Soudans : un accord de coopération et de sécurité qui ne résout pas tous les contentieux


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Un accord partiel a été trouvé à Addis-Abeba entre les deux Soudans. Omar el-Béchir, président du Soudan, et Salva Kiir, président du Soudan du Sud, sont tombés d'accord, ce jeudi 27 septembre, sur plusieurs points portant sur la coopération et la sécurité entre les deux pays. Ces textes ne résolvent pas tous les différends, mais ils permettent déjà de sauver les pourparlers.

Entre mars et avril dernier, les deux Soudans étaient quasiment en état de guerre, mobilisant l’ONU et l’Union africaine. L'ONU avait donné aux deux pays jusqu'au 22 septembre pour résoudre leurs différends, une date butoir repoussée pour permettre la tenue des pourparlers à Addis-Abeba. En cinq jours, les deux présidents, entre lesquels le ton fut parfois houleux, sont parvenus à régler un certain nombre de questions.

Démilitarisation de la frontière et accord sur la question pétrolière

En premier lieu, la mise en place d'une zone démilitarisée à la frontière : les deux pays s'engagent à retirer de 10 kilomètres leurs troupes massées en plusieurs points le long des 1800 kilomètres de frontière commune.

Quant à la question pétrolière, quasiment résolue depuis l'accord arraché en août dernier par le médiateur africain, l'ancien président d'Afrique du Sud Thabo Mbeki, elle semble réglée. Les Sud-Soudanais s’engagent à verser un tarif raisonnable pour le transit de leur pétrole par les oléoducs nordistes et vont compenser Khartoum pour la perte subie, conséquence de l'indépendance du Soudan du Sud, qui possède 70% des champs pétrolifères.

Enfin les ressortissants des deux pays vont recevoir des droits équivalents. Il y a environ un demi-million de Sud-Soudanais au Nord et 80 000 Soudanais au Sud. Ils auront la même liberté de circuler, de travailler et le droit de propriété. C'était une question fondamentale pour les populations des deux pays.

« Un accord historique » mais encore beaucoup de litiges en suspens

Pour Salva Kiir, il s’agit d’ « un accord historique qui met un terme à un long conflit entre les deux pays ». Omar el-Béchir a pour sa part salué une occasion historique, qualifiant son homologue Salva Kiir de « partenaire pour la paix ».

Cependant, malgré l’emphase et l’optimisme affichés par les deux chefs d’Etat à l’issue de négociations que plusieurs sources ont qualifiées d’houleuses et d'acerbes, les questions les plus sensibles restent en suspens, comme le statut de la région d’Abyei.

La région d'Abyei, point d'achoppement entre les deux pays

La région d’Abyei, grande comme le Liban, est disputée par les deux pays. Son statut, et plus généralement la démarcation précise de la frontière entre les deux Soudans, demeurent une question éminemment sensible.

Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir a remercié « son frère Omar el-Béchir pour sa coopération tout au long des négociations » mais il a aussi affirmé que l'échec à se mettre d'accord sur le statut d'Abiey etait dû à l'intransigeance de Khartoum.

Concernant Abyei,malheureusement, Omar el-Béchir et son gouvernement ont rejeté la totalité de nos propositions
Salva Kiir
11-10-2013 - Par Olivier Rogez


Sans répondre directement à son homologue, Omar el-Béchir s'est engagé à « continuer avec le même esprit » à chercher des solutions pour les questions non résolues.

Nous continuerons à chercher des solutions aux problèmes qui persistent, notamment celui du territoire d'Abyei.
Omar el-Béchir
11-10-2013 - Par Olivier Rogez


Les accords signés en 2005 prévoyaient un referendum d'autodétermination mais les deux pays n'ont jamais pu s'entendre sur la composition du corps électoral. Khartoum défend le droit de vote pour les tribus nomades Misserya, alors que Jubba estime qu'elles ne résident pas en permanence sur ces terres, et en conséquence ne devraient pas voter.

La médiation africaine n'a pas su trouver une formule qui puisse arranger les deux pays sur cette question, la proposition de Thabo Mbeki, formulée le 21 septembre, étant rejetée par Khartoum.

Pour ce qui est de la délimitation de la frontière, elle a causé de nombreuses difficultés. Le Soudan du Sud a revendiqué cinq zones pétrolifères, ce qui a rendu furieux Khartoum. Ne pouvant s’entendre pour le moment, les deux pays ont assuré que la question de la démarcation de la frontière ainsi que celle d'Abyei feront l'objet de négociations futures.

Vers une fin des tensions ? 

L’accord une fois signé, il reste encore pour les deux pays à l’appliquer effectivement, d’autant qu’assurer la sécurité le long de la frontière ne s’annonce pas facile à cause de la présence de mouvements rebelles de part et d’autre de la ligne de démarcation. Il y a moins d'une semaine, Jubba accusait Khartoum de larguer des armes à des rebelles situés au Nord-Kordofan, en vue d’attaques dans le Sud.

Parmi les motifs de satisfaction, la reprise de l’activité pétrolière devrait se faire dans les mois prochains, dès que les oléoducs seront prêts. Les deux pays s'engagent aussi à coopérer sur les questions économiques, monétaires et sociales.

Pour l'heure, cet accord a deux avantages non négligeables à court terme : la reprise des exportations de pétrole, vitale pour les deux économies, et l'arrêt probable du mécanisme de sanctions enclenché par l'ONU. Pour Thabo Mbeki, le médiateur sud-africain, les deux pays sont désormais résolument tournés vers la paix. Cependant, si les tensions s'éloignent, les points de friction demeurent.