Nord du Mali: les femmes non voilées emprisonnées à Tombouctou


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Une prison pour femmes s’est ouverte, ce vendredi 21 septembre, à Tombouctou, dans le nord du Mali. Les islamistes ont commencé à arrêter les femmes qui ne portent pas le voile. Ils ont également ordonné que toutes celles qui seraient vues, le soir, dans la rue, soient conduites en prison. Par ailleurs, Amnesty International dénonce la multiplication des amputations et autres châtiments corporels infligés par les islamistes radicaux depuis un mois dans la région, au nom de la charia.

A Tombouctou, les islamistes d’Ansar Dine font pression sur les habitants et leur imposent les nouvelles mœurs, notamment l’imposition du voile pour les femmes, l’interdiction de fumer ou encore de consommer de l’alcool.

Depuis jeudi, dans la ville, une police des mœurs se rend chez les imams et dans les concessions pour leur dire à tous que, désormais, toutes les filles « doivent s’habiller décemment ». Ils les préviennent également des différents montants d’amendes à payer pour tous ceux et toutes celles qui ne respecteraient pas « la loi islamique ». Une prison pour femmes a spécialement été créée.

Joint par RFI, Elhadji Baba Haïdara, député de Tombouctou, rappelle qu’après les châtiments corporels, c’est maintenant un code vestimentaire très strict qui est imposé aux femmes. Elhadji Baba Haïdara tente d’attirer l’attention sur la souffrance de la population.

Il faudra que le monde entier comprenne que la population est prise en otage et que, ce qui est en train de se faire, est dangereux.
Elhadji Baba Haïdara
11-10-2013 - Par Boniface Vignon

Multiplication des violences et châtiments corporels

Dans le nord du Mali, jusqu’à aujourd’hui, sept Maliens ont été amputés. Alhader Ag Almahmoud est le premier à avoir subi cette terrible mutilation. C’était à Ansongo, le 8 août dernier. La victime est actuellement à Bamako. L’organisation de défense des droits de l’homme, Amnesty International, a organisé une rencontre qui a permis aux journalistes d’écouter son terrible témoignage.

Alhader Ag Almahmoud a trente ans et parle peu. Le 27 juillet dernier, cet éleveur de Tin-Hamma revient de la foire hebdomadaire d’Ansongo. Sur la route, il croise deux 4x4. Ce sont des hommes du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) qui l’accusent d’avoir volé des animaux. « J’ai été séquestré pendant deux semaines », raconte-t-il, « puis, une assemblée de marabouts s’est réunie et la sentence a été prononcée en moins de dix minutes. Juste après, les propriétaires des animaux "volés" ont dit à la radio qu’ils avaient retrouvé leurs bêtes ».

Pourtant, le jour même, il est amené sur la place publique et ligoté sur une chaise. On lui tranche la main au couteau. Une semaine plus tard, il est enfin rendu à sa famille : Alhader Ag Almahmoud est marié et père de trois enfants.

Il y a une semaine, il a décidé de fuir le Nord. « Je suis venu à Bamako pour me faire soigner. Ici, des gens de bonne volonté m’apportent un réconfort moral et matériel mais je demande l’aide des autorités car la tête de celui qui m’a accompagné a été mise à prix par le Mujao », ajoute-t-il.

Selon Amnesty International, 25 personnes attendraient, actuellement, de se faire amputer.