Mali : lutte d'influence entre groupes armés à Gao


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Les habitants de Gao sont en colère après la mort le 25 juin d'un élu local et enseignant de la ville. Idrissa Oumarou a été abattu à bout portant par des inconnus à moto alors qu'il rentrait chez lui. Après l'enterrement de la victime, des centaines de jeunes sont descendus dans la rue pour réclamer plus de sécurité. La manifestation a mal tourné, mais elle révèle surtout le grand malaise qui règne dans cette ville du nord du Mali contrôlée à la fois par les indépendantistes du MNLA, les islamistes du Mujao et d'Ansar Dine.

A Gao, personne n'est vraiment surpris de la poussée de fièvre que la ville a connue le 26 juin. Depuis des semaines, les deux groupes armés qui contrôlent la ville se livrent à une guerre de position et une guerre d'influence.

D"un côté, les indépendantistes du MNLA, Mouvement national de libération de l'Azawad, qui ont fait de Gao la capitale temporaire de l'Azawad. De l'autre, les islamistes conduits par le Mujao, Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest, essentiellement composé d'Arabes qui jouent les protecteurs de la population.

Nous sommes dans une impasse, confie un habitant pour qui, le MNLA faute de moyens suffisants, a du mal à s'imposer comme le maître de la ville. Du côté du Mujao au contraire, l'argent ne manque pas. Et avec de l'argent, les islamistes se sont acheté une véritable popularité, ils jouent aux policiers et aux sapeurs-pompiers tout en interdisant la cigarette et la musique dans les rues, nous explique un enseignant à la retraite.

Ils savent également encadrer les manifestations de jeunes nationalistes qui réclament le départ du MNLA et le retour du Nord dans le giron du Mali. Mardi, plusieurs témoins affirmaient que les drapeaux du Mujao se mélangeaient aux drapeaux maliens dans la manifestation. Le MNLA dénonce la manipulation et l'instrumentalisation et prévient qu'il sera prêt à réagir si la provocation persiste.

Curieusement, mardi matin, les manifestants qui réclamaient le départ du MNLA étaient encadrés par des membres du Mujao, comme en témoigne cet habitant de Gao.

Les jeunes ont le soutien ferme des islamistes dans ces manifestations.
Un témoin de la manifestation à Gao
11-10-2013 - Par Guillaume Thibault

Pendant ce temps, les habitants de Gao, privés régulièrement d'eau et d'électricité, apeurés par l'insécurité croissante, se disent découragés et fatigués, laissés à leur triste sort par Bamako et la communauté internationale.

Rappel des faits

Gao est un baril de poudre et la moindre étincelle provoque une explosion. La mort, lundi, d'un élu local tué par balles, a entraîné des troubles dans une grande partie de la ville durant toute la matinée de mardi. Barricades, pneus incendiés, manifestations. Des centaines d'habitants en colère ont marché en ville. Lorsqu'ils sont arrivés au niveau de l'ancien gouvernorat devenu le siège du Conseil de transition de l'Azawad, autrement dit le MNLA, des incidents ont éclaté entre les hommes du MNLA et la foule en colère.

Plusieurs témoins affirment que les rebelles touaregs ont tiré sur la foule. Selon nos informations, des islamistes du Mujao, Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest, qui semblaient encadrer la manifestation se seraient interposés pour calmer les esprits. Par la voix du vice-président du CTA, le mouvement touareg accuse le Mujao d'avoir dirigé la colère des manifestants contre le MNLA.

Ce qui est certain c'est qu’entre douze et quatorze personnes ont été blessées par balles. Ce nouvel incident reflète l'état de tension extrême qui règne à Gao. Tension entre d'un côté les islamistes du Mujao et les Touaregs du MNLA. Tension aussi au sein de la population, à fleur de peau depuis l'arrivée des groupes armés dans la ville fin mars.