Mali : la paralysie politique au Sud laisse le Nord sous la coupe des terroristes islamistes

Combattants du Mujao dans la région de Gao, le 7 août 2012.
© Reuters

Au nord du Mali, le Mujao, groupe islamiste qui contrôle la ville de Gao et sa région, a amputé la main d'un voleur présumé de la ville d'Ansongo. Le gouvernement de Bamako s'offusque et annonce que ces pratiques rendent inévitable l'option militaire. Mais les autorités maliennes n'ont toujours pas saisi l'ONU pour obtenir son appui au déploiement d'une force militaire régionale.

Cela ressemble au jeu du chat et de la souris. Les Nations unies réclament depuis plus d'un mois une requête précise à la Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) et aux autorités maliennes pour appuyer le déploiement d'une force régionale ouest-africaine au Mali.

Pour justifier cette défaillance, la Cédéao se justifie en expliquant attendre de son côté la demande formelle de Bamako. Mais Bamako, qui n'a toujours pas réussi à constituer de gouvernement d'union nationale, ne répond pas. Et pour cause : les putschistes du 22 mars refusent qu'une force étrangère débarque sur leur sol. Jeudi, dans l'entourage du capitaine Sanogo, on réaffirmait que l'armée malienne n'accepterait qu'un appui en matériel et logistique.

Conférence à Bamako sur la force militaire

Chacun se renvoie donc la balle mais cela n'empêche pas la tenue de réunions des instances internationales et régionales pour constater qu'au nord du Mali la situation est grave.

Depuis jeudi, dans la capitale malienne, des représentants de la Cédéao, de l'Union africaine, de l'ONU et de l'Union européenne, participent à une conférence finale censée définir la partie stratégique de la future force militaire.

Les populations du nord du Mali, qui subissent les cruautés de la charia, doivent s'interroger sur ce qui s'apparente de plus en plus à un jeu de dupes.

Application sanglante de la charia

Le Mujao, groupe islamiste présent dans la région de Gao, a donc appliqué la charia mercredi 8 août au soir à Ansongo en procédant à l'amputation de la main droite d'un homme accusé d'avoir volé du bétail.

Mercredi matin, les jeunes d'Ansongo sont venus manifester leur dégoût, leur refus de voir un jeune de chez eux se faire couper la main. En vain, les jihadistes du Mujao ont tiré en l'air à l'arme automatique pour les effrayer. Dans un communiqué, le gouvernement malien a parlé d'un « acte ignoble » mais Bamako est impuissant et la population se sent abandonnée.
L'amputation infligée à un jeune homme à Ansongo a provoqué une commotion dans le pays
11-10-2013 - Par Guillaume Thibault

Autre peine inspirée par la charia, le 29 juillet dernier, à Agelhoc :  un couple accusé d'avoir eu des enfants hors mariage était lapidé à mort. Depuis, dans toute la région, les populations vivent dans la crainte. Ansar Dine et ses alliés d'Aqmi plongent les villages et les bourgs dans l'obscurantisme le plus total. C'est le cas de Tessalit.

Occupée depuis mi-mars par les islamistes, Tessalit n'est plus que l'ombre d'elle-même

Cette commune, dotée d'un aéroport stratégique, est désormais coupée du reste du monde. Les nouvelles arrivent par bribes, via des nomades qui font la navette avec la ville algérienne de Borj.

Selon un habitant, les plus riches et les plus chanceux sont partis. Ceux qui restent vivent désormais le calvaire de la contrainte. Les islamistes d'Ansar Dine ont édicté une règle rigoriste : les femmes ne doivent pas sortir, les hommes doivent impérativement assister aux différentes prières quotidiennes à la mosquée. La sanction est connue : deux prières oubliées, dix coups de fouet. Une femme qui se promène en présence d'un homme étranger à sa famille : 20 coups de fouet.

Tout le monde obéit : la peur de l'humiliation publique est trop forte, nous explique un habitant de Tessalit qui a pris la fuite avec toute sa famille. Les hommes d'Aqmi sont là, mais ils restent discrets. Ce sont les hommes de Iyad ag Ghali qui gèrent la ville, l'eau le carburant, mais aussi le centre de recrutement des enfants soldats installé dans les locaux de l'école aujourd'hui fermée. Ils sont 80, de 6 à 14 ans, nous explique-t-on. Les enfants y apprennent le Coran et le maniement des armes.

Tessalit la fière, la ville des musiciens et des tendé connaît aussi les mariages arrangés. Les combattants islamistes prennent des femmes pour échapper au châtiment divin. Des femmes qu'ils abandonnent à leur départ.