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Article publié le : vendredi 05 octobre 2012 à 22:25 - Dernière modification le : vendredi 05 octobre 2012 à 23:23

Grande-Bretagne : trois Kényans autorisés à poursuivre Londres pour des crimes coloniaux

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Par Ursula Soares

Trois Kényans ont été autorisés par la justice britannique, ce vendredi 5 octobre 2012, à intenter un procès contre Londres pour des crimes coloniaux commis, il y a plus de 50 ans, lors de la violente répression britannique contre la révolte des Mau-Mau, au Kenya. Les avocats des plaignants ont salué un jugement « historique ». De son côté, le ministère britannique des Affaires étrangères a annoncé avoir fait appel.

Jane Muthoni Mara, Paulo Muoka Nzili et Wambugu Wa Nying, aujourd’hui âgés de 70 et 85 ans, se battent depuis plus de cinquante ans pour obtenir justice. Ils ont été battus, castrés et violés par leur garde pendant qu’ils étaient en détention dans un camp britannique. Les faits se sont produits dans les années 50, lors de la violente répression des insurgés Kényans Mau-Mau qui menaient une lutte contre l’autorité coloniale britannique, étape-clé vers l’indépendance du Kenya. D’après les historiens, quelque 150 000 Kényans, soupçonnés de soutenir ce mouvement de résistance armée, ont été placés dans des camps par les Britanniques, entre 1952 et 1961. Bien qu’il n’existe pas de bilan officiel concernant les victimes Mau Mau durant cette période, des analystes estiment que la répression a fait au moins 10 000 morts.

Un jugement « historique »

La justice britannique a tranché et le juge Richard McCombe a estimé, ce vendredi 5 octobre, « qu’un procès équitable restait possible » en raison de l’existence de « preuves pertinentes ». Une décision saluée comme « historique » par les avocats des trois plaignants. RFI a joint l’un d’eux, Maître Daniel Leader, du Cabinet Leigh Day &Co, à Londres :

Maître Daniel Leader

Un des avocats des plaignants Kényans, du Cabinet Leigh Day &Co, à Londres.
Interviewé par Laurence Baptiste-Salomon / RFI

Le gouvernement britannique voulait que le tribunal rejette ce dossier tout de suite mais le tribunal a, en fait, rejeté les argumentations du gouvernement britannique.

 

05/10/2012

Le Foreign Office a répété qu’il ne contestait pas que les trois plaignants aient été victimes de torture, mais il a cependant réaffirmé sa crainte « des conséquences légales » d’un procès. Pour Londres, qui va faire appel, ce jugement est, de fait, extrêmement embarrassant. Et surtout, il ouvre la porte à de nombreuses autres plaintes. En effet, pléthore d'autres vétérans, en voyant la victoire de leurs camarades, pourraient être tentés de lancer des poursuites à leur tour. Et des recours pourraient également avoir lieu dans d’autres pays anciennement colonisés par l'Empire britannique.

Pour Maître Daniel Leader, « ce sont trois plaignants qui ont porté plainte, mais en fait, cela représente tous les Kényans qui ont été torturés pendant cette période », a-t-il ajouté sur RFI. On estime qu’il y a environ 5 000 Kényans qui sont toujours en vie et qui pourraient bénéficier de ce dossier. Les plaignants réclament des excuses publiques, ainsi que des compensations. Vu leur âge, le temps presse. Les avocats vont essayer de négocier une aide pour ces victimes qui sont très âgées et très pauvres et éviter ainsi une procédure trop longue.
 

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