Cap-Vert: une banque de lait maternel pour fortifier les bébés

Des femmes offrent leur lait aux nouveau-nés dont la mère ne peut pas allaiter, et d’autres le tirent pour qu’il soit donné à leur enfant trop faible pour téter. Premiers bénéficiaires : les prématurés. Reportage dans le sud du Cap-Vert à l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel qui est organisée chaque année du 1er au 7 août dans plus de 170 pays.
Maternité de Praia. À l’entrée, un tableau en noir et blanc : les yeux clos, majestueuse, une femme accroupie donne le sein à son bébé ; la tête sur la poitrine de sa mère, comme en communion, l’enfant courbe l’échine pour ne pas perdre le mamelon… L’art de promouvoir l’allaitement maternel, considéré par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) comme le meilleur moyen de nourrir et protéger l’enfant de 0 à 6 mois.
À l’étage, le service de néonatologie et la Banque de lait maternel. Cette structure créée le 1er août 2011 s’inspire du système de solidarité traditionnel où des nourrices allaitent le bébé d’une mère qui est décédée, n’a pas assez de lait ou ne peut pas donner le sein.
« C’est une bonne idée parce que ce n’est pas intéressant de jeter le surplus si un autre bébé peut en avoir besoin », estime Saulenyn, 18 ans, qui vient de tirer son lait après avoir revêtu une blouse, une charlotte et des chaussons spéciaux.
« Qualité garantie »
Comme bien des femmes, cette mère d’un prématuré qui tète très peu « donne son excédent parce qu’il lui fait mal aux seins », commente Edith Pereira, directrice de la nutrition. « L’excédent va rester ici 15 jours et si elle en a besoin, on le donnera à son fils. Quand elle rentrera chez elle, s’il en reste et que son enfant va bien, le lait servira à d’autres. » Les séropositives ne sont pas exclues du don. « Le virus du VIH/sida meurt à 53°C et on fait la pasteurisation à 62,5°C. On a donc 100% de garantie de qualité. »
Une grande partie du lait de la Banque – tiré manuellement – est celui de femmes comme Sandra, qui a mis au monde un bébé de 7 mois trop faible pour téter, et qui doit être nourri à la cuillère ou par sonde.
« C’est une bonne initiative parce que le bébé va gagner du poids plus rapidement », explique la jeune mère, affublée comme Saulenyn. Edith Pereira confirme. « Quand la mère est ici avec son bébé, il gagne du poids et après deux jours, la mère peut déjà l’avoir avec elle. Et après deux ou trois jours, elle retourne chez elle. »
La Banque a constaté une réduction de la mortalité néonatale et des jours d’hospitalisation des prématurés. « On va faire une étude pour vérifier, avoir les chiffres », poursuit la directrice de la nutrition. Reste qu’en un an, 200 femmes ont donné 98 litres de lait, reçus par 152 enfants. « On a déjà eu une fille qui a donné 8 litres en 5 jours ! », s’exclame Edith Pereira, tout sourire. Cela n’a pas duré : lors d’une visite chez elle, la Banque a observé une baisse de sa « production ».
Informer et contrôler
Actuellement, deux femmes sont donneuses à domicile. Elles doivent respecter des règles d’hygiène et recueillir le lait dans un récipient en verre chapeauté d’un couvercle en plastique. Les mêmes que l’on trouve dans les frigos de la Banque. Mais si à la maternité les mères sont équipées et accompagnées, le contexte est différent à la maison. Il a ainsi fallu jeter 1 800 ml impropres à la consommation – le plus souvent à cause de la présence de cheveux.
« Avant de commencer la pasteurisation, on regarde l’aspect physique du lait, on sent son odeur, on regarde dans quel contenant il se trouve. Si des choses ne sont pas conformes, on le jette. Et si on jette plusieurs fois le lait d’une même mère, on doit parler avec elle pour voir qu’est-ce qui ne va pas… », souligne Edith Pereira, précisant que des informations sur le don seront diffusées lors de la semaine de l’allaitement maternel, du 1er au 7 août.
« Cette banque est quelque chose de formidable, s’enthousiasme Félicité Tchibindat, conseillère régionale en nutrition de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du centre. Mais ce n’est pas toujours facile à organiser dans des pays où les infrastructures de santé sont très faibles, et où parfois il n’y a même pas de banque de sang – qui exige des règles tout aussi rigoureuses de contrôle. »

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