Sénégal : les économies liées à la suppression du Sénat financeront les victimes des inondations


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Les parlementaires sénégalais, réunis, ce mercredi 19 septembre, en Congrès, ont voté la suppression du Sénat et de la vice-présidence par 176 voix sur 250 élus. Le président Macky Sall avait annoncé, le mois dernier, que la suppression du Sénat permettrait d’économiser 12 millions d’euros par an et que ces économies financeraient, dans l’immédiat, la lutte contre les inondations.

Le Congrès, qui réunit les deux chambres du Parlement, a approuvé le projet de loi portant sur la suppression du Sénat, de la vice-présidence et sur la création d’un Conseil économique, social et environnemental.

C’est donc l’Assemblée nationale qui a eu le dernier mot. La coalition soutenant l’actuel chef de l’Etat, Macky Sall, étant largement majoritaire à l’Assemblée, la suppression des deux institutions a pu être votée. Le Sénat, dominé par les partisans de l’ancien président, Abdoulaye Wade, s’était opposé à sa propre suppression mais sans succès. S’agissant d’une disposition constitutionnelle à effet immédiat, le Sénégal n’a donc plus de sénateurs.

Un incident a néanmoins marqué la séance de ce mercredi 19 septembre. Les parlementaires du parti de l’opposition - le Parti démocratique sénégalais (PDS) - ont quitté la salle au moment du vote pour protester contre la procédure de convocation du Congrès, par le chef de l’Etat, qui n’a pas attendu le vote définitif de l’Assemblée nationale.

Pour Oumar Sarr, coordinateur du PDS, joint par RFI, il s’agit d’une violation de la séparation des pouvoirs.

Nous ne pouvons pas être partie prenante de cette forfaiture organisée par Macky Sall et son régime.
Oumar Sarr
11-10-2013 - Par Carine Frenk

Du côté de la coalition qui soutient le chef de l’Etat, on estime que le président était dans son droit.

Joint par RFI, Papa Biram Touré, vice-président du groupe Benno Bokk Yaakaar (BBY) à l’Assemblée nationale, dit regretter la politique de la chaise vide.

C’est une fuite parce qu’ils savaient que le combat était perdu d’avance.
Papa Biram Touré
11-10-2013 - Par Carine Frenk


Désormais, au Sénégal, l’Assemblée nationale reste le seul organe du pouvoir législatif, et son président, Moustapha Niasse, devient la seconde personnalité de l’Etat. C’est lui qui assurera l’intérim, en cas de vacance du pouvoir. L’Assemblée nationale sort ainsi renforcée car c’est à elle seule que revient désormais le pouvoir législatif et le contrôle budgétaire de l’action gouvernementale.

Mesure économique ou politique ?

Elu depuis six mois, le président Macky Sall avait annoncé, fin août, le dépôt du projet de loi pour supprimer le Sénat - une mesure qui lui permettait d’économiser près de 8 milliards de francs Cfa (plus de 12 millions d’euros) par an. Le pays étant en proie à de terribles inondations, le président sénégalais avait également décidé qu’il affecterait ce même budget du Sénat à l’assistance des sinistrés et à la réfection des infrastructures endommagées.

L’opposition fait remarquer qu’en supprimant le Sénat, le pouvoir ne fait pas de réelles économies : « 7 milliards de F Cfa, c’est une goutte d’eau », expliquent les parlementaires du PDS. Le gouvernement répond, au contraire, que « vu l’état des finances du Sénégal aujourd’hui, 7 milliards par an, c’est déjà beaucoup ».

Par ailleurs, et d’après les partisans de la réforme, le Sénat n’était là que pour remercier les amis puisque la moitié des sénateurs étaient nommés par le chef de l’Etat. Selon eux, il ne servait que de « chambre d’enregistrement », autant dire un Sénat très impopulaire.

Pour certains analystes, le président Macky Sall a d’abord fait un coup politique - il avait besoin de prendre une initiative forte vis-à-vis des Sénégalais confrontés aux inondations. Cela dit, en supprimant le Sénat, le chef de l’Etat prend tout de même un risque politique puisque, finalement, ce sont aussi des postes en moins pour son parti et pour la coalition qui le soutient.

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