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Article publié le : mercredi 05 septembre 2012 à 18:19 - Dernière modification le : jeudi 06 septembre 2012 à 11:08

Visa pour l’Image – Robin Hammond : «J’ai commencé mon reportage dans une prison de Juba»

Robin Hammond vit désormais à Paris. Il envisage de poursuivre son travail sur le sort des malades mentaux au Nigeria et au Swaziland.
Robin Hammond vit désormais à Paris. Il envisage de poursuivre son travail sur le sort des malades mentaux au Nigeria et au Swaziland.
RFI / Christophe Carmarans

Par Christophe Carmarans

Spécialiste de l’Afrique subsaharienne, le photographe néo-zélandais Robin Hammond (37 ans) expose une œuvre poignante sur un sujet méconnu au 24e festival Visa pour l’Image de Perpignan : le sort des malades mentaux dans les pays africains en conflit. Pratiquement jamais pris en charge, ils vivent la tristesse et l’horreur au quotidien.

Robin, comment est né ce projet ?

Camp de réfugiés de Dadaad, Kenya, juin 2011. Abdi Rahman Shukri Ali, 26 ans, est enfermé dans une cahute de tôle depuis deux ans. Il vit avec sa famille à Dadaab, le plus grand camp de réfugiés du monde.
Robin Hammond / Panos

J’ai habité au Cap, en Afrique du Sud durant trois ans et je suis maintenant basé à Paris. Mais je connais très bien l’Afrique. Ces six dernières années, l’essentiel de mon travail s’est fait en Afrique. En janvier 2011, je me trouvais à Juba, au Soudan du Sud, pour couvrir le référendum sur l’indépendance. Quand je suis arrivé, il y avait déjà beaucoup de journalistes et de photographes sur place. C’est une situation à laquelle je ne suis pas spécialement habitué. En général, je couvre plutôt des sujets, ou des zones, qui ne bénéficient pratiquement d’aucune couverture médiatique. Des sujets sur les droits de l’homme, la violence sexuelle au Congo, l’exploitation des travailleurs par les multinationales dans les pays en sous-développement, la pollution de l’air, les questions d’environnement en Afrique, ce type de sujets-là... Bref, quand je suis arrivé là-bas et que j’ai vu autant de journalistes, je me suis dit : ' Il faudrait trouver autre chose à traiter que le référendum sur l’indépendance '. Je ne voulais pas juste prendre en photo des gens qui déposent un bulletin de vote dans une urne. Et puis, alors qu’on roulait dans une rue de Juba, on a vu une fillette de neuf ans, visiblement handicapée mentale, qui était en train de mendier. Alors, j’ai dit au chauffeur de taxi : « Comment traitez-vous les malades mentaux, ici ? ». Et là, de façon presque anodine, il m’a répondu : « On les met en prison ». Alors, j’ai dit « OK, en route pour la prison ! ». On est donc allé là-bas et on a réussi à négocier pour entrer. Et là, nous avons vu ce que l’on peut voir sur mes photos : des gens enfermés, attachés, pratiquement sans aucun vêtement, dans un environnement extrêmement insalubre et dégoûtant. J’ai fait le reportage mais je me suis dit : ' Bon, il s’agit juste d’un seul pays. Il faudrait aller voir ailleurs ! '

Deux chiffres m’ont particulièrement frappé dans votre exposition. Dans une ville comme Mogadiscio, où l’on recense quand même 1,6 million d’habitants, il y a, en tout et pour tout, un infirmier psychiatrique. Un seul pour toute la ville ! Et vous citez cet autre chiffre de l’Organisation mondiale de la santé qui estime qu’en Somalie, une personne sur trois souffre de troubles mentaux provoqués par la guerre. C’est effrayant !

