Le Rwanda met fin aux «gacaca» pour juger le génocide

Une «gacaca» au Rwanda en 2003 dans le village de Gotovo.
© Getty Images

Le Rwanda avait trouvé un moyen inédit de juger les crimes liés au génocide de 1994 : des tribunaux collaboratifs, dits «gacaca», basés sur un système de justice traditionnel qui n’était utilisé jusqu’alors que pour régler des petits différends dans la communauté. Ce lundi 18 juin, les autorités y ont officiellement mis fin.

Les gacaca ont été mises en place en 2001 mais c'est seulement en mars 2005 que les premiers procès ont démarré dans 106 juridictions pilotes, avant de s'étendre à l'ensemble du pays. Les procès avaient lieu à l'extérieur, le mot gacaca signifiant « sur l'herbe » en langage kinyarwanda.

Les juges étaient des anciens du village réputés intègres et le public pouvait intervenir. Au moment où ces tribunaux populaires ont été réactivés, quelque 130 000 suspects croupissaient depuis plusieurs années en prison. Les autorités avaient alors estimé qu'il aurait fallu plus de 100 ans à la justice rwandaise pour qu'ils soient tous jugés.

Près de deux millions de suspects jugés

Aujourd'hui, le ministre rwandais de la Justice affirme que ces tribunaux traditionnels ont jugé près de deux millions de suspects dont la grande majorité a été reconnue coupable. Et il précise : « Il y a eu des peines d'emprisonnement allant de 5 à 10 ans, des peines de perpétuité totalisant 5 à 8% des verdicts et des acquittements pour 20 à 30% ».

Pourtant, les organisations de défense des droits de l'homme avaient ces gacaca dans le collimateur, les accusant de ne pas respecter les normes internationalement reconnues. Les gacaca étaient compétentes pour juger tous les auteurs présumés du génocide, à l'exception des planificateurs aux niveaux national et préfectoral, lesquels relevaient de la compétence des tribunaux classiques.

Bénévoles, les juges n’étaient pas des magistrats professionnels mais des personnes réputées intègres, élues au sein de la communauté. Les suspects, eux, n'avaient pas d'avocats. Cependant, pour nombre de Rwandais, ce système a non seulement permis d'obtenir la justice, mais aussi favorisé la réconciliation.

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