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Somalie

Somalie : l’universitaire Hassan Cheikh Mohamoud élu président

Hassan Cheikh Mohamoud à la tribune du Parlement, après la proclamation de sa victoire, le 10 septembre 2012.
© REUTERS/Omar Faruk

Le Parlement somalien a voté, ce lundi 10 septembre, pour élire un nouveau président. L’universitaire Hassan Cheikh Mohamoud, qui ne faisait pas figure de favori, a été élu, au deuxième tour, à une écrasante majorité. Etaient en lice, pour ce scrutin, 25 candidats dont le président sortant, Sharif Cheikh Ahmed, qui a reconnu sa défaite. Cette élection, parrainée par l’ONU, a pour but de mettre un terme à une longue période de transition et de doter le pays d’un gouvernement central. La Somalie est en proie à une guerre civile et à un chaos politique depuis la chute du président Siad Barre, en 1991.

A Mogadiscio, plus de 270 députés - sur un total de 275 qui doivent siéger à terme - se sont réunis, sous très haute sécurité, pour choisir le nouveau président, dans un scrutin à bulletin secret.

Beaucoup de suspense et une victoire inattendue

Il n’y a eu finalement que deux tours alors que trois tours, au maximum, étaient possibles pour élire le président. Au premier, le président sortant, Sharif Cheikh Ahmed, est arrivé en tête (avec 64 voix), au coude-à-coude avec Hassan Cheikh Mohamoud (60 voix).

C’est le deuxième tour qui a départagé les deux hommes car les deux candidats qui suivaient  - le Premier ministre sortant Abdiweli Mohamed Ali (30 voix) et Abdikadir Osoble (27 voix) - se sont retirés de la course. A l’issue du premier tour, la pression a d’ailleurs été très forte pour que Abdiweli Mohamed Ali se retire. Et c’est précisément ce qu’il a fait en appelant au changement ; un message adressé aux parlementaires pour les inciter à ne pas voter pour le président sortant. Sharif Cheikh Ahmed avait, de son côté, au cours des dernières semaines, multiplié les manœuvres pour se maintenir au pouvoir.

Réputé modéré

Hassan Cheikh Mohamoud, 56 ans, est surtout très connu à Mogadiscio et notamment dans le milieu de la société civile. Il appartient au puissant clan des Hawiye, majoritaire dans la capitale somalienne.

Il a étudié à l’université nationale somalienne et a été professeur dans les années 1980. Il a ensuite travaillé aux côtés de plusieurs organisations internationales en Somalie. Dans les années 1990, il a aussi participé au mouvement pour supprimer la ligne verte qui séparait Mogadiscio entre le nord et le sud, contrôlée par des factions rivales.

Par la suite, il a créé le Simad, un institut qui vise à former des techniciens de l’administration et qui est désormais une université connue à Mogadiscio.

Finalement, en 2011, il a fondé un parti politique - Parti paix et développement - avec pour objectif de « construire une société libérée des démons du clanisme, de la peur et des conflits internes », affirme-t-il dans le manifeste de son mouvement. Réputé modéré, le nouveau président somalien n’a jamais été ni ministre ni, jusqu’à ces dernières semaines, député.

Difficile, pour le moment, de savoir quelle sera l’action politique qu’il mènera et quelles seront ses capacités à remettre la Somalie en marche, sans oublier sa stratégie face aux shebabs, principale insurrection du pays ralliée au mouvement terroriste al-Qaïda.

En effet, depuis l’élection du président sortant, les islamistes shebabs mènent la guerre contre les institutions transitoires. Cependant, depuis un an, ils ont dû céder du terrain face à la force de l’Union africaine dans le pays - l’Amisom - et à des contingents envoyés par le Kenya et l’Ethiopie venus apporter leur soutien aux forces gouvernementales. Mais les insurgés islamistes shebabs contrôlent toujours une vaste partie du sud et du centre du pays.

Un long et complexe processus politique

Hassan Cheikh Mohamoud est le premier président somalien élu à Mogadiscio depuis le début du difficile processus de reconstruction du pays, mené depuis douze ans avec le soutien de la communauté internationale. Ses prédécesseurs ont dû être élus dans des pays voisins pour des raisons de sécurité.

Cela fait plus de deux décennies - depuis la chute du président Siad Barré - que la Somalie est dépourvue d’un gouvernement stable et que le pays est livré aux chefs de clans, aux groupes islamistes et aux gangs criminels. Plusieurs tentatives ont été menées pour doter le pays d’institutions stables mais elles ont toutes échoué.

Cette fois-ci, l’ONU se dit confiante et qualifie cette élection d'« une des plus importantes de l’histoire politique de la Somalie ». Le nouveau président du Parlement, Mohamed Osman Jawari, avait été lui-même élu, par ses pairs, le mois dernier.

En raison de la persistance des combats et de l’absence de structure étatique, la population somalienne - environ 8 millions de personnes à l’intérieur du pays - a été tenue totalement à l’écart de ce processus électoral.

Des chantiers nombreux et complexes 

Les défis qui attendent le tout nouveau président somalien seront difficiles à relever. Depuis plus de 20 ans la Somalie a été plongée dans le chaos et les quatorze conférences de réconciliation, organisées depuis cette époque, ne sont pas venues à bout des rivalités politiques et économiques entre clans somaliens.

Pour réussir, Hassan Sheik Mohamoud devra donc travailler à l'instauration d'un ordre politique stable qui fait défaut depuis deux décennies. Néophyte en politique Hassan Sheik Mohamoud devra déjouer les manoeuvres politiques, jeu traditionnel des leaders de partis, des chefs de clan ou des députés.

L'autre dossier majeur pour le nouveau président de Mogadiscio sera celui de la rébellion des shebabs. Evincés de la capitale, les shebabs restent en position de force dans leur fief du centre et du sud de la Somalie. Doté d'une connaissance fine de la société somalienne, le nouveau président avait réussi à dialoguer avec les shebabs à l'époque où ils contrôlaient la capitale. Il avait obtenu que son organisation, l'Institut somalien de management et de développement administratif, ne soit pas chassée de Mogadiscio.

La victoire d'Hassan Sheik Mohamoud signifie clairement une volonté de changement mais la reprise en main de l'administration ne se fera pas sans difficulté tant la corruption a gangrené le système de gouvernance. En juillet dernier, une commission de l'ONU a révélé qu'entre 2009 et 2010, 70% des millions de dollars alloués au gouvernement de transition n'ont jamais rejoint les caisses de l'Etat.

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