Sommet de la Cédéao: les chefs d'Etat veulent une résolution de l'ONU pour envoyer une force régionale au Mali

Abdel Hakim, chef du Mujao et tous les islamistes à Gao.
© RFI/Moussa Kaka

La 41ème conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cédéao s’est tenue ce vendredi à Yamoussoukro, la capitale politique de la Côte d’Ivoire. Un sommet ordinaire dominé pourtant par la crise malienne. Mais il n’y a eu aucune avancée significative sur ce dossier.

Alors que les dirigeants ouest-africains étaient encore réunis, en sommet, en Côte d’Ivoire, Washington a mis en garde la Cédéao contre une intervention militaire dans le nord du Mali. Aux Etats-Unis le secrétaire d’Etat adjoint, chargé des questions africaines, Johnnie Carson, a averti, ce vendredi 29 juin, qu’une « éventuelle reconquête du Nord serait une entreprise très lourde pour la Cédéao ».

Concernant le projet de la Cédéao d’envoyer une force de 3 300 hommes au Mali, Johnnie Carson a estimé que ce contingent devrait s’efforcer de stabiliser d’abord le sud du pays qui « n’a plus de force armée digne de ce nom » et ne pas s’aventurer dans le Nord tout en soulignant qu’une éventuelle mission dans cette partie du pays devrait être « préparée très soigneusement et disposer de ressources en conséquence ».

Le responsable de la diplomatie américaine a par ailleurs défendu une réponse aux « demandes légitimes » de la rébellion touareg du MNLA et qualifié al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ainsi que le mouvement islamiste Ansar Dine de « dangereux et mortels ».

Le manque de moyens du MNLA pour une contre-offensive

Après avoir été chassée de Gao, par le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), et de Tombouctou, par Ansar Dine, la rébellion touareg malienne a confirmé, ce vendredi 29 juin, sur RFI, son départ de Tombouctou. Le MNLA a toutefois souligné qu’il s’agissait d’un  repli stratégique et qu’il se préparait à faire la guerre aux islamistes.

 « Nous avons quitté nos positions dans le cercle de Tombouctou mais nous restons dans la région » a déclaré le porte-parole des troupes du MNLA, basées, jusqu’ci, à Tombouctou. « On a décidé de reculer sur des positions stratégiques afin d’être préparés pour un affrontement » a tenu également à préciser Attay Ag Mohamed.

Comment reprendre, par la force, les trois villes du nord du Mali : Gao, Tombouctou et Kidal, actuellement aux mains des groupes islamistes armés ? Les rebelles touaregs en ont-ils les moyens ?

Adama Diarra, journaliste et ancien correspondant, à Kidal, du journal l’Essor, en doute. Il revient de Kidal et de Gao après avoir passé par Tombouctou.

Je ne crois pas que le MNLA a les moyens de lancer une contre-offensive dans l’immédiat.

Adama Diarra
29-06-2012 - Par Sarah Tisseyre

 
Le Croissant-Rouge qatari dément une quelconque collaboration avec le Mujao, à Gao
 
A Gao, certains habitants se sont interrogés sur la présence des hommes du Croissant-Rouge du Qatar au moment où la tension est montée d’un cran et au moment même où les moudjahidines ont chassé le MNLA de Gao. Joint par RFI, un habitant de Gao affirmait, jeudi 28 juin, avoir vu, en ville, « des gens du Qatar, dans des véhicules blancs, avec les gens des moudjahidines » et il ajoutait « personnellement, et cela n’engage que moi, je dis que c’est un soutien déguisé en aide humanitaire ».

En provenance de Niamey, au Niger, les hommes du Croissant-Rouge qatari, sont arrivés à Gao depuis une semaine, pour effectuer une mission d’évaluation en vue d’apporter une aide aux populations du nord du Mali. Ce vendredi 29 juin, l’organisation « dément totalement » une « collaboration présumée avec des groupes armés dans la partie nord du Mali ».

Après Niamey et Gao, le Croissant-Rouge du Qatar devrait poursuivre sa mission à Ouagadougou et se rendre ensuite à Bamako.
 

La Cédéao suspendue à la décision du Conseil de sécurité

Avec notre correspondant à Abidjan

Face à la nouvelle donne dans le nord du Mali, avec l’emprise de plus en plus totale des islamistes d’Ansar Dine et du Mujao, les dirigeants ouest-africains voient les chances de restaurer l’intégrité territoriale du Mali par le dialogue s’éloigner. Et, sans encore fixer le calendrier, ils ont souhaité un déploiement rapide de la force de la Cédéao, la Micema (Mission de la Cédéao au Mali), alors que ce samedi, le Mujao a menacé de s'attaquer aux pays qui composeraient une telle force ouest-africaine.

Les dirigeants ouest-africains ont décidé de l’envoi immédiat d’une mission technique d’évaluation au Mali, une mission chargée de préparer le déploiement de la force ouest-africaine. Les chefs d’Etat demandent au Conseil de sécurité de l’ONU, d’accélérer la prise d’une résolution autorisant ce déploiement. Mais les Etats-Unis, l’un des principaux partenaires sur lesquels compte la Cédéao pour une aide logistique, ont mis en garde ce vendredi même l’organisation ouest-africaine contre une éventuelle intervention dans le nord du Mali.

Concernant l’exercice de la transition, le sommet de Yamoussoukro a choisi de hausser le ton face à l’ex-junte et à ses soutiens. Les dirigeants ouest-africains ont redit qu’ils ne reconnaissent pas le CNRDRE et le statut d’ancien chef d’Etat accordé au capitaine Amadou Sanogo, le chef de l’ex-junte. La Cédéao brandit une nouvelle fois la menace de sanctions individuelles ou collectives à tous ceux qui entraveraient la mise en application de ses décisions.
 

 

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