La Guinée équatoriale attaque la France en justice dans l'affaire des «biens mal acquis»

L'immeuble de l'avenue Foch à Paris du fils du président de la Guinée équatoriale, Theodoro Obiang Nguema.
© Photo AFP / Eric Feferberg

La Guinée équatoriale attaque la France devant la Cour internationale de justice pour violation du droit international. Malabo accuse Paris d'avoir bafoué, dans l'affaire des « biens mal acquis », l'immunité de dignitaires équato-guinéens et de locaux diplomatiques. La requête déposée hier, mardi 25 septembre, devant la Cour internationale de justice basée à La Haye, vise à faire cesser les poursuites engagées par la justice française.

C'est peu dire que Theodoro Obiang Nguema, président de la Guinée équatoriale, n'a pas apprécié que deux juges d'instruction français s'attaquent aux intérêts de sa famille. En particulier aux biens détenus par son fils, Téodorin à Paris.

Depuis deux ans, les juges Roger le Loire et René Grouman enquêtent sur les conditions dans lesquelles certains chefs d'Etats africains et leurs proches ont acquis un important patrimoine en France. Et en juillet dernier, ils ont délivré un mandat d'arrêt contre le fils Obiang, après une spectaculaire saisie en février dans son somptueux hôtel particulier de l'avenue Foch.

Aujourd'hui, la Guinée équatoriale contre-attaque. Olivier Metzner, avocat français de la famille Obiang, dénonce un cas d'ingérence : « Les principes internationaux font que chaque Etat dispose d'une souveraineté, que personne, aucun autre Etat, ne peut s'ingérer dans cette souveraineté, et qu'il y a une égalité entre Etats. Si on laissait faire cela, cela voudrait dire qu'aujourd'hui n'importe quel pays peut fouiller dans les affaires d'un autre pays. Ce que l'ONU protège. »

Et pour obtenir gain de cause, la famille Obiang a pris certaines dispositions. Téodorin Obiang, poursuivi par la justice française, a été nommé fin mai second vice-président de Guinée équatoriale, et son hôtel particulier de l'avenue Foch est sur le point de devenir une ambassade, ce qui devrait garantir son immunité.

L'association anticorruption Sherpa, à l'origine des poursuites, espère bien que la Cour internationale de justice va balayer ce qu'elle appelle un subterfuge : « On espère, indique Maud Perdriel, la juriste de Sherpa, au contraire que ce sera l'occasion de mettre à plat la question des immunités de complaisance, qui sont trop souvent utilisées pour échapper à des poursuites comme c'est le cas dans cette affaire. Pour nous, c'est une occasion unique pour la Cour internationale de justice de trancher cette question et d'aller de l'avant pour lutter contre ce phénomène de grande corruption ».

La Cour internationale de justice ne dispose pas de moyens coercitifs. La France, si elle le souhaite, peut refuser la compétence de la Cour.

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