Mali : l'armée toujours divisée à propos de l’aide militaire ouest-africaine


©

Le président malien Dioncounda Traoré a envoyé mardi au président ivoirien Alassane Ouattara la requête autorisant la Cédéao à apporter un soutien militaire au Mali pour en découdre avec les islamistes qui occupent le nord du pays. Si le ministre de la Défense et l'état-major malien soutiennent clairement cette demande, ils ne sont pas forcément suivis par l'ensemble des troupes, ce qui crée des remous à Kati. Les autorités de la sous-région réclament quant à elles un retour prioritaire du pouvoir constitutionnel à Bamako.

La soirée du jeudi 6 septembre a été chaude à Kati. Dans la caserne qui abrite les ex-putschistes près de Bamako, l'ambiance était électrique autour d'un sujet : le président Dioncounda Traoré n'aurait pas dû autoriser la Cédéao à envoyer des bataillons étrangers dans le nord (3 300 militaires à la disposition du gouvernement du Mali).

Selon nos informations, le capitaine Sanogo a dû palabrer longtemps pour calmer officiers et sous-officiers, leur faire entendre que l'heure n'était pas à un nouveau coup de force et qu’il était urgent d'avancer d'un même pas.

Mais ce manque de consensus était bien réel, au point que l'état-major de l'armée qui avait un temps prévu un communiqué pour dire son accord avec la démarche du président a dû se raviser au dernier moment pour éviter le clash.

Les militaires récalcitrants en veulent à Dioncounda Traoré mais aussi à la Cédéao, qu’ils accusent toujours de bloquer des armes dans la sous-région, mais surtout de vouloir venir combattre les islamistes à la place de l'armée malienne.

Du côté de la médiation burkinabè, on cherche à calmer le jeu. Selon Djibril Bassolé, la Cédéao ne veut pas se substituer à l'armée malienne, juste l'appuyer. Pour le diplomate burkinabè, les modalités de soutien et le déploiement militaire se feront en concertation. « Tout se discute », assure-t-il. Les chefs d'état-major de la sous-région doivent se réunir très prochainement.

Clarifier la situation constitutionnelle

Au niveau sous-régional, à l'occasion d'une visite de son nouvel homologue du Ghana, John Dramani Mahama, le président du Bénin, Boni Yayi, président en exercice de l'Union africaine, a déclaré que les pays d'Afrique occidentale se rencontreraient bientôt pour discuter de stratégies pour une intervention au Mali.

Pour le président ghanéen, la Cédéao, avant d’envisager une quelconque action militaire, doit avant tout clarifier cette question : qui dirige réellement le Mali, le capitaine Sanogo ou Dioucounda Traoré ? « Je crois que l’une des premières étapes dans cette affaire, c’est qu’il faudrait qu’on règle ce problème de pouvoir et de la constitutionnalité. Et c’est à ce niveau d’ailleurs qu’il y a la confusion. Avant qu’on intervienne dans cette histoire, il faudrait qu’on maîtrise vraiment la situation constitutionnelle. »

Quant au président en exercice de l’Union africaine, il ne peut y avoir, selon lui, deux voix discordantes à Bamako. Pour Boni Yayi, la junte doit retourner dans sa caserne et renoncer à diriger une quelconque institution de la République : « Il faut absolument le retour de la junte dans les casernes, il faut absolument que la junte soit écartée de la vie politique, qu'elle soit écartée des institutions politiques pour que nous puissions trouver une issue rapide à cette crise. »

La crise malienne au coeur de la visite de Yamina Benguigui en Algérie

Yamina Benguigui, la ministre française déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, est à Alger depuis jeudi. Cette visite a pour but de préparer le voyage du président François Hollande en Algérie. Si la ministre a évoqué les dossiers culturels, en particulier celui de la francophonie, ce voyage était une nouvelle étape dans les discussions autour de la crise malienne.

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, en avait fait l’un des thèmes centraux de sa visite au mois de juillet. Le Mali est aujourd’hui au cœur de la relation entre Paris et Alger. Yamina Benguigui a d’abord rencontré Abdelkader Messahel, le ministre algérien des Affaires africaines. Mais les positions des deux pays sont toujours différentes. « La situation du Sahel, la situation du Mali, c’est aussi complexe que la révolution arabe avec des divergences sur 'est-ce que l’on arrête militairement, est-ce qu’on va privilégier le dialogue ?', ce qui est l’attitude de Messahel », a expliqué Yamina Benguigui.

Pourtant, l’Algérie et la France travaillent pour un accord entre plusieurs pays africains. Une réunion est prévue à New York fin septembre lors de l’assemblée générale des Nations unies. Paris et Alger veulent un consensus avant cette date. « Ca va se préparer et je pense qu’avant le 26 septembre, on aura une très bonne nouvelle parce qu’il y aura un groupe qui parlera dans la même direction, avec l’Algérie, avec la France et avec les autres pays », a avancé encore la ministre.

Yamina Benguigui doit rencontrer le ministre des Affaires étrangères Mourad Medelci dans la matinée. Elle sera de retour à Paris dans l’après-midi.