La noix de cajou, filière d’excellence au Togo

Marceline Kabita travaille à Cajou Espoir depuis sept ans. Cela lui a permis de nourrir et de payer les études de ses six enfants.
© RFI/Claire Morin-Gibourg

Cajou Espoir, la première usine de transformation de noix de cajou implantée au Togo, vient de recevoir un prêt exceptionnel de deux millions d’euros accordé par la BIDC, la Banque d’investissement et de développement de la Cédéao. L’agro-transformation, secteur clé en matière de création d’emplois, a le vent en poupe.

Tchamba, à quatre heures de route de Lomé, la capitale togolaise. Un camion-benne reconverti en transport de personnes arrive en cahotant sur une route en latérite et se gare devant un immense hangar. Une foule colorée de femmes en boubous en jaillissent gaiement, s’aidant les unes les autres, dans un flot de cris et de rires. Au loin, sur une grande pancarte, on peut lire : « Bienvenue à Cajou Espoir, la promotion de la filière cajou, l’espoir de l’Afrique noire de demain ». Tchamba se trouve dans le nord-est du Togo, dans une des régions les plus arides, les plus déshéritées aussi. Une région productrice des noix de cajou mais qui, jusqu’en 2004, ne possédait aucune usine de transformation.

Le dépelliculage de la noix de cajou, un métier essentiellement féminin. Près de 300 femmes travaillent dans l’usine aujourd’hui. © RFI/Claire Morin-Gibourg

Une situation malheureusement classique en Afrique où 90% des noix de cajou produites sont exportées essentiellement vers l’Inde pour y être transformées, synonyme d’une perte de valeur ajoutée pour les paysans africains. Les estimations de l’Alliance africaine pour le Cajou sont éloquentes : si 25% de la production de cajou africaine était transformée sur le continent, cela générerait localement plus de 100 millions de dollars de revenu supplémentaire pour les paysans.

« L’avenir de l’Afrique, c’est vous ! »

Créer de l’emploi et générer des revenus dans la région de production, c’est exactement le but de Francois Locoh-Donou. Ce Franco-Togolais, expatrié aux Etats-Unis pour poursuivre une brillante carrière dans les télécommunications, n’a pas oublié son enfance à Lomé et les parties de foot endiablées où ceux qui avaient la chance d’avoir des chaussures les enlevaient, gommant par la-même les différences sociales. « J’ai toujours eu conscience d’être privilégié, probablement en grande partie grâce à ma mère avec qui, mon frère, ma sœur et moi, avions souvent des débats autour de la pauvreté et de l’Afrique… » Une mère à qui Francois Locoh-Donou rendra un hommage appuyé lors de la cérémonie des 8 ans de Cajou Espoir reprenant une de ces phrases devenues prophétiques : « Vous savez, les enfants, le futur de l’Afrique, c’est vous ! » 

Car, depuis 1998, Francois Locoh-Donou a mis en action ses principes. Il veut s’investir en Afrique et créer des entreprises. Ce sera d’abord la Ferme de l’espoir, une ferme d’élevage de poulets et de production d’œufs. Un projet décevant en matière de création d’emplois - seulement une vingtaine de postes pourront être créés - et dont le manque d’infrastructures locales - ni eau, ni électricité - engloutira les fonds des investisseurs. L’état déplorable des routes, ne permettant parfois même pas aux œufs d’arriver entiers à leur destination, finira par avoir raison du

Cajou Espoir fête ses 8 ans d’existence : Francois Locoh-Donou a rendu hommage à tous ceux qui ont permis cette aventure. © RFI/Claire Morin-Gibourg

projet. Mais c’est sans compter la détermination de Francois Locoh-Donou qui, entre-temps, revenant d’une visite au centre Songhaï au Benin, découvre que le Togo ne possède aucune usine de transformation de noix de cajou.

Des résultats tangibles sur la réduction de la pauvreté

Cajou Espoir naît fin 2004, avec une quarantaine d’employés qui transformeront 12 tonnes de noix de cajou en 2005. « 40 emplois mais c’était nourrir quarante familles ! », se rappelle avec émotion Alidou Abdourahmane, le maire de Tchamba. « A l’époque, les femmes vivaient du ramassage du bois, il n’y avait aucune activité dans la région. L’usine a réduit l’exode rural. » Car, pour survivre, nombreuses sont ces femmes qui partaient pour le Nigéria afin de trouver du travail comme Seidou Salamatou. « Je vendais des cigarettes et des boissons, mais aujourd’hui, Dieu merci, je suis revenue au bercail. Mes enfants savent que Maman va rentrer tous les soirs ».

Au fil des ans, Cajou Espoir s’est développé et devrait atteindre en 2012 les 1 200 tonnes de noix de cajou traités par 350 employés. Les répercussions économiques et sociales sont multiples : sur la vie quotidienne, sur la santé et sur l’éducation. Affo Bérégéti est professeur et directeur de l’école centrale de Tchamba : « Les petites filles ne sont plus placées comme bonnes, la scolarité est plus régulière. Avant Cajou Espoir, nombreux étaient les enfants qui n’avaient pas de quoi déjeuner. Aujourd’hui tout le monde a de quoi manger. » Dominique Palanga, le préfet de Tchamba, a vu évoluer Cajou Espoir et insiste : « C’est la fierté de toute la préfecture ! ». Le développement exemplaire de cette petite PME a aussi convaincu les financiers de la BIDC, la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO qui, pour soutenir son développement, vient de lui accorder un prêt de 1,2 milliard de francs CFA, soit 2 millions d’euros. Francois Locoh-Donou est déterminé : « L’agro-transformation regorge d’opportunités, c’est à nous, Africains, de les saisir et de rebâtir l’Afrique ! »

Pour en savoir plus :
- Site de l'ONG Songhai
 

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