Mali: la destruction des mausolées de Tombouctou par Ansar Dine sème la consternation


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Les habitants de Tombouctou sont sous le choc. Les islamistes, qui tiennent cette ville dans le nord du Mali, se sont armés de marteaux et de haches pour détruire plusieurs tombeaux des grands érudits de la ville. Ils ont aussi détruit la tombe du premier président de l'Assemblée nationale, Mahamane Alassane AIdara. Le tombeau d'un autre saint avait déjà été détruit au mois de mai.

C'est ce qui est demandé dans la charia. Lorsque le prophète est entré dans La Mecque, il a dit qu'il fallait détruire tous les mausolées. C'est ce que nous répétons.
Sanda Ould Boumama
11-10-2013 - Par Marie-Pierre Olphand

« Ils sont venus, dès cinq heures du matin, pour casser les mausolées de tous les saints qui sont au niveau du cimetière Sidi Mahmoud. Ils ont tout détruit, tout cassé. Cinq a six mausolées au niveau de Sidi Mahmoud », raconte un habitant qui a été témoin de la scène. 

Selon lui, il y avait plusieurs personnes. « Ils avaient des marteaux, des haches, des pelles. Ils étaient nombreux. Une dizaine de personnes. Ils ont employé de grands moyens pour tout détruire ».

Cet habitant a aussi confié le sentiment de la population face à cette nouvelle : « Vraiment, la population est très, très en colère aujourd’hui, parce que le mausolée c’est le symbole de Tombouctou. C’est la ville historique de Tombouctou ».

Le mouvement islamiste Ansar Dine explique que détruire les mausolées est une manière de se mettre en conformité avec la charia. Il n'est pas autorisé de construire un monument sur une tombe, selon le représentant du mouvement, qui ajoute : « l'être humain ne doit pas s'élever plus haut que Dieu ». « Pour nous, c'est charia, charia et c'est tout ! Nous, on va faire ce qui est recommandé. On ne va rien laisser ».

Le porte-parole du gouvernement malien a condamné énergiquement la destruction des mausolées. Hamandoun Touré précise que les auteurs de ces actes s'exposent à des poursuites au niveau national et international : « Le gouvernement dénonce cette pratique obscurantiste. Et nous avons déjà décidé de saisir la Cour pénale internationale. Nous voulons dire au monde que nous avons affaire à des terroristes qui sont sans foi ni loi. Et c'est inacceptable ». Bamako dénonce aussi « une furie destructrice assimilable à des crimes de guerre ».

C'est une pratique obscurantiste, qui ne ressemble à aucune religion, à aucune culture et qui erre la conscience du monde. Ce qui se passe peut être assimilé à des crimes de guerre.
Hamadoun Touré
11-10-2013 - Par Marie-Pierre Olphand

La France s'est aussi exprimée sur le sujet à travers un communiqué dans lequel il est question d'un « acte intolérable ». Le ministère des Affaires étrangères condamne « la destruction délibérée de mausolées de saints musulmans par un groupe islamiste extrémiste » et en appelle à la fin des violences dans le nord du Mali. 

Avec notre correspondant

« Comment cela a pu se passer ? Comment peuvent-ils faire ça ? Comment ont-ils osé ? » ... Ce sont les questions que se posent à Bamako les Maliens.

Madame Touré est pharmacienne, originaire de Tombouctou. Elle se souvient que dans son enfance déjà, non seulement les Maliens accourraient vers Tombouctou pour demander bonheur auprès des saints, mais les étrangers aussi.

Un député de Tombouctou, El-Adji Baba Aidara, qui vit à Bamako, se dit lui « doublement choqué ». Non seulement il condamne la destruction des mausolées des saints, mais dans l’un des cimetières visités par les islamistes, la tombe de son propre père a été démolie.

À côté de l’émotion, de la condamnation, il y a aussi la colère. Hawa Keita est enseignante. Elle demande l’intervention de la communauté internationale pour libérer la ville de Tombouctou.

Joseph Diarra, lui, est professeur de lettres dans un lycée privé de Bamako. Il parle de « génocide culturel », et demande que le Mali porte plainte devant un tribunal international, contre les auteurs de l’acte qu’il qualifie « d’ignoble ».