Libye: l'attaque contre le consulat américain aurait été planifiée

A Benghazi, manifestation contre l'attaque contre le consulat américain, le 12 septembre 2012.
© REUTERS/Esam Al-Fetori

Les circonstances de la mort de l’ambassadeur américain en Libye restent floues. Jay Christopher Stevens a peut-être tenté de fuir l’immeuble qui était en flammes. À Washington, l'une des hypothèses soulevées est celle d'une opération bien préparée qui porterait la signature du réseau terroriste al-Qaïda, plutôt qu'une manifestation de colère qui aurait mal tourné.

Avec notre correspondant à Washington, Raphaël Reynes

C’est actuellement l’hypothèse de travail des autorités américaines. Selon plusieurs sources reprises dans les médias, Washington pense que l’attaque contre le consulat de Benghazi aurait été planifiée et que la colère des manifestants contre un film insultant l’islam n’aurait été qu’un prétexte.

Le président de la commission des renseignements du Congrès, le républicain Mike Rogers, affirme même que l’attaque porte la marque d’al-Qaïda. C’est notamment l’important arsenal dont les assaillants  semblaient disposer contre le consulat de Benghazi qui provoque ces doutes et qui soulève cette piste.

Des lance-roquettes auraient été utilisés contre la représentation américaine à l’intérieur de laquelle se trouvait alors l’ambassadeur Christopher Stevens. Mais c’est surtout la date qui marque l’esprit des Américains. Ce mardi, on commémorait bien sûr le onzième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 et Benghazi est considéré comme le fief des islamistes radicaux de Libye.

Missiles Tomahawk par « mesure préventive »

L’organisation Ansar al-Charia, qui se dit proche d’ai-Qaïda, serait installée un peu plus à l’est du pays, affirmait mercredi soir sur CNN l’ancienne conseillère de George Bush pour la sécurité nationale.

Mais la même conseillère ajoutait qu’il est encore tôt pour affirmer que l’attaque de ce mardi est le fait d’une organisation terroriste. L’enquête ne fait que commencer.

Le Pentagone a annoncé l’envoi de deux navires de guerre au large de la Libye « par mesure préventive », affirme la marine américaine. Mais ce sont des bateaux équipés de missiles Tomahawk guidés par satellite et qui peuvent être utilisés dans la lutte antiterroriste contre des objectifs à distance.

Pas d'union sacrée entre démocrates et républicains

Une cinquantaine de membres du corps d’élite des Marines a également été envoyée en Libye. Ces hommes sont spécialisés dans la lutte antiterroriste et dans la sécurisation des postes avancés. Tout cela répond à la décision de Barack Obama de renforcer la sécurité autour des postes diplomatiques américains en Libye mais également dans le reste du monde.

Il n’y aura pas eu d’union sacrée entre républicains et démocrates au lendemain des événements du Caire et de Benghazi. Contrairement à l’habitude, les deux camps politiques ont échangé une vive passe d’armes, ce mercredi.

Et c’est Mitt Romney qui a ouvert les hostilités en accusant l’administration Obama d’avoir fait preuve de faiblesse à l’égard des auteurs des attaques anti-américaines. Alors que la tension montait, ce mardi au Caire, l’ambassade américaine avait effectivement publié un communiqué dénonçant les attaques contre l’islam à l’origine de la colère des manifestants.

Mais c’était « avant » l’envahissement de l’ambassade et avant les événements de Benghazi, se défend l’administration Obama qui dénonce une attaque politicienne de la part de Mitt Romney. Et Barack Obama de déclarer que son adversaire a le tort de « tirer d’abord et de viser ensuite ».

Avec notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti

Les forces de l’ordre égyptiennes ont évacué par la force dans la nuit de mercredi à jeudi des centaines de manifestants des abords de l’ambassade américaine au Caire. Des manifestants en majorité salafistes qui réclamaient l’expulsion de l’ambassadrice et la rupture des relations avec les Etats-Unis en mesure de rétorsion contre un film américain jugé offensant pour le prophète Mahomet.

En s’en prenant à des manifestants islamistes, pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir du président Mohamad Morsi, les autorités égyptiennes veulent démontrer, au niveau international, qu’elles sont responsables. La présidence avait mis en garde contre tout débordement visant une ambassade et la menace a été mise en application préventivement.

Les Frères musulmans au pouvoir et surtout le président Morsi cherchent à démontrer que la confrérie n’est pas un mouvement islamiste extrémiste mais, au contraire, un facteur de stabilité. Plutôt que de céder aux radicaux salafistes, le président Morsi à ordonné à son ambassade aux Etats-Unis de trouver les moyens juridiques pour poursuivre les producteurs du film offensant pour les musulmans.

Une directive donnée par le président Morsi au moment où il prenait l’avion pour Bruxelles et une dizaine de jours seulement avant un voyage fortement attendu aux Etats-Unis. Pour la présidence, il n’est pas question de laisser « un incident » porter atteinte à des relations vitales avec Washington.