Alors que les musulmans célèbrent la fin du ramadan, au Nigeria et au Mali la fête a un goût amer

Pour les musulmans, l'Aïd el-Fitr, marque la fin du jeûne du ramadan.
© REUTERS/Dinuka Liyanawatte

Au Nigeria, le climat est tendu en ce week-end de l'Aïd el-Fitr, la fin du mois sacré de ramadan. Les autorités craignent de nouveaux attentats du groupe islamiste Boko Haram, qui a tué et blessé des centaines de personnes cette année dans plusieurs villes. Les forces de sécurité sont donc en état d'alerte et recommandent aux habitants d'être vigilants. Au Mali, l’atmosphère n’est pas non plus la même que les autres années. Les villes du nord du pays se sont vidées ces derniers mois et tournent au ralenti depuis et la présence des islamistes, qui ont saisi l'occasion de la grande prière de la mi-journée de ce samedi 18 août pour se faire entendre à nouveau auprès de la population.

A Tombouctou, la grande prière a eu lieu comme d'habitude, à chaque grande occasion, sur la place du Sahel vert. Mais une grande partie de la population ayant quitté la ville ces derniers mois il y avait beaucoup moins de monde cette année. A la fin de la grande prière, un représentant du groupe islamiste Ansar Dine a demandé l'autorisation au grand imam de prendre le micro pour diffuser un message d'apaisement, mais certains fidèles ont préféré s'en aller.

« Il a dit qu’aujourd’hui c’est une grande fête. Tous les musulmans doivent la fêter dans la paix et dans la sécurité. Et il a dit qu’eux ne sont pas là pour l’Azawad mais qu’ils sont ici pour l’islam. Quand il a demandé cela, la majorité de la population est partie », rapporte un participant.

Dans la ville de Gao, l'imam n'a même pas pu diriger la prière. Les islamistes du Mujao ont estimé qu'il n'était pas compétent pour ce jour particulier de l'Aid el-Fitr. Le Mujao a donc imposé son propre imam, qui s'est montré à la dernière minute entouré d'un très lourd dispositif armé.

Certains n'ont pas apprécié le procédé et sont partis dès qu'ils ont pu, comme le raconte cet homme : « Quand on est arrivé, on s’est assis et au bout d’un moment ils ont commencé la lecture. On a constaté que ce n’était pas le même imam qui d’habitude nous fait prier qui était en train de faire la lecture du Coran. En plus de cela, il y avait des 4x4 avec des armes. On a rien compris. On a préféré tout simplement rentrer à la maison. »

Dans certaines autres localités du nord comme à Niafunké, la grande prière devrait avoir lieu ce dimanche. La décision prise par Bamako de fêter l'Aïd ce samedi a été connue trop tard. Certains ont rompu le jeune dès vendredi soir mais dans d'autres familles, le ramadan aura duré une journée de plus.

Sécurité renforcée au Nigeria

Les autorités nigérianes ont pris toute une série de dispositions au nord du pays, à commencer par l’annulation des fêtes séculaires de l'Aïd à Kano, la plus grande métropole de cette région. Officiellement, ce festival vieux de plusieurs siècles qui met en scène des spectacles de chevaux n’aura pas lieu à cause des problèmes de santé de l'émir, mais l'insécurité grandissante ne serait en fait pas étrangère à cette décision.

A Maiduguri, le fief du groupe islamiste Boko Haram, la sécurité a été renforcée et à Jos, les deux grands centres religieux qui ont déjà été la cible d'attaques sont également sous haute surveillance.

Plus généralement, les lieux de culte, les centres de loisirs, les stations balnéaires et les bâtiments officiels seront particulièrement protégés. Les « mécréants et les fauteurs de troubles » ont été mis en garde par l'inspecteur général de la police. Tous ceux qui perturberont la paix publique seront punis, a-t-il prévenu, ajoutant que les forces de sécurité ne reculeront devant rien.

Vendredi, cinq personnes déjà ont été arrêtées. Cinq hommes suspectés d'avoir tué des chrétiens le 6 et le 7 août, lors d'une attaque contre une église évangélique et contre une patrouille des forces de sécurité.

Les Nigérians sont appelés à être vigilants tout le week-end et au moins jusqu'à mardi car au Nigeria, les deux premiers jours de la semaine seront fériés.

Les Etats-Unis appellent aussi à la vigilance et craignent des attentats autour du 26 août, date anniversaire de l'attentat, il y a un an à Abuja, contre le siège des Nations unies.

En période de crise, on peut se réjouir que l'élan de solidarité n'ait pas été impacté. (En France), globalement, je peux dire que le bilan est positif
Mohammed Moussaoui
11-10-2013 - Par Anna Piekarec