir.