La Tunisie extrade vers la Libye l'ex-Premier ministre de Kadhafi

Al-Baghadi al-Mahmoudi à son arrivée à la prison de Tripoli le 24 juin 2012.
© REUTERS/Anis Mili

L'ancien Premier ministre libyen Al-Baghdadi al-Mahmoudi a été extradé dimanche 24 juin 2012 dans son pays d'origine. Il était aux mains de la justice tunisienne depuis septembre dernier, quand il avait tenté de fuir la Libye alors en guerre pour faire tomber Mouammar Kadhafi. L'ex-Premier ministre, âgé de 70 ans, est finalement livré à la Libye mais les craintes sur sa sécurité demeurent.

Avec notre correspondante à Tripoli

Quand on touche aux droits de l'homme, quand on délivre une personne comme une marchandise sans respecter la loi [...] c'est un crime d'Etat.

Maître Mabrouk Kourchid
25-06-2012 - Par Nicolas Champeaux

Surnommé le troisième tyran de Libye après Mouammar Kadhafi et Seif al-Islam Kadhafi, Al-Baghdadi al-Mahmoudi faisait l'objet de deux demandes d'extradition de la justice libyenne.

La première pour détournement de fonds, à hauteur de plus de 500 millions de dollars, une instruction lancée en réalité il y a 6 ans. L'accusé, qui depuis son exil tunisien, se défendait en disant n'avoir eu aucune fonction militaire, est aussi accusé d'incitation au viol des femmes pendant la guerre de 2011.

Acquitté deux fois par la justice tunisienne qui lui reprochait le franchissement illégal de sa frontière, quel traitement lui réservera la ustice libyenne ? L'ancien chef du gouvernement libyen, qui avait soutenu jusqu'au bout le régime de Mouammar Kadhafi, bénéficiera-t-il d'un procès équitable ?

Le mois dernier, une commission tunisienne indépendante des droits de l'homme avait conclu que l'ancien Premier ministre pouvait être jugé à Tripoli.

Actuellement aux mains de la garde nationale, dans un lieu tenu secret à Tripoli, les associations des droits de l'homme et ses avocats ont à plusieurs reprises émis des craintes sur sa sécurité une fois en Libye, en évoquant de probables tortures ou même une tentative d'assassinat.

Autant de craintes, également formulées pour le cas de Seif al-Islam Kadhafi, en ce moment détenu dans les montagnes de Zintane. Officiellement, ce sont aussi des raisons de sécurité qui empêchent de voir le fils Kadhafi transféré dans la capitale libyenne.

Après l'extradition de Mahmoudi, la colère du président tunisien ne retombe pas

Avec notre correspondant à Tunis

C'est une crise politique ouverte qui a été déclenchée entre les deux têtes de l'exécutif tunisien par l'extradition de Al-Baghdadi al-Mahmoudi. Ancien défenseur des droits de l'homme, Moncef Marzouki estime qu'en Libye, l'ex-Premier ministre de Kadhafi, aujourd'hui malade et déprimé, n'a aucune garantie pour ses droits ou sa sécurité.

À l'inverse, le Premier ministre Hamadi Jebali tenait à honorer une promesse négociée avec les autorités de transition libyennes. Seul problème, cette extradition s'est faite en catimini, au petit matin, sans l'aval du président Marzouki ni sa signature, comme le prévoit pourtant la loi.

Dans un communiqué, son porte-parole dénonce donc une décision illégitime unilatérale prise sans concertation. Il impute au Premier ministre signataire du décret l'entière responsabilité de tout ce qui pourrait arriver à l'ancien bras droit du colonel Kadhafi.

Le locataire du palais de Carthage va même plus loin. Il qualifie cette extradition de « violation flagrante des engagements internationaux tunisiens »  et de « menace pour l'image de la Tunisie dans le monde », la faisant apparaître comme un Etat irresponsable, non attaché aux valeurs de justice équitable.

Pour trancher ce litige inédit au sommet de l'Etat tunisien, Moncef Marzouki entend donc saisir l'Assemblée nationale constituante pour « transgression de ses prérogratives ».

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