Gulu, nord de l'Ouganda, avril 2011. Ce jeune garçon de 14 ans vit attaché à une corde depuis 6 ans. Sa mère refuse de le faire entrer à l'hôpital de Gulu, qui n'est qu'à 2 kilomètres.
Robin Hammond / Panos

Oui, pour Mogadiscio c’est exact. Mais, vous savez, dans un endroit comme l’est de la République démocratique du Congo, il y a un seul psychiatre pour toute la région. Et le Congo, c’est grand comme toute l’Europe de l’Ouest ! Dans ce pays, lors des dix dernières années, au moins 500 000 femmes ont été victimes de violences sexuelles. C’est un problème qui se généralise dans les zones de conflit : les gens qui ont une certaine aptitude, ou certains diplômes, s’en vont ailleurs dès qu’ils le peuvent. C’est aussi simple que ça ! En ce qui concerne la Somalie, il y a le traumatisme de la guerre mais aussi le problème de la malnutrition. Les enfants en bas âge qui n’ont pas une alimentation suffisante ne sont pas en mesure de développer leur cerveau convenablement. Quand je me suis rendu au camp de réfugiés d’al-Darb Diya, la famine régnait déjà dans la corne de l’Afrique et il y avait au moins un millier de personnes qui arrivaient quotidiennement. C’était évident que les enfants mourraient littéralement de faim. Quand vous n’avez que deux ou trois ans et que votre cerveau est encore en phase de développement, la malnutrition peut provoquer des dégâts irréversibles.

Et les ONG ne peuvent pas être d’une grande aide pour le moment…

Non. Déjà, très peu d’entre elles se préoccupent du problème mis à part, peut-être, Médecins sans frontières. Mais ils ne peuvent agir que dans l’urgence et pas sur le long terme. La raison, c’est que c’est extrêmement complexe. Vous pouvez combattre la malaria en éliminant les moustiques vecteurs, en hospitalisant les malades et en les guérissant. Vous obtenez des résultats rapides et spectaculaires et c’est cela qui incite les gens à faire des dons. Mais pour les maladies mentales, c’est tout à fait autre chose. Il s’agit d’un long travail où il est impossible d’avoir des résultats rapides et significatifs. On ne peut pas leur donner un médicament en espérant qu’ils guérissent en quelques semaines.

On voit, à travers vos photos, que certaines familles font appel à des guérisseurs. Ils arrivent à obtenir des résultats ?

En général, le guérisseur - la plupart du temps des religieux - sont la première personne qu’elles vont consulter. Je ne vous cache pas qu’au début du projet, j’avais une opinion très négative ce sujet. Toutefois, les guérisseurs sont souvent les seules personnes à leur accorder de l’attention et à leur redonner un peu d'espoir. Le fardeau sur les familles est très lourd. Mais le résultat est mitigé en réalité. Parfois, le « remède » est pire que la maladie. Je me souviens d’une ville en Ouganda où les malades étaient enfermés dans le sous-sol d’une église depuis des mois ! Il y aussi des guérisseurs musulmans qui récitent des versets du Coran dans un mégaphone. On voit un peu de tout… Il faut dire qu’un certain nombre de malheurs dont souffrent ces populations ont la spiritualité pour origine, hélas.

Vous avez décidé dès le départ de n’utiliser que le noir et blanc ?

Pas tout au début, non. En fait, j'ai agi en réaction par rapport à mes précédents reportages qui ne duraient que deux ou trois jours et dont je revenais souvent frustré. Vous faites quelques photos, vous faites quelques portraits, vous utilisez une certaine lumière et il est temps de partir. J’ai voulu revenir à ce que pourquoi j’ai voulu devenir photojournaliste. Quand je suis sorti de l’école, mon modèle c’était Eugene Smith et j’ai voulu orienter pour une fois mon travail dans cette direction-là. Pour la première fois depuis que je suis photographe, j’ai laissé pratiquement tout mon matériel à la maison. J’avais juste un boîtier Canon et deux petits objectifs. Et je n’ai même pas utilisé de flash. Avoir moins de matériel et un sac plus léger m’a rendu plus libre parce que j’étais plus mobile, ce qui est parfois bien utile dans des endroits dangereux comme la Somalie.

Comment s’est faite la sélection des photos ?

J’en ai pris des milliers et j’en ai envoyé à peu près une centaine à Jean-François Leroy, le directeur du festival Visa pour l'Image. Il en a retenu quarante et ensuite nous avons discuté ensemble de celles que l’on voulait exposer.

