Conférence mondiale sur le sida à Washington: l'accès au traitement reste une priorité

Un technicien de l'usine mozambicaine SMM, la 1ère usine publique de médicaments anti-sida, montre lesboîtes de Nevirapine qui seront produites localement, le 21 juillet 2012.
© AFP/Benoît Marquet

La 19e conférence Sida sur le sida s’ouvre à Washington ce 22 juillet. Jusqu’au 27 juillet, les scientifiques se pencheront sur l’évolution de la maladie à travers le monde. 34 millions de personnes vivent aujourd'hui avec le virus. Renverser la tendance de la pandémie reste d’actualité car les moyens financiers internationaux faiblissent et l’accès aux traitements est toujours une priorité, notamment en Afrique. L'inauguration, ce samedi 21 juillet 2012, de la première usine publique de fabrication de médicaments anti-sida en Afrique, à Maputo, est à ce titre symbolique.

25 000 scientifiques attendus dans la capitale des Etats-Unis

Les scientifiques rêvent d’une génération libérée du sida mais le succès, même reconnu, des antirétroviraux ne permet pas la guérison du malade. Pourtant la recherche avance et la perspective d’éliminer l’infection par le VIH, que ce soit par éradication comme c’est le cas pour le virus de l’hépatite C, ou par guérison fonctionnelle dans le cas de la variole est possible.

Une très petite proportion de patients semble contrôler naturellement le virus du sida sans avoir jamais reçu de traitement précise le Pr Françoise Barré-Sinoussi, co-découvreuse du virus du sida. Le Dr Monsef Benkirane, directeur de recherche au CNRS à Montpellier fait partie de ces chercheurs optimistes : «C’est essayer d’aller plus vite que le virus, ne pas laisser le virus s’installer, faire du mal, pour le traiter… la guérison fonctionnelle c’est essayer de pouvoir mettre le système immunitaire du patient en position qu’il puisse contrôler le virus par lui-même.»

La compréhension de certains mécanismes au fil des années va permettre d’élaborer de nouvelles stratégies et l’espoir est là. Il devrait se confirmer grâce aux résultats présentés lors de cette réunion internationale.

En Afrique d'importants mais fragiles progrès

avec notre correspondante à Johannesburg, Juliette Rengeval

La plupart des Congolais n’ont pas accès aux tests de dépistage, alors pour les personnes séropositives, il est souvent trop tard : quand elles viennent se faire soigner, elles sont déjà bien souvent au stade terminal de la maladie. Le Fonds mondial est le principal pourvoyeur de financement dans le pays...

En RDC, moins de 15% des patients ayant besoin d'une trithérapie y ont accès
22-07-2012 - Par Juliette Rengeval

En Afrique Australe, plusieurs pays particulièrement touchés par la maladie ont enregistré d’importants progrès dans le traitement des personnes séropositives. L’Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Malawi, le Mozambique… Dans tous ces pays, le sida touche une partie importante de la population, avec des taux de prévalence parmi les plus élevés au monde. Mais aujourd’hui, dans chacun de ces pays, la volonté politique est là, et des efforts ont été accomplis.

Pour Thierry Dethier, de Médecins sans frontières, des progrès très impressionnants ont été enregistrés en mettant notamment les personnes séropositives sous traitement le plus tôt possible. C’est le cas au Zimbabwe. Le Malawi, de son côté, a développé au niveau national un programme pour limiter la transmission du virus de la mère à l’enfant.

Mais tous ces efforts pourraient être compromis faute d’argent. Si au niveau national, on consacre une part plus importante du budget à la lutte contre le Sida, les sommes dégagées par les grands donateurs internationaux stagnent. Alors que les Nations unies estiment qu’il faudrait dépenser globalement entre 22 et 24 milliards de dollars par an d’ici 2015 pour faire reculer véritablement l’épidémie.

Au Mozambique, des expériences novatrices

Le Mozambique compte plus de 2 millions et demi de séropositifs, soit près de 12% de la population, mais moins de 300 000 personnes ont encore accès aux traitements.

Selon Thierry Dethier de MSF, les responsables du secteur de la santé ont imaginé des solutions pour réduire les coûts et le temps liés aux trithérapies. Ainsi, les personnes séropositives s’organisent en groupes de 6, et chacun va à tour de rôle, chercher les médicaments pour tout le groupe, ce qui permet de faire des économies.

Une usine publique de médicaments anti-sida au Mozambique

La première usine publique de médicaments contre le sida du continent a été inaugurée ce samedi 21 juillet à Maputo. Fruit d'une coopération sud-sud avec le Brésil, puissant producteur pharmaceutique, l’usine va commencer à fonctionner à partir de produits importés du Brésil mais dès la fin de l'année la production totalement mozambicaine de rétroviraux sera lancée.

Le Brésil qui dispose d'une industrie pharmaceutique puissante a procédé au transfert de technologie et apporté 23 millions de dollars d'aide publique à la réalisation de ce projet initié par l'ancien président Lula. A cela se sont ajoutés les 4 millions et demi de dollars du géant minier brésilien Vale qui exerce une partie de ses activités au Mozambique.

Des unités de production de rétroviraux ont déjà été ouvertes par des groupes pharmaceutiques privés en Afrique, mais l'usine de Maputo est le premier site public de production. Il doit permettre de réduire les coûts et ainsi la dépendance du Mozambique envers l'aide internationale qui finance actuellement 80% de l'achat des médicaments consommés dans le pays.

 

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