Mali : à Gao, le Mujao dicte sa loi religieuse

A Gao, au nord du Mali, la radicalisation et l'instauration de la charia se font un peu plus sentir chaque jour. Après avoir coupé la main d'un homme à Ansongo, les hommes en armes du Mujao ont obligé les imams de Gao à suivre leurs idéaux lors d’un simulacre de débat ce vendredi 10 août 2012.

C'est un nouveau signe de la puissance grandissante, de la mainmise du Mujao sur toute la zone de Gao. Ce vendredi 10 août au matin, le leader du groupe islamiste, Abdel Hakim, a convoqué les imams.

Plus de 40 religieux se sont présentés à la mosquée Koweït. Officiellement, il s’agissait de débattre de la charia, de son application. Mais aucun débat ne s'est tenu. En moins de vingt minutes, le dossier était classé. Conclusion : la charia s'appliquera désormais dans la ville.

« Ils ont lu quelques passages du Coran mais c'était joué d'avance. Personne n'a discuté ou mis son grain de sel », explique un journaliste présent à l'audience qui ajoute : « le chef du Mujao a été très clair en expliquant que s'il le fallait, il utiliserait la force. »

Une population impuissante

Pour les doyens de Gao, c'est une grande douleur : « Nous défendons un islam tolérant. Nos religieux sont soumis, incapables de réagir », affirme un ancien commerçant. « C'est inquiétant, ajoute un étudiant. Tout le monde attendait la position des imams mais là, ils se sont écrasés devant les armes des terroristes. »

Impuissante, la population de Gao, notamment les jeunes qui se sont révoltés récemment, n'ont pas réagi après cette annonce. Tous attendent, dans la peur, de voir si les jihadistes, qui affirment détenir 30 prisonniers, appliqueront dans les jours qui viennent leurs terribles sanctions.