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L'onde de choc grecque
L'onde de choc grecque
Athènes, 23 février 2011. Policier touché par un cocktail molotov pendant les émeutes devant le Parlement grec.
© Angelos Tzortzinis/AFP
Afghanistan, regard de l'intérieur
Afghanistan, regard de l'intérieur
Kaboul, 21 mars 2010. Des policiers essayent de contenir la foule venue célébrer le Norouz, le nouvel an solaire, au moment où elle tente d'entrer dans le sanctuaire de Hazrat Ali.
© Massoud Hossaini/AFP
Ces gens qui marchent avec les rennes, les Saami
Ces gens qui marchent avec les rennes, les Saami
Peaux de rennes abattus par la Famille Gaup. Ces peaux sont conservées avec leurs fourrure pour servir de coussins et de protection contre le froid dans la tente traditionnelle des Saami, appelée «lavut».
© Erika Larsen/Redux Pictures for National Geographic Magazine
Ces Etats d'Amérique
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Baltimore, Maryland, Etats-Unis, 22 août 2010. Des membres de la United House of Prayer for All People («Maison de Prière pour Tous») sont baptisés à la lance à incendie à la fin de l'assemblée annuelle de leur Eglise, une tradition qui remonte à 1926.
© Jim Lo Scalzo/EPA
Un génie audacieux, la révolution numérique (1985-2000)
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«Geek Sex», Adobe System, Mountain View, Californie, 1991. Deux employés de chez Adobe, en couple dans le civil, en train de mimer, de façon rudimentaire mais techniquement adéquate, un acte sexuel lors d'une fête d'Halloween.
© Doug Menuez/Contour Getty Images/Stanford University Libraries
Terres d'origine : l'Australie autochtone
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Communauté de Kalumburu, ouest de l'Australie. Lily et Jack Karadada sont nés dans le bush, il y a quelque quatre-vingts ans. Aujourd'hui, ils habitent une maison en parpaings contruite par le gouvernement et Lily est une artiste de renom international.
© Amy Toensing/National Geographic Magazine
Zone d'inconfort absolu. Avance et retraite dans l'Arctique sibérien
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Karp Belgayev, mineur de fond, dans les rues désertées de son village de l'Arctique, près de Vorkuta, dont il est l'un des dix derniers habitants. La plupart des villageois sont partis quand les mines de charbon de l'époque soviétique ont fermé.
© Justin Jin/Cosmos
Kurdistan, la colère d'un peuple sans droits
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Batman, Turquie, mars 2008. La fête de Newroz, fête du printemps, a lieu le 22 mars. Symbolisant l'identité kurde, elle a rassemblé des milliers de familles kurdes.
© Julien Goldstein/Reportage by Getty Images
Condamnés, la santé mentale des pays africains en conflit
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Gulu, nord de l'Ouganda, avril 2011. Ce jeune garçon de 14 ans vit attaché à une corde depuis 6 ans. Sa mère refuse de le faire entrer à l'hôpital de Gulu, qui n'est qu'à 2 kilomètres.
© Robin Hammond/Panos
Swaziland, 2006-2011
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Une femme séropositive de 20 ans pleure la mort de son fils, âgé de 1an. Souvent seule, découragée, elle parle peu et refuse le traitement antirétrovival.
© Krisanne Johnson/Prospekt
Nigeria, une nation sous les dieux
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28 avril 2011. Deux soldats de la garde rapprochée du vice-président Namadi Sambo font démonstration de leurs compétences, près de sa résidence à Kaduna.
© Bénédicte Kurzen/Pulitzer Center
Ces petites filles que l'on marie
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Sarita, 15 ans, ruisselante de sueur et de larmes, s'apprête à partir vers son nouveau foyer avec son mari. Sarita et sa soeur Maya, 8 ans, ont été mariées la veille à deux frères.
© Stéphanie Sinclair/VII pour National Geographic Magazine
2004 - 2012
2004 - 2012
Le Caire, 27 novembre 2011. Des manifestants scandent des slogans durant un rassemblement contre le Conseil militaire égyptien sur la place Tahrir.
© Rémi Ochlik/IP3 Press

     

    RFI DOSSIER SPECIAL VISA POUR L'IMAGE 2012

    tags: France - Kenya - Ouganda - Photographie - RDC - Santé et Médecine - Somalie - Soudan du Sud
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